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Claire Gougeon, chargée de mission pour l’Acepp : « Dans ce recueil, on découvre des professionnels qui donnent du sens à ce qu’ils font »

L’ACEPP publie ce mois-ci un recueil d’expériences de professionnels de son réseau, centrées autour des pratiques liées à l’aller-vers et à l’accueil des familles en situation de fragilité, quelles qu’elles soient. Il est le fruit du travail de Claire Gougeon, chargée de mission pour l’Acepp. Pendant quelques mois, elle est allée à la rencontre des équipes de crèches parentales et associatives, et de différents dispositifs d’accompagnement à la parentalité du réseau qui travaillent en partenariat avec d’autres organismes, pour accueillir ces familles en difficulté. Elles témoignent de leur riche expérience de terrain afin de faire connaitre leurs pratiques et être source d’inspiration sur d’autres territoires. Pour Les Pros de la petite enfance, elle revient sur les enjeux de ce projet.

Les Pros : Racontez-nous, comment est née cette idée de recueil d’expériences du réseau et pourquoi cette thématique tout particulièrement ?

Claire Gougeon : Nous avons répondu à un appel à projet de la DGCS autour de la parentalité et de ses fragilités. Nous menions à l’Acepp un certain nombre d’actions autour de l’accompagnement parental, nous nous sommes donc proposés pour travailler sur cette thématique pour donner la parole à ces professionnels de terrain, confrontés aux difficultés de familles. Qu’ont-ils à dire de leur action ? Comment agissent-t-ils, avec qui ? Qu’est-ce que ça leur apporte ? Grâce au repérage de nos fédérations territoriales, nous avons pu sélectionner des projets marquants et j’ai trouvé important de pouvoir valoriser leurs mots. 

Nous avions envie de parler du fait que l’on n’accueille pas seul les familles en difficulté. Encore plus lorsqu’on travaille dans le champ du handicap, de la migration, de la fragilité socio-économique… On travaille systématiquement en partenariat avec d’autres, avec un Cada, un Chrs, avec l’Ase, avec un Camsp etc. C’est une aventure en soi ! Il faut apprendre à se connaitre, à confronter les pratiques professionnelles qui ne sont pas toujours les mêmes, les postures vis-à-vis des familles… Il faut savoir se mettre autour de la table pour faire équipe, pour accueillir ces familles et construire avec elles, en étant a l’écoute de leurs besoins, de leur histoire et de leurs problématiques parentales. 

Comment le recueil est il conçu ?

Un premier chapitre présente des entretiens et témoignages avec les équipes de crèches parentales et associatives à travers la France, qui partagent leurs approches pour accueillir au mieux les enfants tout en soutenant les parents dans leurs parcours de vie parfois complexes. Un second chapitre se concentre sur les projets d’accompagnement a la parentalité dans toutes leurs formes : Laep, cafés des familles itinérants, animation de salles de Pmi, actions menées en foyer ou animation d’ateliers de rue. En 2021, nous avions déjà publié un premier recueil plus succinct, fait de fiches d’expériences conçu comme un outil, qui a ete beaucoup téléchargé.  

Les lieux d’accueil de l’Acepp ont-ils une valeur ajoutée particulière sur ces thèmes de l’inclusion, de l’accompagnement à la parentalité ?

En ce moment on est dans une phase de protocolisation de l’accompagnement à la parentalité qui interroge… A l’Acepp, que nos crèches soient pleinement parentales ou associatives avec une forte implication parentale, j’ose le dire c’est notre spécificité, c’est notre histoire. Partout, je trouve que l’on évoque de plus en plus la question de l’accueil du parent dans la structure. C’est là-dessus que s’est construit l’Acepp, pour nous c’est un pilier depuis le début. N’oublions pas qu’à l’époque des premiers collectifs, les parents n’étaient pas les bienvenus dans les crèches ! Il y avait encore un certain hygiénisme et le principe de coéducation, c’était précurseur à l’époque… Nous parents avons quelque chose à dire sur l’éducation de nos enfants, quelque chose à échanger avec les professionnels de la petite enfance. Dans les projets itinérants de l’Acepp en Auvergne-Rhône-Alpes par exemple : nous avons eu cet œil là, puis la volonté d’en développer davantage et c’est encore en train d’évoluer. Mais nous n’avons pas de monopole, d’autres que l’Acepp le font aussi très bien aussi…  

Est-ce une vision de réseau qui suscite ces initiatives ou émanent-elles des équipes elles-mêmes ?

