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Elodie Emo, fondatrice des Cercles de parents : « Le gouvernement n’a pas fait le choix d’investir dans la santé préventive »

En 2022, Elodie Emo, co-fondatrice du collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice, lançait les Cercles de parents, avec le soutien de l’Unaf. Une belle initiative dédiée à la prévention et au soutien des jeunes parents dans les trois premières années qui suivent la naissance de leur enfant. Porté par une infirmière-puéricultrice, ce dispositif de proximité leur offre un accueil et un précieux temps d’échange en tout petit groupe, pour répondre à leurs différentes problématiques. Sur le terrain, au sein d’un RPE, d’un cabinet de sage-femme, d’une maison de santé, d’un LAEP, d’une maternité, le concept a fait ses preuves. Lauréats de l’appel à projet des 1000 premiers jours, les Cercles de parents ont essaimé jusqu’à 22 départements en 2024. Mais aujourd’hui, le dispositif s’essouffle, faute de financements pérennes, d’un modèle économique rentable, de bonnes volontés pour le porter…

Les Pros de la Petite Enfance : Il y a deux ans, vous étiez en pleine expansion. Aujourd’hui, les Cercles de parents sont à la peine. Comment l’expliquer ?    

Elodie Emo : Le constat est complexe. Nous avons été assez portés et soutenus au départ du projet. Adrien Taquet avait commencé à se saisir du sujet de la prévention avec une véritable incarnation de la politique des 1000 premiers jours, des financements, mais les politiques publiques n’ont pas suivi. De trop nombreux ministres se sont succédés, et nous n’avons pas bénéficié d’un véritable portage de l’État… Comme sur de bon nombre de sujets, il y a des constats, des moyens mis en place et puis derrière, les actions ne sont pas du tout à la hauteur… Tant qu’il n’y a pas une vraie volonté d’incarnation qui émane d’un politique, un portage visible, ça n’avance pas ! 

Malgré la dynamique des 1000 premiers jours, les financements n’ont pas été reconduits ?   

Nous nous sommes rendu compte qu’en 2025, nous n’aurions pas d’aide de l’État, même si nous avions démontré, en déployant les Cercles dans plus de 20 départements, que le modèle fonctionnait et que les espaces de parole et de pair-aidance étaient essentiels pour les parents. On nous a longtemps réclamé des mesures d’impact, mais pour des mesures d’impact, il faut de l’argent… Et puis les Cercles de parents, ce n’est pas une association, c’est un simple projet qui ne peut donc pas prétendre à des financements privés ou répondre en son nom à un appel à projet. Alors en septembre 2025, nous avons donc choisi d’intégrer le projet à l’association Association contre les Violences Infantiles (AVI), ce qui nous permettra de demander des financements privés. Nous avons eu des contacts, mais rien n’a abouti pour l’instant, faute de pouvoir s’investir davantage sur le projet.  

Qu’est-ce qui a manqué aux Cercles de parents pour consolider votre action ?

Il aurait fallu que nous ayons une coordinatrice nationale salariée à temps plein pour soutenir les projets qui démarraient, communiquer, chercher des financements… J’assumais jusqu’ici ces missions bénévolement, mais je suis aujourd’hui moins disponible. Alors que c’est un travail sans relâche pour que cela perdure. Néanmoins, l’action des Cercles de parents est toujours vivante dans une dizaine de départements comme en Bourgogne, en Île-de-France. Ce n’est pas fini ! Mais sur certains territoires, les financements se sont arrêtés. Certaines CPTS également ont vu leurs besoins évoluer.

Vous aviez pourtant été auditionnées dans le cadre des Assises de la pédiatrie, dont le premier objectif pour 2024-2030 était de « renforcer les actions de prévention à destination des parents »… 

Dans ce quinquennat, le gouvernement n’a pas fait le choix d’investir clairement dans la santé préventive. Ce n’est que la petite cerise sur le gâteau de la santé alors que ça devrait être un socle fondamental ! Il y a eu quelques des micro-mesures, ou des mesures liées au numérique, à l’IA… On est maintenant dans une société de l’immédiateté. On a besoin d’avoir des réponses tout de suite. Mais la meilleure des plateformes numériques d’information ne remplace pas la chaleur d’un contact humain. Le monde virtuel prend aujourd’hui tellement de place que les parents vont chercher eux-mêmes leurs réponses sur le web et sortent moins de chez eux. Dans les Cercles de parents, on est dans la richesse et la simplicité de l’échange humain. 

Vous êtes plus que jamais persuadée des bénéfices de ce dispositif…  

Bien sûr ! Nous avons un taux de satisfaction à 95%, et les milliers de familles que nous avons touchées sont beaucoup revenues et sont très enthousiastes. Mais il faudrait des campagnes pour démocratiser et dédramatiser cette démarche. Le fait que certaines actions soient identifiables au niveau national, ça aide… Car ce n’est pas facile de faire venir les parents à des ateliers de soutien à la parentalité. Être un bon parent, parler de ses difficultés, cela relève de l’intime. Certains sont très ouverts à cette démarche et viennent facilement et d’autres ne vont demander de l’aide que lorsqu’ils n’en peuvent plus. La plupart viennent pour la première fois aux Cercles de parents s’ils sont orientés par un professionnel de confiance, ou s’il y a une raison particulière qui les motive. 

Les Cercles sont animés par des puéricultrices. Le manque de soutien à votre projet témoigne-t-il également d’un manque d’attention pour cette profession ? 

Oui, les puéricultrices engagées dans le soutien à la parentalité manquent cruellement de reconnaissance. Mais avec les travaux en cours sur la consultation infirmière, le référentiel infirmier, la réingénierie de la formation, il y a des surement des choses qui vont évoluer… Comment cela va se mettre en pratique ? À suivre… 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 24 avril 2026

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