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Crèches transfrontalières : la France et l’Allemagne montrent l’exemple
Elles se comptent sur les doigts d’une main et pourtant, les crèches transfrontalières incarnent à la fois une offre d’accueil ultra-ciblée, une démarche partenariale particulièrement innovante et une coopération professionnelle très porteuse. Retour, de part et d’autre du Rhin, sur ces expérimentations qui gagneraient à être connues.
Du côté français, il y a la Maison de la petite enfance franco-allemande à Strasbourg. Pensé avec la ville allemande de Kehl, cet EAJE, ouvert en 2014 et géré par l’AASBR (association à but non lucratif) après une délégation de service public de la Ville, propose 60 berceaux et emploie une bonne vingtaine de personnes dont 16 professionnels de la petite enfance. Du côté allemand, il y a la Kita Salut, une structure à la fois crèche et jardin d’enfants, gérée par la ville de Sarrebruck depuis le mois de septembre, et montée avec la communauté d’agglomération de Sarreguemines Confluence. La Kita pourra accueillir, à pleine capacité, 133 enfants de 0 à 6 ans et salarie d’ores et déjà une vingtaine de professionnels. Leur point commun : les deux structures, nées de partenariats transfrontaliers, accueillent des enfants et emploient des professionnels français et allemands. En d’autres mots, un accueil en immersion totale au cœur de deux langues et de deux cultures.
Une volonté politique forte
Si ces projets expérimentaux ont pu voir le jour, c’est avant tout grâce à une forte tradition de coopération politique franco-allemande sur ces territoires. Ainsi, à Strasbourg, la maison de la petite enfance franco-allemande a tout de suite fait sens : « Il y a historiquement un volontarisme politique et économique très fort entre Strasbourg et la ville de Kehl qui s’explique avant tout par la proximité des deux agglomérations », explique Sébastien Meyer, directeur de l’AASBR. Et pour cause : le quartier du Port du Rhin, où est implantée la structure, relie les deux villes par un pont, une ligne de tram et de nombreuses autres infrastructures transfrontalières (écoles élémentaires et maternelles bilingues, etc.).
Des projets qui répondent à des enjeux politiques donc, mais qui nourrissent aussi une culture locale, chère aux familles : « Une grande partie des familles qui souhaitent voir leur enfant accueilli dans la structure viennent avec un projet franco-allemand très à cœur », souligne Soraya Ouldji, adjointe à la petite enfance de la Ville de Strasbourg. « Il y a une vraie sensibilité des jeunes parents à la question de la citoyenneté européenne et de l’éveil aux langues. Avoir pris l’habitude d’entendre d’autres langues, de penser autrement, appartenir à une communauté et avoir une identité européenne est quelque chose de profondément ancré chez ces familles », précise-t-elle en rappelant toutefois que les berceaux sont attribués selon les critères usuels, via le guichet unique de Strasbourg, pour que les familles n’aient pas à « montrer pattes blanches ».
Des besoins ultra-ciblés des familles
Si ces structures portent fièrement des valeurs auxquelles les familles adhèrent, elles répondent aussi à des besoins beaucoup plus pragmatiques. Ainsi, pour la Kita Salut, la coopération entre Sarrebruck et Sarreguemines a aussi vocation à favoriser le travail frontalier et donc à apporter une solution d’accueil ultra-ciblée à certaines familles. Dans cette structure, 33 places sur les 133 sont dédiées à l’accueil des enfants de moins de 3 ans. Parmi elles, 22 sont attribuées en Allemagne et 11 en France. Pourquoi si peu ? « Dans la phase préparatoire du projet, il a été identifié que cette offre correspondait à un besoin très restreint et concerne environ une dizaine de familles », explique Nico Palma, chargé de mission pour la zone fonctionnelle Saar Moselle de l’Euro-District, précisant que quelques semaines après l’ouverture de la Kita, 8 à 9 familles françaises profitent, pour l’heure, de ces berceaux.
Quid de l’accueil de ces petits au jardin d’enfants ? Après tout, même si leur avenir est sérieusement compromis en France, on pourrait comprendre l’intérêt que pourrait leur porter les familles mosellanes. Il serait, selon Carmen Pavlic, directrice de la Kita Salut, impossible pour l’heure, faute de places suffisantes. « Il y a encore quelques années, les enfants allemands intégraient souvent l’école à 6 ans, après avoir été gardés à domicile ou par les parents. Depuis 2020-2021, chaque enfant à partir de trois ans a droit, selon la loi (le Rechtsanspruch), à une place en jardin d’enfants. Or, pour l’heure, l’offre d’accueil ne répond pas à la demande. On ne peut donc pas accepter en Allemagne, un enfant qui aurait une place en école maternelle en France », étaye-t-elle.
