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Enfant acteur, enfant metteur en scène : tout savoir sur les jeux symboliques

Les jeux symboliques ou jeux de faire semblant sont dans le « top ten », des propositions offertes, par les professionnels de la petite enfance aux enfants, tant en EAJE, que dans les lieux de l’accueil individuel. Ce succès est réel et correspond à un besoin développemental chez l’enfant. On note que, dès 24 mois, une durée considérable du temps de jeu libre des enfants, est consacré à ce type activité, lorsqu’elle existe dans son environnement. Les explications de Catherine Lefèvre, psychomotricienne et diplômée en sciences de l’éducation.

Les jeux symboliques essentiels dans le développement de l’enfant

Les jeux de faire semblant et les jeux de fiction permettent à l’enfant d’apprendre progressivement de nouvelles compétences, grâce au soutien des adultes et des autres enfants. Ces jeux l’aident à mieux gérer ses émotions, à contrôler ses comportements et à développer ses capacités sociales et cognitives. En jouant, l’enfant utilise ses souvenirs et ses images mentales pour se différencier des autres. Ces activités stimulent son imagination et sa créativité, tout en l’aidant à comprendre ses propres sentiments et à percevoir les intentions ou les points de vue différents des siens. Le jeu symbolique est essentiel : il favorise le développement des fonctions mentales nécessaires aux apprentissages, ainsi que des compétences motrices, cognitives et sociales. Le langage joue un rôle central dans ce processus, car il permet à l’enfant d’entrer dans l’univers symbolique et de développer la « théorie de l’esprit », c’est-à-dire la capacité à comprendre que les autres ont des pensées et des émotions différentes des siennes.

Les jeux symboliques où l’enfant est acteur

Les jeux d’imitation et les jeux de rôle font partie de cette catégorie. En effet, l’enfant y est l’acteur principal. Il est le papa qui donne le biberon au poupon, le bricoleur qui tape avec son marteau et visse avec la clé à molette, ou encore Spiderman prêt à sauver le monde grâce au costume endossé.

– Les jeux d’imitation, où l’enfant cherche à reproduire des actions ou des comportements vus dans la vie réelle ; Il cherche alors « à devenir » le personnage observé ; Il cherche à faire sien les faits et gestes qu’il a vus faire dans la situation qu’il tente de vivre dans le jeu. Ces jeux d’imitation offrent également à l’enfant la possibilité d’épouser et répéter les mimiques, les expressions langagières entendues, ou encore de simuler les émotions perçues. On les retrouve sous la forme de marchandes, de dinettes, de mallettes de docteur, ou de coiffeuses.

– Les jeux de rôle, offrent d’autres compétences. Ils sont dans la continuité développementale et chronologique des jeux d’imitation. Ils impliquent des actions narratives plus élaborées : des dialogues improvisés par exemple. Cette catégorie de jeux symboliques, incite l’enfant à jongler avec des personnages imaginaires et à interagir dans un contexte fictif. Ce type de jeux symboliques perdure dans le temps et abouti à des scénarii complexes avec parfois des règles spécifiques. (Exemple : jouer à la maitresse d’école)

Les jeux symboliques où l’enfant est metteur en scène

En petite enfance, ces jeux de « metteur en scène » sont souvent proposés sous la forme du garage, de la ferme, du château et de ses chevaliers. L’enfant fait jouer des scénarii à des personnages ; Lorsqu’il joue à la ferme mettant en scène le cochon et le dindon, il ne se prend pas pour ces animaux. Il invente une histoire dans laquelle les personnages sont le cochon et le dindon, et où il tire les ficelles de l’avancement du jeu, tel un marionnettiste. Il élabore une histoire, en construit les rebondissements, tout en donnant vit à chacun des personnages. Pour un scénario d’incendie, l’enfant crée le décor, imagine les besoins, recherche les actions pour éteindre le feu, fait intervenir des personnages, pompier, ambulancier, blessé…
Ces jeux dits « metteur en scène » offrent à l’enfant une élaboration, un jeu, fondamentalement différents du jeu « acteur ». C’est une bascule vers une construction de la pensée plus globale qui fait intervenir temporalité, langage, imaginaire : « Ils contribuent à ouvrir les champs sociétaux des interactions contextualisées. Ils permettent le développement de la pensée représentationnelle qui agit sur la construction du sens. Ils permettent l’émergence du langage de planification, élément central du développement du schéma narratif. Ils permettent le développement des fonctions exécutives ». Ceux sont des jeux essentiels.

Créer ou ne pas créer des espaces de jeux symboliques

Les jeux symboliques, où l’enfant est acteur, sont soutenus par du mobilier adapté à la taille des enfants : cuisinière, lave-vaisselle, évier, mais également marchande, établi, coiffeuse. Ceci permet de créer physiquement les espaces et de les personnaliser grâce à quelques linos simili carrelage, et faux lustres. Ainsi, l’enfant visualise aisément les espaces de jeux, et se projette facilement dans le jeu soutenu par maints repères sensoriels décoratifs.
À l’inverse, les jeux dans lesquels l’enfant est metteur en scène, ne se voient pas toujours consacrer un espace, pérenne. Il ne s’agit pas tant, d’un sujet de place, ni de difficultés d’aménagement de l’espace, car il existe parfois en parallèle plusieurs espaces de type acteur, mais peut-être pouvons-nous supposer, que l’influence des catalogues de jeux y soit pour quelque chose. Aussi les jeux sont-ils sortis à l’intention des enfants puis rangés. Ceci n’offre pas à l’enfant les mêmes possibilités de projection, et de développement de l’imaginaire et de la pensée, que des jeux qui sont pérennes et contenants.
L’adulte, influencé par le mobilier existant, offre finalement en jeu libre, une catégorie de jeux du faire semblant au détriment d’une autre, influencé par le mobilier vendu. Pourtant, les deux sont indispensables à son développement.
Imaginons un banc sur lequel une route et un passage piéton serait tracé, glissons sous le banc avec les camions, tournons autour avec des voitures, faisons traverser la route à des personnages ; adossons ce banc par une extrémité à un mur, le dos d’un meuble, et faisons-en un tableau interactif où l’enfant collera et décollera à l’infini les panneaux de la route et des feux tricolores.  (Le jeu dans le plan horizontal et vertical : élément capital pour anticiper les propositions scolaires tracées sur le tableau noir vertical et à retranscrire sur la feuille l’horizontal).
L’espace créé s’impose et encourage le jeu.