C’est la rencontre de ces deux facettes. Je pense à Dépann’Familles par exemple, une association issue d’une démarche locale autour du répit et du handicap, qui a intégré le réseau Acepp parce qu’ils avaient besoin du cadre, d’encouragements, de formation… 

L’Acepp vient conforter des démarches locales, propose également des formations sur ces thématiques y compris sur l’inclusion, l’accueil de tous… Il y a également une démarche philosophique d’accueil de tous et de coéducation dans les fondements du réseau. Ce sont des valeurs, une manière de voir, de fonctionner, des postures communes. 

Vous remerciez la DGCS et la CNAF, quel soutien vous ont-elles apporté dans ce projet ? 

Un soutien financier bien sûr : les Caf financent la plupart des dispositifs évoqués par les bonus mixité, le fonds REAAP, et les aides du Fonds Publics et territoire sur l’accompagnement à la parentalité. Mais également un soutien sur la philosophie de nos actions : les Caf, certaines ARS, les collectivités, la DGCS participent aux différents copils organisés. C’est essentiel et cela participe de l’évaluation de ce que nous faisons. Et puis la DGCS est à l’initiative de la démarche d’écriture de ce recueil, qui m’a permis de prendre le temps d’être a l’écoute de tous ces professionnels pour valoriser leur travail. 

Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui dans l’accompagnement à la parentalité ? 

Avec la Cnaf et la DGCS, nous faisons le constat que nos actions en termes de parentalité ne sont pas suffisamment visibles et connues, ou touchent une faible part de la population. Et puis nous sommes bien sûr toujours en train de chercher des financements. Sans partenaires, on ne peut pas démarrer les projets, ce n’est pas possible… Ensuite, il faut pérenniser par un travail de réseau important, là les Caf répondent présent la plupart du temps. Notons que la parentalité fait aussi partie du SPPE, on ne sait pas encore comment sera réparti le budget, mais je ne pense pas que cela sera prioritaire…  

Nous sollicitons aussi les collectivités territoriales qu’il faut convaincre : elles ont plus l’habitude de réfléchir en termes d’offre de place d’accueil et n’ont pas encore bien pris la mesure de ce chantier-là. Pour cela, nous essayons de mettre en place une méthodologie pour expliquer notre posture. On documente nos actions, on essaie de recueillir la parole des familles, de communiquer sur nos projets, de travailler sur l’image. Ce projet y participe. 

Alors à qui s’adresse ce recueil et qu’espérez-vous ? 

Ce recueil est accessible à tous mais s’adresse particulièrement aux professionnels qui accompagnent les parents, que ce soit dans les lieux d’accueil ou dans d’autres actions d’accompagnement à la parentalité ; aux élus et partenaires qui travaillent sur les questions de la petite enfance. Les fédérations relayent sa diffusion sur tout le territoire pour en faire une ressource qui animera le réseau. J’aimerais en faire un webinaire… 

Ce travail, c’est aussi une manière de valoriser notre réseau, dans un contexte où l’on réfléchit beaucoup à la qualité d’accueil, dans une démarche évaluative qui se renforce. C’est une façon de porter à connaissance nos pratiques, de susciter des échanges, d’inspirer des professionnels, de les conforter dans leurs pratiques pour qu’ils se sentent moins seuls. 

Quand on parle d’attractivité des métiers, il y a beaucoup de choses difficiles, d’épuisement, de problèmes de reconnaissance. Dans ce recueil, on découvre des professionnels qui donnent du sens à ce qu’ils font, ils mettent du cœur et du zèle dans leur action. Et ce n’est pas tant le fait d’être auprès de familles fragiles mais, d’être à l’écoute des situations qui vont se présenter. La fragilité peut toucher tout le monde sans que l’on s’y attende : un deuil, la fatigue, la maladie. Quand on accueille une famille, il faut se rendre disponible à cette éventualité et proposer des solutions, avec souplesse, dans un accueil à la fois individuel et collectif.  

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 19 juin 2025

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