Des projets hybrides très complexes
Des crèches parfaitement adaptées à leur territoire donc, mais qui n’en reste pas moins très complexes à déployer. À Strasbourg, où l’on a essuyé les plâtres sur ce type d’expérimentation, les parties prenantes sont sans équivoque : « la maison de la petite enfance franco-allemande est un projet hybride qui restera hybride », rappelle Sébastien Meyer. Et pour cause : mettre en place une structure entre deux pays, c’est aussi faire la passerelle entre des législations, des systèmes de financement, des niveaux de formation et de rémunérations des professionnels, des modalités d’accueil différents… Et la liste n’est pas exhaustive ! Autant de facteurs difficiles à concilier dans le cadre d’un même projet et qui expliquent qu’à Strasbourg, la maison de la petite enfance franco-allemande ait vu le jour en 2014 seulement, « après plusieurs années de travail et un long cheminement », continue-t-il. « Il a fallu l’intervention de l’Euro Institut (une institution franco-allemande ayant pour vocation de favoriser la coopération transfrontalière, ndlr.) pour trouver des solutions à certains problèmes culturels en matière d’accueil du jeune enfant. Cela a été difficile au début, mais aujourd’hui, c’est payant », confirme Sébastien Meyer.
Le constat est le même du côté allemand : « Avant l’ouverture de la Kita Salut, il y a eu, en 2015 et 2016, deux autres projets de crèches transfrontalières sur des territoires de la région qui n’ont pas abouti. A Sarrebruck, la construction d’un nouveau bâtiment adapté spécifiquement au projet a finalement permis de fédérer les partenaires français et allemands et la crèche a pu voir le jour cette année », analyse Nico Palma. Et de préciser : « Pendant le montage et le développement de la Kita, nous avons échangé avec la maison de la petite enfance de Strasbourg, ce qui nous a permis de mieux orienter notre projet et d’éviter certains écueils, notamment liés aux pratiques professionnelles et aux conditions d’accueil ». Résultat : un dispositif plus simple (notamment au niveau du statut des professionnels), qui pourra plus facilement être reproduit, d’autres communes, à l’instar de Forbach, ayant déjà manifesté leur intérêt.
A pays différents, financements différents
Un des points de difficulté dans ces structures pas comme les autres : le financement. Qui finance quoi ? Comment contribuent les familles, a fortiori quand elles vivent dans un pays différent de celui où leur enfant est accueilli ? Tout dépend en réalité de l’implantation de la structure.
Côté strasbourgeois, c’est évidemment la réglementation française qui s’impose. Ainsi, pour son fonctionnement, « la maison de la petite enfance est co-financée comme un Eaje usuel, par la Psu et la participation de la collectivité », rappelle Sébastien Meyer, tout en soulignant qu’une Ctg a bien été signée avec la Caf du Bas-Rhin. « Côté Kehlois, le financement est assuré par les dispositifs allemands en vigueur, à savoir des aides du Land et de la Ville », continue-t-il. Chacun abonde donc à la hauteur du nombre de berceaux attribués aux familles de son territoire avec les financements nationaux, ce à quoi s’ajoutent des subventions européennes « qui se soustraient aux subventions des collectivités, » rappelle Soraya Ouldji. Le coût global pour la métropole alsacienne : 379 000 euros. Et à l’élue de préciser : « la Ville de Kehl rembourse chaque année celle de Strasbourg au titre de sa participation, soit 209 000 euros en 2022 ». Un montage qui a de quoi prêter à confusion pour les non-initiés, mais qui porte ses fruits depuis 10 ans maintenant !
