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« En Guadeloupe, c’est comme ça ! » Marine Florette, assistante maternelle, dénonce les exigences des services de PMI

Assistante maternelle expérimentée, Marine Florette s’est installée en Guadeloupe l’été dernier pour suivre son mari. Mais elle n’a toujours pas obtenu l’autorisation d’exercer. Les services de PMI de Guadeloupe semblent avoir leurs propres règles et l’assistante maternelle a décidé de ne pas se laisser faire… Témoignage. 

Depuis plus de 10 ans, Marine Florette est assistante maternelle. A l’été 2025, la profession de son mari, militaire, l’oblige à quitter l’Essonne pour la Guadeloupe qu’elle rejoint avec enthousiasme avec leurs trois enfants, d’autant que son époux est lui-même d’origine guadeloupéenne. Bien sûr, Marine Florette envisage de reprendre son métier d’assistante maternelle. Elle vient d’ailleurs de renouveler son diplôme et a demandé son transfert en Guadeloupe. La petite famille sera installée dans une grande maison dotée de quatre chambres ce qui lui permettra d’accueillir confortablement les enfants qui lui seront confiés. Mais la caisse maritime a du retard, et leur installation prend un peu plus de temps que prévu. Ce n’est donc qu’en février 2026 que Marine Florette reprend contact avec la PMI de Baie-Mahault et obtient un rendez-vous pour la visite de son domicile par la puéricultrice. 

« En Guadeloupe, c’est comme ça ! » 

Le premier contact se passe plutôt bien. L’extérieur, la pièce de vie, les jeux… Mais lorsque la puéricultrice demande à voir les couchages prévus pour la sieste des enfants, la situation se corse. Comme elle le faisait en métropole, Marine a prévu que les enfants fassent la sieste dans des lits parapluie, installés dans les différentes chambres de la maison, pour le respect du sommeil de chacun. « Je n’irai pas plus loin ! », assène-la puéricultrice sur le pas de la porte. Interloquée, Marine Florette demande des explications. La PMI de Guadeloupe exige que les enfants soient installés tous ensemble dans un seul et même dortoir, dans « un espace privé ». Elle interdit que les chambres des membres de la famille soient utilisées, et l’usage de lits parapluie. « Je suis pourtant syndiquée, je n’ai jamais vu ce type de pratiques ! », assure l’assistante maternelle, qui s’était pourtant renseignée en amont sur les règlementations qui pourraient être spécifiques à la Guadeloupe. Elle demande donc à quelle réglementation se réfère la PMI pour exiger cela pour le couchage des enfants… « En Guadeloupe, c’est comme ça ! », assure la puéricultrice.

Un avis défavorable de la PMI

Le lendemain, celle-ci revient avec une collègue pour une seconde visite. « Le ton a changé », se souvient Marine Florette, décrivant l’attitude peu aimable et provoquante de la puéricultrice. Elle revient la problématique du couchage, avec les mêmes critique et recommandations. En guise de solution, celle-ci propose de monter une palissade sur la terrasse, sous l’auvent pour créer la chambre-dortoir manquante. Pour l’assistante maternelle, c’est une aberration, les enfants n’y seraient protégés ni du soleil, ni de la pluie.

Après cette visite houleuse, et l’avis défavorable délivré par la PMI, Marine Florette n’a plus de nouvelles pendant un mois mais ne veut pas céder, persuadée d’être dans son bon droit. Elle adresse un courrier recommandé au Conseil Départemental de la Guadeloupe pour l’informer de cette situation et demander des explications. Elle alerte également son syndicat l’UnsaProAssmat, dont la présidente s’est déjà rendue en Guadeloupe pour des problèmes liés à l’usage des lits parapluie. 

A nouveau, la puéricultrice va demander une nouvelle visite et soulever les mêmes problématiques. Marine Florette est résignée : « J’ai arrêté de parler et d’argumenter. Ça ne va pas aboutir ». Elle lui remettra un document officiel attestant que « conformément aux pratiques et aux exigences du Conseil Départemental de la Guadeloupe, ce type de lit n’est pas autorisé dans le cadre de l’accueil professionnel des jeunes enfants ». La raison ? Ce sont des lits d’appoint et non des lits couchages permanents, « dont l’utilisation dans le cadre professionnel présente des risques, notamment en raison de l’ajout fréquent de matelas non adaptés susceptibles de compromettre la sécurité des enfants ». Marine Florette est dépitée : « Je suis une professionnelle de la petite enfance, parfaitement formée à ce sujet. A la PMI de contrôler le bon usage des lits parapluie et de faire le nécessaire ! ». 

