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Dans les crèches Ô Chat Biotté, écologie et inclusion font la paire

A Villeneuve-lès-Avignon, Manon Lentheric est co-gestionnaire, avec son mari, de deux micro-crèches Ô Chat Biotté où l’écologie se déploie dans les pratiques professionnelles, pour une meilleure inclusion de chaque enfant. 

Aux Rencontres Nationales Écologie et Petite enfance de Bobigny, organisées par Les Pros de la petite enfance et Label Vie en juin dernier, Manon Lentheric avait fait le déplacement pour témoigner avec passion des petits bonheurs du quotidien et des efforts consentis pour offrir une belle qualité d’accueil dans ses micro-crèches Ô Chat Biotté. Deux structures écologiquement audacieuses, portées par projet pédagogique riche, qui sauront inspirer plus d’un professionnel… 

Le lieu d’accueil idéal dont elle rêvait 

Infirmière de formation, Manon Lentheric a quitté son poste à l’hôpital après la naissance de sa fille. Faute de trouver un mode d’accueil adapté à ses besoins, elle revient au projet de cœur qui lui avait toujours fait envie : créer un lieu d’accueil idéal pour les tout-petits, un endroit où les enfants pourraient pleinement s’épanouir, dans un environnement suffisamment sain pour leur bon développement. Avec son mari Loïc Teyssier, médecin également à l’hopital, elle se lance dans l’aventure, avec l’exigence et l’enthousiasme qui la caractérisent. Lui sera référent technique et référent santé à ses côtés.

En 2020, ils ouvrent Le Lozet, une première micro-crèche (Paje) en bordure de Villeneuve-lès-Avignon, de la garrigue et des champs d’oliviers. L’Harmas, une seconde micro-crèche, tout aussi engagée, a ouvert ses portes en novembre 2023. Elles accueillent chacune 10 enfants de 10 semaines à 3 ans et quelques grands jusqu’à 6 ans le mercredi en accueil périscolaire, et gardent une place en accueil d’urgence et une autre pour un enfant en situation de handicap. Les horaires atypiques sont étudiés à la demande, mais nombreux sont les enfants qui restent de longues journées de 7h30 à 18h30. 

Une crèche écologique du bâti à l’accueil 

Un terrain de plus de 900 m2, un bâtiment à ossature bois muni de panneaux solaires, des matériaux sains, Manon et Loïc ont conçu leur projet dans les moindres détails pour réduire au maximum leur impact sur l’environnement et offrir un environnement sain aux enfants accueillis. Les peintures sont bio, le mobilier adapté en bois, les jeux en matériaux naturels ou de récupération, rien n’est fait au hasard. Les repas sont préparés avec des aliments bio ou issus de l’agriculture raisonnée et les produits ménagers pour l’entretien des locaux sont faits maison. « J’ai voulu mettre l’écologie dans chaque aspect de la crèche, et sur certains points comme l’alimentation, les déchets, le jardin, le bâtiment, nous sommes allés assez loin », assure Manon Lentheric. Preuve en est, la crèche a été la première crèche labellisée Ecolocrèche du Grand Avignon. 

« A l’extérieur, l’enfant n’est obligé de rien »

Autour des crèches Ô Chat Biotté, l’extérieur est aménagé en plusieurs espaces : devant, de l’herbe et des arbres pour observer les fourmis et les oiseaux (les jardins sont refuges LPO), derrière un jardin un peu plus ensauvagé avec de la terre, des bacs pour gratouiller et chercher les vers de terre. Ici, les enfants et les professionnels passent le plus de temps possible dehors, par tous les temps. Repas, siestes, jeux, « nous ne sommes pas officiellement des structures de « semi-plein air » mais c’est tout comme ! », s’amuse Manon. Elle explique qu’à l’extérieur, « on a l’impression que l’enfant n’est obligé de rien », moins contraint, moins agressé par le bruit et la promiscuité et surtout libre de faire ce qu’il veut, de crier, de sauter, de courir, de mettre les mains dans la terre et d’exercer sa proprioception.… 

Pour Manon, le contexte sonore et lumineux est extrêmement important. Au quotidien, l’équipe travaille énormément à réduire les impacts négatifs de la collectivité sur les enfants et les professionnels, comme le bruit. A l’intérieur, Manon a fait ajouter des panneaux acoustiques mais à l’extérieur, « le bruit est comme dispersé au vent, explique-t-elle. Quand un enfant pleure à l’extérieur, il n’impose pas aux autres le son de ses cris, c’est bien plus supportable… ».

