S’abonner
Espace
Abonnés

Ecole maternelle : Pas d’attendus en début de petite section, tous les enfants sont prêts !

En France, tous les enfants de trois ans deviennent des écoliers. À la fois en famille et en accueil individuel ou collectif, la plupart d’entre eux ont emmagasiné suffisamment d’expériences qui leur permettront de suivre le programme du cycle 1, au nom rassurant de « cycle des apprentissages premiers ». Et pourtant, il y a toujours des parents, des professeurs des écoles, des ATSEM ou des pros de la petite enfance pour s’inquiéter de tout ce qu’un enfant de trois ans devrait savoir avant d’entrer à l’école. Pas de panique, c’est aux équipes éducatives de faire preuve de patience et de les accueillir tels qu’ils sont.

Un avantage de la loi sur la scolarité obligatoire à trois ans est celui d’avoir levé l’ambiguïté sur l’acquisition de la propreté comme critère d’inscription au bureau des écoles de la municipalité concernée. Pour autant, cela ne dispense en rien de vouloir aider l’enfant à franchir cette étape qui l’éloigne de sa période « bébé », mais sans pression venant de l’extérieur. Les autres conditions qui facilitent l’entrée à l’école concernent le langage oral et l’autonomie dans les actes du quotidien, mais là aussi, ce qui n’est pas encore acquis pourra l’être au fil des premiers mois de scolarité. Les ATSEM, qui restent des professionnelles de la petite enfance avant d’être des assistantes des professeurs des écoles, sont attentives aux besoins des enfants nés en fin d’année et à d’autres. Le temps individuel et renouvelé qu’elles consacrent à l’un qui parle peu ou à un autre qui n’arrive pas à mettre un vêtement finit en général par porter ses fruits.
Conclusion : faire le pari que les progrès inhérents au développement physique et psychologique vont se conjuguer à ceux qui découlent des situations d’apprentissages et de vie collective.

Le socle de l’attachement

Il ne fait plus de doute que la sécurité affective est une base favorable à une rentrée scolaire sereine. Depuis plusieurs années, les prises de parole du psychiatre Boris Cyrulnik ont contribué à reconnaître le rôle de l’attachement dans l’entrée dans les apprentissages. Il appartient donc aux équipes des temps scolaires et périscolaires de préparer l’accueil en respectant les besoins fondamentaux, y compris ceux liés à la place et au temps accordés au doudou. Mais on ne peut jamais prédire comment un enfant va vivre ses premières journées d’école, aussi bien préparées soient-elles : visite de l’école avec le personnel de la crèche en juin, albums illustrés sur le thème de l’école commentés par les parents pendant l’été, autres initiatives. Par ailleurs, l’enfant qui parle bien, se nomme, décrit la composition de sa famille, indique ses préférences, signale ses besoins, est plus enclin à prendre goût à la vie collective qu’un enfant qui n’a aucun repère et répond à peine à son prénom. Toutefois, les enfants qui pleurent les premières journées d’école ne sont pas toujours ceux pour lesquels les parents s’y attendaient le plus. Si certains enfants peuvent manifester de la détresse en l’absence d’une figure d’attachement, beaucoup peuvent juste exprimer avec force leur étonnement face à tant de nouveauté, sans pour autant être en état d’insécurité affective.

Conclusion : banaliser le fait qu’un enfant ait le droit de pleurer le jour de la rentrée, ou même ou toute la semaine, est une manière de déculpabiliser les parents d’une quelconque mauvaise préparation.

Une richesse d’expériences… ou pas

Les enseignants de petite section (PS) ne mettent pas beaucoup de temps à repérer les enfants qui, pendant les vacances, ont participé à multiples événements : visites de la famille élargie, paysages variés, loisirs différents … Des mots aussi simples que « la nature » ou « la route » ne déclenchent pas les mêmes évocations pour des enfants qui ont voyagé et pour ceux dont les vacances se sont passées entre le domicile et le jardin public. De plus, les expériences accumulées pendant l’été s’ajoutent à bien d’autres au sein de la famille, de la crèche ou chez l’assistante maternelle. À la rentrée, tous les enfants n’ont pas le même bagage lexical de compréhension : certains comprennent seulement quelques dizaines de mots et d’autres plusieurs centaines. Tous n’ont pas le même rapport aux gestes de précision et de concentration : les uns n’ont pas encore eu l’occasion de gribouiller alors que les autres ont souvent collé des gommettes dans des cahiers d’activités. De même, tous n’ont pas la même aisance corporelle et tous n’ont pas encore appris à gérer la prise de risques dans les activités physiques.