Convoquée devant la CCPD 

Au mois de mai, l’assistante maternelle reçoit un nouveau document du service agrément lui demandant à nouveau d’installer une chambre dortoir à son domicile. Puis une convocation devant la Commission Consultative Paritaire Départementale (CCPD) du 16 juin. Le document indique que le Conseil Départemental envisage « d’opérer le retrait de son agrément d’assistante maternelle » pour les motifs suivants : 

  •  «  Non-respect des conditions d’habitabilité et de développement des enfants accueillis au sein du domicile familial ;
  • Défaut de garantie de la sécurité et de la sérénité de l’accueil notamment au regard de l’utilisation de la chambre parentale dans les conditions d’accueil ; 
  • Refus de collaboration avec les services de la Protection maternelle et Infantile (PMI) et rigidité organisationnelle persistante ; 
  • Organisation spatiale rigide choisie par vos soins, combinée à la configuration de votre logement et à la composition de votre foyer, ne permettant plus de garantir des conditions d’accueil assurant la santé, la sécurité et le bien-être des enfants accueillis, conformément aux dispositions du Code de l’action sociale et des familles ». 

Un système global et discriminant 

Bien sûr Marine Florette a rencontré d’autres assistantes maternelles de Guadeloupe. Nombreuses sont celles qui pointent les abus du service de PMI de Baie-Mahault et de sa puéricultrice « toute puissante », « qui veut tout contrôler, qui exige d’établir un PAI pour donner le moindre médicament » mais paradoxalement fait preuve d’« une méconnaissance de la règlementation en vigueur » et « ne permet aucun dialogue », assure l’assistante maternelle. Mais une PMI aux exigences parfois très inégales : « Je me suis renseignée, précise Marine Florette, dans certaines villes de Guadeloupe, des professionnelles utilisent des lits parapluie mais la PMI ne leur dit rien ! Et d’autres assistantes maternelles ont été embêtées sur d’autres points : formations imposées, avenant au contrat pour accueillir l’enfant d’une collègue malade, interdiction d’accueillir un enfant malade… ». 

Plus encore, Marine Florette pointe un système global, bien ancré dans de nombreuses PMI de Guadeloupe, discriminant envers les professionnelles qui ne sont pas originaires du territoire. Elle n’est pas la seule assistante maternelle à arriver de métropole, pas la seule à avoir subi des pressions de la part de la PMI. Mais la seule à ne pas s’y être pliée… « Une déléguée syndicale locale m’a bien fait comprendre que si je ne me pliais pas aux règles de la PMI du territoire je ne pourrais pas travailler… Mais si tout le monde les laisse faire, elles auront gain de cause, c’est injuste ! Aujourd’hui on nous interdit les lits parapluie, on nous impose un dortoir, mais qu’est-ce que ce sera demain ? », s’inquiète-t-elle.

Perdre ou suspendre son agrément ? 

Aujourd’hui, Marine Florette est toujours dans l’attente d’une réponse du Conseil Départemental à l’un de ses cinq courriers recommandés, elle a pris un avocat pour défendre ses droits. Elle n’a toujours pas reçu la décision de CCPD du mois de juin et reste dans la crainte qu’on lui retire son agrément, que le Conseil départemental et la commission lui ont d’ailleurs proposé de suspendre le temps de son expatriation en Guadeloupe. Mais Marine Florette aime son métier et a bien l’intention de se battre jusqu’au bout pour pouvoir l’exercer…

Contactée, la responsable du service agrément maternel et familial du Conseil départemental de Guadeloupe n’a pas souhaité nous répondre.

La réponse d’Audrey Besnard-Lescène, secrétaire générale de l’Unsa ProAssmat 

Nous avons déjà eu ce cas de figure en Guadeloupe. Ce n’est pas la première fois que des assistantes maternelles de Guadeloupe dénoncent ce type de pratiques. Nous avons alerté le Conseil Départemental a plusieurs reprises par recommandé, y compris pour la situation de Marine Florette, mais nous n’avons jamais eu de réponses. Le recommandé concernant l’affaire de Mme Florette n’a même pas été récupéré. 

Ce qu’exige la PMI concernant le couchage des enfants est absurde et ne figure pas dans le référentiel national. La règlementation n’est pas différente en Guadeloupe et en métropole et le Département n’est pas au-dessus des lois, elle est la même pour tous.  

Concernant l’usage de lits parapluie, il y a eu des jurisprudences en métropole : des assistantes maternelles ont saisi le tribunal administratif et ont gagné. Les lits parapluie ne sont pas interdits. Ce qui est interdit en revanche, c’est d’ajouter un matelas dans un lit parapluie. Et les assistantes maternelles sont suffisamment formées pour les utiliser en toute sécurité.  

Pour ce qui est de faits de discrimination, je n’ai pas assez de recul sur la question, je n’ai pas eu d’échos en ce sens. 

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 03 septembre 2026

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