Le défi de la langue et de l’inclusion

Dans cette banlieue chic d’Avignon, les crèches Ô Chat Biotté accueillent des familles plutôt favorisées, des enfants de cadres supérieurs ou expatriés. Ici, peu de mixité sociale donc, mais un autre défi d’inclusion à relever, celui de la langue ! Dans ces familles souvent bilingues et de différents pays, certains enfants ne parlent pas ou peu français. « Ce n’est pas évident pour les équipes et les parents, pour les transmissions et pour tout ce qui est culturel. Il y a tellement de différences d’un pays à l’autre ! », explique Manon. En revanche, entre les enfants, c’est bien plus facile : « il y a la corporalité, l’intention, le langage non verbal, il n’y a pas besoin de parler la même langue pour tisser des liens », observe-t-elle

Quand la nature et le vivant rassemblent

Dans cette dynamique d’inclusion, la vie au grand air est un formidable atout. Manon en est persuadée, toutes les activités qui amènent au sensoriel sont inclusives, au-delà des barrières de la langue, de l’âge, ou du handicap : « l’extérieur est fait d’expériences de vie qui rassemblent (…) On vit quelque chose de non verbal qui passe par le toucher, le ressenti ». Elle explique que de l’expérience individuelle, les enfants s’entrainent vers une expérience collective, certains dans le mimétisme, d’autres en comparant ce qu’ils ont fait. L’équipe l’observe au quotidien, quel que soit leur niveau de langage, les enfants arrivent à communiquer entre eux par la nature. « C’est fantastique, la nature fascine, se réjouit Manon. L’oiseau qui s’envole, la fourmi qui transporte, le papillon qui volette, la sauterelle, ce sont des stimulations universelles ! ».

Preuve en est, la crèche de l’Harmas accueille un enfant avec un syndrome du trouble autistique qui, à son arrivée à 15 mois, n’était jamais allé dehors. « Il avait peur de l’herbe, du vent des arbres… Nous y sommes allées petit à petit, mais aujourd’hui, il passe ses journées dehors avec les autres, épanoui et souriant ! Et le groupe y a été pour quelque chose. Au début, il restait beaucoup dans l’observation sur la terrasse, mais à force de voir les enfants jouer dans l’herbe, ramasser, transvaser, il a suivi, par mimétisme. Mais il a fallu plusieurs mois pour apaiser les craintes des parents, dédramatiser tout cela… Et pour cet enfant qui supporte mal l’agitation et le bruit, vivre à l’extérieur est particulièrement apaisant. « A l’extérieur, il regarde l’agitation sans y participer mais elle ne l’atteint pas, note Manon. Tandis qu’à l’intérieur, il pleure et a besoin de se cacher, de s’isoler s’il y a trop de bruit ». Alors grâce à lui, tous les repas sont pris à l’extérieur été comme hiver !

Des lapins en semi-liberté dans le jardin

Formée à la méditation animale, Manon intervient régulièrement à la crèche avec son chien. « Il a cette capacité à rassembler au-delà des âges et des capacités, c’est ce que j’aime ! On a envie de le câliner, d’interagir avec lui ». Il y a également des lapins en semi-liberté dans les deux structures. Un animal sensible et fragile que les enfants apprennent à respecter, à nourrir et soigner. « Prendre soin de l’animal, c’est se décentrer de soi-même et se tourner entièrement vers l’autre », explique Manon. Avec ces lapins, les enfants doivent être davantage dans l’observation que dans la manipulation, en petit groupe, calmement, sans faire de bruit, mais ils en sont tout à fait capables et ont bien compris la démarche. C’est le lapin qui vient à eux, un respect mutuel s’est installé. Mais c’est un investissement de l’équipe toute entière, insiste la directrice, un engagement collectif pour prendre soin des animaux à tour de rôle…   