Dans la même logique, c’est le droit allemand qui s’applique à la structure de Sarrebruck. « Les co-financeurs côté allemands sont le ministère de l’Education et de la Culture du Land, la communauté urbaine de Sarrebruck et la Ville, qui en est le gestionnaire, le projet étant fondé sur un portage public », précise Nico Palma, sans cacher que « côté français, cela a été plus compliqué ! ». Et pour cause : avec une structure implantée en Allemagne, les modalités de financement françaises ne s’appliquent pas. « Il n’y a pas de subvention par la Psu, mais des fonds propres appelés par la communauté d’agglomération et un complément apporté par la Caf via son fonds publics et territoires. Ces fonds sont pluriannuels et renouvelables selon leur disponibilité, mais il ne sont pas pérennes », continue-t-il. S’il rappelle la nécessité de continuer les expérimentations pour améliorer ce système, une solution pour les familles est venue des pouvoirs publics allemands : « le gouvernement sarrois a décidé de réduire le reste à charge des familles pour l’accueil en crèche. Environ 10 % des frais de personnel de la structure resteront à la charge des familles jusqu’en 2027… Après, elles ne payeront plus rien, qu’elles soient françaises ou allemandes, sauf les frais de repas ». Et à Carmen Pavlic de se réjouir : « En Sarre, un tarif unique pour les familles de 250 euros, auquel il faut ajouter les repas, a été fixé pour les structures publiques. Ce tarif va progressivement décroître pour atteindre la gratuité pour tous » !
Des niveaux de formation variables
Le financement n’a pas été le seul obstacle à franchir à l’occasion de la mise en place de ces structures. Autre grand sujet de discussion et de conciliation : le statut des professionnels qui diverge selon les pays… Des différences auxquelles les deux structures ont apporté des réponses distinctes.
Pour rappel, à la multiplicité des métiers de la petite enfance en France (EJE, AP, puéricultrice), s’oppose un système allemand plutôt plus simple avec un niveau de formation initiale plus élevé. « Il y a deux grands profils de la petite enfance en Allemagne. Le premier : les éducateurs (Erzieherin), qui font une formation de 4 ans, à raison de deux ans de cursus général, une année d’immersion dans la branche dans laquelle il/elle souhaite s’orienter, puis une année de consolidation. Le second : les aide-éducateurs, qui se rapprochent du statut d’auxiliaire de puériculture, passent leur diplôme en deux ou trois ans. La troisième année est alors une sorte de stage rémunéré à hauteur de 60 à 90 % du salaire de base, pour rendre le métier plus attractif et favoriser le recrutement », précise la directrice de structure.
Une rémunération clairement plus attractive en Allemagne
À la Kita Salut, la diversité des diplômes français n’a pourtant pas été problématique car « il y a une disposition de droit sarrois qui permet la reconnaissance de certains diplômes dont celui d’EJE », souligne Nico Palma. Reconnaissance à laquelle peut s’ajouter (car ce n’est plus obligatoire depuis 2022) une formation de 6 mois sur la « méthode didactique allemande, qui est très particulière », continue Carmen Pavlic, tout en précisant que cette dernière n’est généralement pas un frein au recrutement de professionnels français.
En effet, la rémunération des professionnels est beaucoup plus attractive en Allemagne et pousse donc bon nombre de pros transfrontaliers à rechercher un emploi outre-Rhin (quand il n’y a pas la barrière de la langue). « En France, un EJE commence sa carrière à un niveau proche du SMIC. Ici, un aide-éducateur va commencer à 2200 euros par mois, un éducateur, à 2400-2500 euros, avec généralement un 13e mois », constate Carmen Pavlic. « Il y a aussi une forte volonté politique en Allemagne de valoriser les métiers de la petite enfance avec des progressions de carrière très rapides. Dans les structures publiques, les pros peuvent changer d’échelon au bout d’un an et donc bénéficier d’une augmentation de salaire », décrit-elle, rappelant que la durée légale de travail est de 39 heures. On comprend assez aisément que la nouvelle structure transfrontalière ait facilement constitué son équipe, comme le rappelle Nico Palma, tous les professionnels, français ou allemands, étant salariés de la structure et bénéficiant donc du régime local.
Est-ce pour cette raison que la maison de la petite enfance franco-allemande a connu, à ses débuts, des difficultés avec son équipe, comme le reconnaît son gestionnaire ? Il y a fort à parier que cela en fait, en tout cas, partie. L’explication : « C’est la ville de Kehl qui rémunère les professionnelles allemandes de la structure. Elles sont donc ses propres salariées, travaillant selon la réglementation allemande et sont mises à la disposition de la structure à Strasbourg », explique Sébastien Meyer. Résultat : à la maison de la petite enfance franco-allemande, les professionnelles sont tour à tour employées par une collectivité allemande ou une association délégataire du service public français, ont donc des quotas horaires et des niveaux de rémunérations différents, le tout en évoluant dans un même univers. On peut aisément imaginer la difficulté que cela peut poser au personnel français, au regard notamment des différences de salaires préalablement exposées. Le gestionnaire tempère toutefois : « il y a eu des vrais efforts faits par chaque ville pour aligner ces statuts, même si c’est difficile. On est obligé de constater que les évolutions de salaires outre-Rhin ne se font pas de la même manière que chez nous », avoue Sébastien Meyer, qui tient à souligner que le niveau de vie en Allemagne est plus élevé qu’en France.