Les jeux symboliques « acteur » et « metteur en scène » offrent une complémentarité dans les jeux du faire semblant et de l’imaginaire, qui appelle à créer des espaces aménagés permanents.

Comment faire évoluer les espaces de jeux symboliques

Plusieurs facteurs pour envisager l’évolution ou renouvellement de ces espaces de jeu.
Prenons l’exemple de l’espace cuisine, généralement, proposé 365 jours par an. Comment maintenir l’engagement actif et la curiosité, l’attrait de cet espace, renouveler le jeu, et enrichir les expériences vécues.

– Développer l’imagination de l’enfant 
Travailler autour de l’aménagement sensoriel de l’espace proposé. La décoration est un indispensable : un revêtement de sol quadrillé pour faire penser à du carrelage, une suspension de type boule chinoise en papier en guise de faux lustre, une fenêtre à rideau dessinée sur le mur pour créer un trompe-l’œil…
La stimulation d’autres sens peut également influer sur l’imaginaire de l’enfant : l’enregistrement du bip d’un micro-onde, ou d’un minuteur qui sonne régulièrement, des sacs senteurs (inaccessibles) qui diffuseront une odeur d’épice en cuisine.

– Faire jouer et donner à jouer

– La mise en place de sets de table
– La mise en place de gants et d’éponges pour faire la plonge
– La proposition d’une panoplie habillage : coiffe de chef, tablier pour développer en parallèle le plaisir du déguisement avec la cuisine
– La mise en scène autour d’une table de restaurant, avec une nappe, un bouquet de fleur, et d’un menu
– Confectionner une liste de course lors d’un atelier découpage, collage à base de catalogue de supermarché, et associer les jeux de marchande avec la cuisine
– Renouveler la situation avec le piquenique : une malle avec des assiettes en carton et des serviettes en papier
– Agrémenter la cuisine d’éléments récupérés : boites de céréales vides, boite de « Nesquick », et bouteilles de lait.

– Ancrer le jeu dans un environnement géographique
Lorsque l’emplacement géographique ouvre sur des idées créatives ;
– Un lieu d’accueil proche d’un port pourra imaginer une plateforme avec un mat symbolisant un bateau,
– Un lieu proche d’un aéroport pourra créer un cockpit avec un micro-casque, et un tableau de bord, véritable mur sensoriel couvert de boutons et de curseurs à enfoncer et déplacer

– Ancrer le jeu dans la société actuelle
De nouveaux jeux symboliques pourraient faire leur entrée dans les lieux d’accueil pour enfants : En effet, ceux-ci voient leurs parents passer du temps sur les ordinateurs ; La création d’un espace bureau : une table, une chaise avec un cadre noir posé ou collé au mur symbolisant un écran d’ordinateur ; Un clavier et une souris d’ordinateur, un pot à crayons et quelques feuilles permettraient de finaliser l’ambiance et remporteraient l’adhésion.

– À développer en extérieur
Les espaces de jeux symboliques ont toute leur place dans les espaces extérieurs, terrasse et jardin. Ils peuvent offrir une continuité du jeu mené en intérieur : les poussettes et le porte-bébé pour les poupées, mais que pensez-vous de la balançoire de poupées ?
La cuisine en extérieur certes, mais pourquoi ne pas aller vers le barbecue ou le coin du feu (symbolisé !) ou la table pour piqueniquer
Les enfants adorent ces espaces de jeux, soyons imaginatifs et renouvelons-les afin de faire grandir les expériences et les partages, pour maintenir l’engagement actif dans le jeu.

Les jeux symboliques à partir de quel âge ?

L’enfant doit pouvoir accéder à la pensée représentative, pour élaborer un véritable jeu symbolique. Pour autant, la mise à disposition d’un matériel de jeu symbolique, choisi, peut avoir un sens, dès le plus jeune âge.
Prenons les jeux de poupons, mis à disposition des bébés : l’enfant tout-petit, dès10 mois, s’y intéresse. Avant de les manipuler pour les porter, et leur prodiguer des soins, le petit les manipule et progresse dans son processus de reconnaissance corporelle et d’identité : le tout petit met le poupon à sa bouche pour le découvrir et l’embrasser, lui met les doigts dans les yeux, découvre le mouvement des paupières qui s’ouvrent et se ferment, et bien souvent s’installe dans le lit de poupée : s’identifiant corporellement au poupon.
Vers 15-16 mois, les enfants s’intéresseront à un matériel plus spécifique tel que les couverts de la cuisine, les marteaux, vis et écrous. Ils seront l’objet de manipulations, et d’expériences tactiles, sensorielles avant d’être utilisé, vers 18 mois, à bon escient et de prendre leur place dans un scénario. Les gestes s’affinent, sont portées par des intentions de faire semblant, et développent les compétences et les habiletés motrices.
Chronologiquement, l’objet symbolique provoque dans un premier temps le monologue, puis les interactions langagières apparaissent et se développent peu à peu alors que les scénarii réunissent plusieurs enfants.

Catherine Lefèvre

PUBLIÉ LE 22 décembre 2025

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