Dans la Drôme, cette nano-crèche intercommunale remporte un franc succès
Dans la Drôme, une nouvelle crèche en préfabriqués a été installée pour répondre aux besoins grandissant de ce territoire rural alors que la collectivité cherche des subventions pour financer une micro-crèche pérenne d’ici à 2026.
Depuis la rentrée, ce bâtiment vert pomme est apparu sur un ancien parking de Beaufort-sur-Gervanne, dans la Drôme (26). Deux préfabriqués jointés auxquels jouxte une terrasse recouverte de gazon synthétique. Dessus, des jeux pour enfants… Le suspens est à son comble : il s’agit bien d’une crèche. Une « nano-crèche ». Y sont accueillis une dizaine d’enfants de 0 à 3 ans au total, pas plus de sept à la fois, de 7h30 à 18h30, sur inscription auprès du service petite enfance de la communauté de communes. Quatre personnes y travaillent : Alexia Donato, la directrice et trois professionnelles de la petite enfance embauchées par la collectivité.
Une solution temporaire
« C’est une solution temporaire, explique Jean Serret, président de la Communauté de communes du Val de Drôme en Biovallée. Nous sommes actuellement en recherche de subventions pour la construction d’une micro-crèche en dur sur le territoire d’ici à 2026 pour laquelle nous avons déjà acheté le terrain. Cette « nano-crèche » nous permet de répondre à la demande des familles en attendant… C’est un des effets de la crise : on s’adapte! »
Le coût d’une crèche modulaire comme celle-ci revient « trois fois mois cher qu’une micro-crèche », selon l’élu. Elle a coûté près de 300 000 euros, dont près de 100 000 ont été pris en charge par l’intercommunalité (le reste par la Caf, le département et la MSA). Son temps d’installation est aussi bien moindre que le temps de construction d’un bâtiment en dur : il a fallu trois jours pour préparer la plateforme et à peine une heure pour poser les préfabriqués! Autre avantage : elle permet de s’assurer des besoins du territoire. Autrement dit : de tester si cette offre de nouvelles places en crèche rencontre une demande réelle ou non.
Un taux d’encadrement très confortable
Pour l’heure, le bilan semble plus que positif : une dizaine d’enfants sont accueillis au total et les parents sont ravis à entendre Alexia Donato. « Hier, une maman me disait qu’elle était contente car ça lui permettait de faire des choses qu’elle ne pouvait pas faire jusqu’ici, comme aller chercher du bois et qu’elle mesurait l’impact positif sur le rapport de son enfant aux autres. » Avec un taux d’encadrement réduit et la possibilité d’un accueil occasionnel, la nano-crèche remporte également un franc succès du côté des professionnelles. Même si certains ajustements ont dû être effectué – une table de change réduite, des meubles optimisés pour un petit espace -, « on ne se rend même pas compte qu’on est dans un préfabriqué et l’accueil de maximum sept enfants à la journée pour quatre professionnelles, c’est extrêmement confortable ! Nous avons davantage de temps à accorder à chaque enfant », affirme Alexia Donato. Le succès est tel que la structure évalue la possibilité d’accueillir un enfant supplémentaire, en accueil occasionnel.
« Nous avions des temps partiels subis, des difficultés à faire garder les enfants… »
Pourtant, faire crèche comble n’était pas forcément gagné. La bassin de la Gervanne-Sye sur lequel est installé cette nano-crèche, compte une dizaine de communes et à peine 1500 habitants. Et la collectivité offre déjà 184 places en accueil collectif sur l’ensemble de son territoire (29 communes pour 31 000 habitants). Ce qui l’incite à vouloir proposer des places supplémentaires, c’est le développement de ce bassin tout particulièrement. Depuis quelques années, de nouvelles familles s’installent pour venir y travailler. Deux entreprises emploient près de 170 salariés, dans les secteurs du bien-être et de la biocosmétique.
« Le personnel de ces entreprises est essentiellement féminin. Nous avions des problématiques de temps partiels subis, de difficultés à faire garder les enfants…, raconte Jean Serret. C’est comme ça qu’est née l’idée de créer une crèche publique. » Mais pour défendre la nécessité d’une nouvelle construction, « il nous faut d’abord mesurer le besoin de manière réelle et efficace, assure l’élu. Le taux de fréquentation de la nano-crèche sera l’un des indicateurs. « Nous surveillons aussi de près les tableaux de naissances des communes et l’évolution des marchés économiques des secteurs concernés », précise Jean Serret.
« Ne pas déstabiliser l’accueil déjà proposé par les assistantes maternelles »
« Avec cette crèche éphémère, nous nous assurons aussi de ne pas déstabiliser l’accueil déjà proposé par les assistantes maternelles du territoire », estime l’élu. Plutôt que concurrente, la structure se voit comme complémentaire. « Nous envisageons de travailler avec les assistantes maternelles du territoire, mais aussi l’école, les parents, pour créer du lien social autour de sorties, par exemple à la ferme pédagogique, organiser une randonnée contée avec des ânes ou un partenariat avec la bibliothèque », affirme Alexia Donato.
Redynamiser un territoire
L’idée, c’est aussi de redynamiser un territoire. « Ces territoires étaient en exode rural. En amenant de l’activité économique, nous avons interrompu cet exode mais entre-temps, les services publics avaient disparu… Aujourd’hui, la communauté de communes veut inverser le destin de ces territoires. Nous remettons les services publics pour redonner espoir aux populations qui sont un peu les oubliés de la République. » Un projet qui séduit d’autres communes du territoire. Dans deux ans, la nano-crèche a déjà rendez-vous à Livron-sur-Drôme où de nouvelles populations repeuplent doucement les hameaux isolés.
PUBLIÉ LE 02 décembre 2024
MIS À JOUR LE 04 décembre 2024