Conclusion : renoncer à une préparation de nature scolaire à ce qui doit être une année introductive à un cycle qui lui-même est préparatoire, car la mission de l’école maternelle est d’élargir le champ d’expériences et de connaissances.

Le maniement des outils, une compétence facultative

L’école maternelle est une école où les enfants bougent, parlent, chantent, dansent, manipulent, jouent… mais c’est aussi une école où ils vont découvrir les outils propres aux apprentissages dits scolaires, c’est-à-dire liés à la tradition écrite. Ça passe par la tenue du crayon et par les exercices de graphisme, mais aussi par un entraînement de la motricité fine grâce aux activités manuelles : utiliser un pinceau ou un rouleau à peindre, plier du papier, étaler de la colle dessus, manier des ciseaux, coller des gommettes, enfiler des perles, faire des formes en pâte à modeler, etc. Même si l’enfant a déjà expérimenté ces techniques, il les a pratiquées avec des capacités propres à son niveau d’évolution pendant la troisième année. Au début, il sera plus à l’aise que les enfants qui les découvrent, mais quelques mois plus tard, lui aussi devra intégrer de nouvelles exigences. La meilleure garantie de préparer la dextérité et la coordination entre la vision et la main est dans la pratique précoce de jeux de transvasements, de jeux de sable, de jeux de construction, de manipulation d’objets et d’éléments de la nature.

Conclusion : accepter que les enfants qui n’ont jamais fait de peinture ou n’ont jamais découpé avant d’entrer à l’école ne sont pas en retard. La découverte d’outils nouveaux peut même être une source de motivation pour aller en classe.

Le savoir jouer, une compétence inestimable

Jouer est un besoin reconnu à l’âge de la crèche, mais également dans les programmes du cycle 1. Or, jouer est plus difficile qu’il n’y paraît, car jouer, c’est se mouvoir avec aisance, faire preuve d’attention soutenue, se confronter aux obstacles rencontrés, tenir compte des autres joueurs, inventer des situations et les mettre en scène. Lorsqu’il a trois ans, l’enfant a une expérience relativement récente du jeu de faire semblant et du jeu partagé avec des partenaires. Il sait tout juste élaborer le déroulement d’un scénario et a besoin de temps pour améliorer un rôle qu’il choisit. La durée et la répétition sont des conditions essentielles pour que le jeu symbolique se déploie dans toutes ses dimensions, au niveau du langage, des capacités d’imitation, de la mémorisation, de la représentation et de la socialisation, ainsi que l’expliquent des travaux de recherches sur les bénéfices du jeu dans le domaine des apprentissages structurés. Pour autant, sur le terrain, souvent le jeu libre est cantonné à l’accueil du matin et l’accès aux coins jeux est soumis à la condition d’avoir terminé son travail. Les enfants qui, au moment de la rentrée scolaire, savent déjà jouer de manière assez structurée, ont donc un avantage sur les enfants qui manipulent les jouets distraitement sans réussir à les intégrer à un projet dont ils ont le secret.

Conclusion : considérer que les enfants qui jouent bien et qui arrivent à partager leur univers de jeu avec leurs pairs ont des capacités mentales qui ont toutes les chances de se révéler dans le cadre des apprentissages attendus à l’école maternelle.

Faire de la première rentrée une expérience réussie

Si, comme annoncé dans le préambule au programme du cycle 1, « l’école maternelle est une école de l’épanouissement et du langage », l’important est que chaque enfant y trouve le cadre matériel et humain pour continuer à grandir, perfectionner son langage, vivre avec les autres et se préparer pendant trois ans à aborder les apprentissages du cycle scolaire suivant, le « cycle des apprentissages fondamentaux ». De plus, soumettre le jeune enfant à des attentes mesurables dès la petite section entre en contradiction avec la mission principale de l’école maternelle qui est de « donner envie aux enfants d’aller à l’école pour apprendre, s’épanouir et affirmer leur personnalité. » (phrase du programme en vigueur depuis plusieurs années). Alors, du côté des parents et des professionnels, une bonne rentrée commence par mettre l’enfant suffisamment en confiance pour aller à la rencontre de l’inconnu, sans se poser trop de questions sur son niveau actuel.

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Fabienne-Agnès Levine

PUBLIÉ LE 01 septembre 2026

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire