Ecole maternelle : les premières récréations à 3 ans, pas si facile
À l’école maternelle, la récréation est une grande nouveauté pour un enfant de 3 ans, qu’il ait connu ou non un mode d’accueil collectif. Juste avant la rentrée, on ne lui en parle pas autant que de la salle de classe et des activités qu’il va y faire. Or, ce temps et cet espace de liberté sont vécus par les enfants comme une source, tantôt de joie, tantôt de stress. Les explications de la psychopédagogue Fabienne-Agnès Levine.
Une récréation, pourquoi ?
La récréation, qui signifie à l’origine « se re-créer » après un moment d’effort, est une notion ancienne dans le système scolaire. Elle a pour fonction de permettre aux enfants de respirer l’air extérieur et de bouger. Depuis 1881, son caractère obligatoire est inscrit dans les lois, initialement avec une durée de vingt minutes par demi-journée. Tant que les horaires de classe étaient imposés, les récréations avaient lieu à la même heure, matin et après-midi, partout en France. Depuis qu’une grande souplesse a été donnée aux collectivités locales pour répartir les 24 heures de classe hebdomadaire, l’heure et la durée des récréations sont variables. Selon l’arrêté du 9/11/2015, « Les temps de récréation, d’environ quinze minutes en école élémentaire et trente minutes en école maternelle, sont déterminés en fonction de la durée effective de la demi-journée d’enseignement. Le temps dévolu aux récréations est à imputer de manière équilibrée dans la semaine sur l’ensemble des domaines d’enseignement. »
La récré dans l’emploi du temps scolaire
Les textes de l’Éducation nationale sont très clairs ; ils stipulent que la récréation se déroule pendant le temps scolaire, donc sous l’entière responsabilité de l’équipe enseignante. Des chartes d’ATSEM peuvent apporter des précisions sur l’éventuelle contribution de ces professionnels de la petite enfance, en complément des professeurs des écoles. La récréation se situe au milieu de chaque demi-journée car son rôle est de faire une coupure entre deux longues séquences d’apprentissages. Elle est à la fois un droit et une réponse aux besoins des enfants. Il est étonnant d’entendre dire qu’un enfant de maternelle est resté en classe pour finir son « travail » alors qu’une circulaire datant de 1991 mentionne : « Un élève ne peut être privé de la totalité de la récréation à titre de punition. », en précisant bien que cette mesure vise uniquement les enfants d’école élémentaire. Empêcher un enfant de sortir en récréation, sous prétexte qu’il a eu un comportement difficile dans la classe, est discutable, d’un point de vue éducatif assurément, mais aussi parce qu’il constitue une charge de plus imposée aux ATSEM.
Une récré sur mesure pour les TPS et les PS*
L’équipe enseignante a toute latitude pour organiser la récréation en fonction de son organisation et des espaces extérieurs disponibles. Pendant la période de rentrée ou toute l’année, décaler le moment de la récréation pour les plus petits ou leur attribuer une zone de la cour séparée sont des solutions rassurantes, tant pour les enfants que pour leurs parents. Pour la plupart des jeunes enfants, ce temps de jeu libre avec des adultes à distance est bien vécu : ils aiment être en plein-air, ils inventent leurs jeux, ils gèrent leurs conflits entre eux. Mais certains vivent cette immersion comme une épreuve sur le plan affectif et se sentent plus en sécurité lorsqu’ils sont guidés par les consignes de l’enseignant(e). S’ajoute pour un grand nombre la difficulté de savoir à quel moment de la journée correspond la récréation : celle du matin ? de l’après-midi ? ou encore celle de la mi-journée, récréation de l’interclasse qui n’est plus un temps scolaire mais qui se déroule dans le même lieu ? D’où l’importance, avant ou pendant l’habillage, de bien dire aux enfants, jour après jour, à quel moment de la journée correspond chaque départ de la classe.
La récré après le repas, une fausse bonne idée
Dans la journée d’école d’un enfant de 3 ans, un autre temps important est celui de la sieste. L’idée que les enfants ont besoin de se défouler après le repas est contre-intuitive. À choisir, un temps de détente est préférable entre la sortie de classe et le début du repas, quitte à ce que les enfants aient faim. Il y a consensus, chez les spécialistes du sommeil et des rythmes de vie, pour recommander une sieste juste après le repas, sans passer par la case « récré », celle de la pause méridienne qui est un temps organisé par la ville et non par l’Éducation nationale. La principale raison est de ne pas proposer aux enfants un temps trop actif au moment de la digestion. Faire dormir les enfants avant l’heure de retour en classe est toujours le résultat d’une concertation entre le service concerné de la collectivité territoriale et la direction de l’école. Entrent en ligne de compte le nombre de services pour les repas ainsi que la distance entre l’école et le restaurant scolaire. Lorsque les déplacements se font en bus, il est dommage de devoir imposer une récréation aux enfants qui ont commencé à s’assoupir sur leur siège pendant le trajet de retour.
Sieste et récré de l’après-midi, double emploi ou pas ?
L’après-midi, l’éventuelle suppression de la récréation semble légitimée pour les enfants qui font la sieste. En effet, il n’est pas conseillé de faire passer les enfants du dortoir à la récréation de la mi-journée mais préférable de leur donner accès libre aux coins jeux de la classe ou d’organiser un retour en douceur dans les apprentissages. D’une part, la sieste constitue en soi un temps de détente et d’autre part, juste après le sommeil, il est déconseillé de soumettre l’organisme à des changements de température. Ces recommandations sont à nuancer car selon les caractéristiques locales et les horaires, il appartient à l’équipe d’enseignants et la direction de l’école de prendre les options adaptées à la situation. Du côté des enfants de 3 ans et plus, on en trouvera toujours un qui aurait bien besoin de la récréation de l’après-midi et un autre qui au contraire en souffrirait : un exemple parmi d’autres de la difficulté de l’école maternelle à répondre aux besoins individuels.
La récré, un espace de liberté et de mouvement
En plein-air, après un ou deux ateliers vécus dans la classe, le jeu actif est bienvenu. Pour rappel, le jeu actif est un jeu non seulement de mouvement mais d’une forte intensité, avec des effets positifs sur le plan physique et cardiaque. Un début de récré, ce sont des cris, des enfants qui courent dans tous les sens avant qu’opère, le plus souvent, la magie d’une forme d’organisation spontanée. Les enfants arrivent à se répartir entre structure à grimper quand il y en a, recherche d’éléments de la nature, on en trouve toujours un peu, éventuelles marelles et autres marquages au sol. Ils guettent aussi le moment où les adultes (a priori les enseignants, parfois les ATSEM) sortent les engins roulants, qui dans les écoles maternelles ne sont pas de simples draisiennes ou tricycles. Ce sont des équipements lourds, solides, avec de la place pour un ou plusieurs conducteurs et passagers, que les jeunes enfants découvrent pour la première fois. C’est l’occasion du difficile apprentissage de la loi du plus fort et de la négociation.
Pas de récré sans bobos
À la récréation, les chutes et les petites blessures sont presque inévitables. Elles sont sources d’inquiétudes pour les parents, qui les incitent à faire des recommandations de prudence à leur enfant, au risque de leur transmettre leur stress. Les enfants en situation de handicap ou avec une maladie chronique ont droit, eux aussi, à cette expérience de socialisation entre pairs. C’est donc aux professeurs des écoles – de préférence aidés par les AESH, et si besoin les ATSEM – de faire en sorte que chacun trouve sa place et vive ce temps libre en toute sécurité matérielle et affective. Selon les profils de parents et d’enfants, les audacieux et les intimidés réagissent chacun à leur manière, les seconds manifestent leur sens du risque et du défi tandis que les seconds s’enhardissent peu à peu. Les enfants, surtout les filles, ne sont pas toujours habillés de manière suffisamment confortable pour explorer toutes les possibilités offertes par l’environnement de la cour. Quoi qu’il en soit, aucun n’est à l’abri d’un petit bobo, et le nettoyage d’une plaie à l’eau est un rôle attribué aux ATSEM. Ceci dit, il appartient aux enseignants de faire face et dans tous les cas, c’est à eux de rendre compte aux parents de l’incident, minime ou grave (uniquement s’il a lieu pendant les récréations du temps scolaire).
Une récré, pour un jeune enfant, c’est une expérience
En TPS et en PS, il y a des enfants qui s’adaptent bien à la vie de groupe et ont leurs repères à l’intérieur de la classe, mais qui manifestent de l’inquiétude, voire des pleurs, dès que la récré est annoncée. Autant ils sont joyeux et participatifs lorsque l’adulte les encadre, autant ils manquent d’autonomie dès qu’ils sont « lâchés » après le temps de l’habillage, qui se fait parfois dans le chahut. Pour ces enfants mais pour les autres aussi, les effectifs de l’école, l’aménagement des espaces et la posture des adultes jouent un grand rôle dans la qualité de leur expérience « récré ». C’est pourquoi, l’organisation de ce moment n’est pas à négliger dans le déroulement d’une journée scolaire, surtout de ceux qui sont des écoliers « grands débutants ».
*TPS : toute petite section, avant 3 ans
PS : petite section, entre 3 et 4 ans
Pour aller plus loin :
Julie Delalande, La récré expliquée aux parents, Audibert
Fabienne Agnès Levine
PUBLIÉ LE 05 septembre 2023
MIS À JOUR LE 26 septembre 2023