Faire rimer Snoezelen et écologie

Dans chaque crèche, il y a également une salle Snoezelen très appréciée. Pour faire rimer Snoezelen avec écologie, l’équipe a misé sur la récup’ et les matériaux, avec un système de panières qui rassemblent des textures variées à toucher. « Aller explorer cette salle crée du lien entre les enfants tout particulièrement avec cet enfant autiste, raconte Manon. C’est un être très sensoriel mais qui ne parle pas alors bien souvent, les autres se mettent à sa hauteur pour créer ensemble des découvertes, créant du lien entre eux. C’est extraordinaire ! »

5 pros pour 12 enfants !

Il n’y a pas de secret, tout cela est permis par une équipe de professionnels en nombre suffisant, bien au-delà du taux d’encadrement règlementaire. Dans les crèches d’Ô Chat Biotté, on compte 5 professionnelles (auxiliaires puériculture, CAP AEPE et infirmière) pour 12 enfants, ainsi qu’une cuisinière et un agent d’entretien. « Nous avons beaucoup de personnel, c’est un choix que j’ai fait pour que chaque pro puisse être seule avec deux ou trois enfants et pouvoir observer toutes ces choses-là. Si nous avons de telles crèches, c’est grâce à cela ». La posture du professionnel est également primordiale, le regard qu’il va porter sur ses découvertes, sa présence qui va permettre à l’enfant d’oser s’éloigner au fond du jardin et prendre des risques mesurés…

Pour constituer une équipe convaincue par ce projet pédagogique et motivée pour s’investir, Manon insiste sur l’importance de l’exposer dès le recrutement. « Nous sommes très alternatifs, les professionnels à qui ça ne convenait pas sont partis. Ici il ne faut pas être stressé mais vigilant », résume-t-elle. La cohésion des deux équipes autour de ce projet s’est donc construite au fil du temps, car les professionnelles ont constaté les bénéfices concrets de leurs pratiques. Alors deux fois par an, les équipes se forment pour raviver et relancer la dynamique.

Une Pmi très méfiante

Enfin, il a également fallu du temps pour convaincre la Pmi du Gard – plutôt méfiante – du sérieux et du bien-fondé du projet pédagogique de la crèche. « Au départ, pour notre première crèche, ça a été très compliqué avec la Pmi car nous étions la première crèche vraiment écolo de la région, on passait pour des Ovnis ! », se souvient Manon. Les animaux, les produits ménagers faits-maison… de nombreux points posaient problème. Aujourdhui, la confiance est installée, « la Pmi sait ce que nous faisons, nous avons son adhésion totale. Si l’on fait les choses dans les règles, la PMI peut-être de notre côté pour faire de belles choses », conclut Manon qui a su être convaincante… et persévérante.

La chasse aux trésors

Nous faisons très souvent une petite activité toute simple : nous allons à la recherche de petits trésors. Les enfants partent à l’aventure avec leur seau. Et comme nous avons la chance d’avoir une belle diversité dans nos jardins, les enfants peuvent ramener des glands, des feuilles, ramasser de l’herbe, des escargots, des cailloux, des galets… Quand ils reviennent, chacun montre ses trésors et nous mettons tout en commun. Une activité qui crée du lien entre eux, met en relation les enfants les uns avec les autres. C’est faire de quelque chose de banal quelque chose d’extraordinaire pour eux !

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 01 juillet 2025

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Une réponse à “Dans les crèches Ô Chat Biotté, écologie et inclusion font la paire”

  1. butterfly.chris_49914 dit :

    Bonjour,
    Je suis en formation d’EJE et je suis très heureuse de connaître ce projet de crèches respectant l’environnement, promouvant l’écologie et pratiquant le semi plein air. C’est exactement le projet professionnel qui me plairait d’appliquer !
    Je serai vraiment très intéressée de vous rencontrer et de parler de l’elaboration et de la mise en pratique de votre formidable projet. J’habite Istres mais mon institut de formation est à Avignon. Bien à vous
    Christel

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