Des pratiques professionnelles variées bénéfiques à l’accueil
Des statuts différents donc, mais pour ces structures et ces professionnels, une véritable envie de grandir ensemble, d’apprendre de l’autre. Car c’est bien là, le grand avantage des crèches transfrontalières : l’alliance des cultures professionnelles participe à une qualité d’accueil reconnue de tous.
Il faut dire que dans leur approche de la petite enfance, les professionnels, de part et d’autres du Rhin, sont assez complémentaires. « En Allemagne, l’accompagnement est très ancré dans l’observation et l’épanouissement global de l’enfant avec notamment l’Offene Arbeit (une pédagogie née à la fin des années 70 inspirées notamment de certaines idées de Maria Montessori ou de Jean Piaget, centrée notamment sur l’accueil en milieu ouvert, ndlr.) », explique Sébastien Meyer. Le principe : l’enfant est libre de choisir les activités qu’il veut, d’aller où il veut, n’est jamais orienté. « Là où en France, on va avoir traditionnellement un accueil beaucoup plus structuré, en Allemagne, l’enfant peut aller jouer dans le couloir s’il veut », plaisante-t-il en admettant que les professionnelles allemandes ont largement enrichi le projet pédagogique de la maison de la petite enfance. Et vice versa finalement : « Les professionnels français apportent beaucoup sur tout ce qui relève du soin et du développement de l’enfant, qui existe beaucoup moins en Allemagne où il n’y pas de puériculteur en crèche », continue le gestionnaire. Et de dresser, 10 ans après l’ouverture de la structure, un bilan très positif sur ce point : « Entre l’approche hygiéno-sécuritaire française et la pédagogie ouverte allemande, on a trouvé un équilibre précieux où on laisse les enfants faire leurs expériences librement tout en les protégeant », se félicite-t-il.
Un équilibre qui n’a, là encore, pas toujours été facile à trouver, mais qui dans bien des cas, a pu être travaillé en équipe, notamment dans le cadre de temps collectifs d’analyse : « Le travail avec l’Euro Institut s’est articulé comme des groupes d’analyse de pratiques, mais centré sur les différences culturelles et de fonctionnement entre les deux pays. Cela a permis de se recentrer sur l’accueil de l’enfant et de sa famille, en brassant les pratiques de manière positive et bienveillante », conclut-il sur ce point.
En Allemagne, des métiers moins cloisonnés
Même écho du côté de la Kita Salut où Carmen Pavlic admet toutefois encore manquer de recul, seulement quelques semaines après l’ouverture de la structure. À ce stade, elle constate plutôt que chacun doit s’adapter et que cela se passe de manière fluide. « La principale surprise des professionnels français a été de constater qu’en Allemagne, les Erzieherinen ont de nombreuses casquettes. Elles sont à la fois éducatrices, psychologues, infirmières, conseillères conjugales et femmes de ménage, là où en France, le métier est beaucoup plus centré sur l’enfant », souligne-t-elle. Autre différence : « il y a un très gros travail de documentation, d’observation et de dépistage qui est fait pour chaque enfant, avec un entretien mensuel réalisé avec les parents. C’est ainsi les professionnels qui vont orienter les parents vers un éventuel spécialiste (dont la prise en charge est évidemment confirmée par le médecin) et qui organisent les soins, avec un orthophoniste par exemple, sur le lieu d’accueil. En France, les professionnels s’appuient beaucoup plus sur le médecin de crèche, dont on ne bénéficie pas en Allemagne », continue-t-elle.
Au-delà de ces tâches nouvelles pour les professionnelles françaises, la directrice constate aussi cette différence culturelle dans l’accueil de l’enfant, « plus démocratique » chez les Allemands, « plus rigoureuse chez les Français », mais admet aussi volontiers que « cela ne révolutionne pas le projet d’accueil. Après quelques semaines à travailler ensemble, il y a déjà une harmonie des pratiques qui a l’air de très bien convenir aux professionnels, aux enfants et aux parents », constate Carmen Pavlic. Et pour cela, un très gros travail pédagogique a été mené de part et d’autre du Rhin. L’objectif : se baser sur les forces de chacun pour penser l’accueil ensemble.
Le projet pédagogique, garant de la qualité d’accueil
C’est le mot d’ordre et c’est le même dans ces crèches transfrontalières : chacun doit être très investi dans le projet pédagogique, qui incarne la multiplicité des compétences, des sensibilités et des pratiques. Pour que chacun puisse échanger, construire ensemble ce sujet, les professionnels de la maison de la petite enfance à Strasbourg bénéficient avant tout… de cours de Français. « Pour les salariées Kehloises, il y a une formation obligatoire en langue française, en distanciel, qui s’intègre dans le temps de travail supplémentaire allemand », explique Sébastien Meyer. Quant au projet, il est sans cesse mûri grâce à la mise en place d’une demi-journée pédagogique mensuelle qui rassemble toute l’équipe et durant laquelle la crèche ferme ses portes. Résultat : « la crèche a réussi à déployer un projet basé sur de fortes valeurs écologiques, avec notamment de la médiation animale et sur l’interculturalité », affirme Soraya Ouldji, qui rappelle fièrement que cette coopération interculturelle fait office d’exemple au point où les professionnels de la structure participent parfois à des projets de recherche universitaire, en sociologie du travail notamment.
À Sarrebruck, l’importance du projet pédagogique est elle aussi reconnue, mais en raison de l’ouverture récente de la structure, celui-ci n’a pas (encore) fait l’objet d’un travail aussi approfondi de formalisation et d’appropriation par les professionnels. « Le projet est fortement imprégné par le programme d’instruction du ministère de l’Education allemand, qui a été traduit pour les professionnels français. C’est un peu notre Charte nationale à l’allemande, qui nous donne des lignes directrices pour l’accueil à la Kita », explique Carmen Pavlic. Pour elle, la qualité passe surtout, pour l’heure, par un travail de suivi rapproché des enfants : « 25 % du temps de travail des professionnels est consacré à ce suivi, avec une réunion hebdomadaire de chaque professionnel avec la direction, puis un réunion collégiale de deux heures où on aborde ensemble les problèmes rencontrés avec les enfants, etc. », précise-t-elle.
Une grande satisfaction, malgré des difficultés !
Des financements partagés, des pratiques professionnelles enrichies par le multiculturalisme, des projets pensés par des collectivités engagées… Sur le papier, les crèches frontalières semblent l’incarnation parfaite de ces expérimentations d’accueil qui ont actuellement le vent en poupe. Pourtant, sur le terrain, elles s’avèrent parfois laborieuses avec des montages complexes (au point parfois de ne pas aboutir), des statuts inégaux, des différences culturelles et linguistiques, qui certes font à terme la force de la structure, mais qui, au quotidien, peuvent constituer des freins dans la fluidité des échanges… Bref, au cœur de ces structures, il y a du bon et du moins bon.
Mais malgré toutes les difficultés rencontrées, les crèches transfrontalières semblent faire l’unanimité. À Strasbourg, c’est en tout cas le bilan fait après une décennie d’accueil. L’unanimité du côté des familles d’abord, qui voient leurs enfants accueillis dans des conditions extraordinaires, au sens littéral du terme, bien loin du contexte sectoriel tendu. « Dans la structure, les enfants sont tous mélangés, quel que soit leur âge et leur nationalité. Ils évoluent dans quatre espaces de vie, communiquent avec des professionnels qui parlent dans leur langue ou non. Tous les retours que nous avons sont positifs », confirme Sébastien Meyer.
Des structures qui font l’unanimité
L’unanimité du côté des collectivités ensuite : « Il faut être lucide : ce type de crèche demande beaucoup plus de travail qu’une autre, mais pour une collectivité, c’est un projet d’une richesse incroyable. C’est un projet qui crée du lien, qui construit l’Europe, qui sensibilise à la citoyenneté et au vivre ensemble et qui porte ses fruits à mesure que les enfants grandissent », se félicite Soraya Ouldji.
L’unanimité enfin, du côté des pros, quand ils adhèrent pleinement à la philosophie des lieux : « Il faut être prêt à se heurter à une culture différente, à se remettre en question, à se confronter à une réalité de l’accueil qui sera différente de celle qu’on envisageait. Mais quand c’est le cas, on constate qu’il y a une richesse des échanges et une qualité de collaboration qui tirent tout le monde vers le haut », conclut Sébastien Meyer.
Véronique Deiller
PUBLIÉ LE 24 novembre 2023
MIS À JOUR LE 12 juin 2024