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Entrée en maternelle : une traversée féérique pour préparer les tout-petits

Quitter la crèche ou l’assistante maternelle pour entrer à l’école et « devenir grand », c’est une sacrée étape ! Pour accompagner les tout-petits (et leurs parents), les professionnels de la petite enfance et les enseignants de maternelle d’Eybens ont mis en place une traversée féérique et symbolique d’une structure à l’autre, avec la complicité de la Compagnie artistique l’Insomnante.

A Eybens, en banlieue grenobloise, la transition de la crèche à l’école maternelle est une question qui tient à cœur. Un axe tout particulièrement travaillé par la Ville depuis plusieurs mandats, notamment par le Réseau Éducation. Depuis 2019, l’ensemble des acteurs socio-éducatifs du territoire – petite enfance, enfance, jeunesse, scolaire, familles, associations – se regroupent ainsi afin de travailler en transversalité sur des thématiques communes, sous l’impulsion du PEDT.

En juin 2026, la municipalité d’Eybens, les professionnels de l’enfance et de la petite enfance engagés ont mis en œuvre un très joli projet pour accompagner en douceur les tout-petits vers l’école maternelle. Un gigantesque mobile de soixante de mètres de long, créé par les enfants coachés par une artiste, a été tendu entre la crèche et l’école pour faire de ce passage vers le monde des grands un moment féérique et plein de poésie…  

Une multitude de regards associés 

Ce projet original a été inspiré d’une expérimentation faite à Grenoble il y a environ 3 ans. « Il a fallu adapter ce projet à Eybens, à sa population, aux spécificités des quartiers de la ville et aux structure petite enfance, précise Stéphanie Glénat, responsable du RPE. Ici, nous avons voulu y associer le RPE, le LAEP, les assistantes maternelles indépendantes, et les parents qui ont recours à d’autres modes d’accueil, en élargissant à tous les publics par la Maison des Habitants (MDH) ». Pour le construire et le mettre en place, les services des affaires culturelles et de la petite enfance de la Ville, ainsi que et les responsables des lieux d’accueil et de l’école, le RPE, la MDH ont travaillé main dans la main avec la Compagnie artistique l’Insomnante, qui avait déjà travaillé sur le projet grenoblois. La CAF (par le Fonds  de soutien à la parentalité), la municipalité et la DRAC de la Région AURA ont apporté leur soutien financier. « Cette préparation minutieuse assurée par notre équipe pluridisciplinaire a été un vrai facteur de réussite, assure Camille Faye, responsable du développement des actions culturelles. C’était une vraie richesse d’avoir autant de regards associés, grâce au Réseau Éducation. » 

Une histoire pour fil conducteur 

La première année dans le quartier Maisonneuve, puis cette année Les Ruires, le choix des quartiers d’Eybens élus pour accueillir La Traversée ne laisse rien au hasard : il faut bien sûr une certaine proximité géographique entre l’école maternelle et un lieu d’accueil pour que le projet soit matériellement réalisable.

En partant d’une histoire racontée et signée par l’artiste autour du sommeil et des rêves – un thème cher à la Compagnie l’Insomnante – les enfants ont été invités à créer des éléments à partir de peinture, de papiers et textures, qui seront ensuite accrochés aux fils, tirés de la crèche à l’école, comme un chemin symbolique. « Ce projet de la Traversée s’inscrit dans la continuité d’une création de la Compagnie l’Insomnante « Là où je vais les yeux fermés », qui s’appuie sur un imagier tout en bleu et rouge. L’artiste reprend cette histoire de rêve et la signe avec les enfants, qui la signent à leur tour en utilisant la peinture », raconte Camille Faye. Lorsque l’artiste parle de la pluie, les enfants trempent leurs doigts dans la peinture pour faire les gouttes, puis tracent des vagues, peignent des poissons, des oiseaux… 

Huit ateliers artistiques de trois quarts d’heures à une heure étalés sur quinze jours, ont été proposés aux enfants de l’école et des modes d’accueil (dès deux ans). En journée à la crèche, et à la fin du temps périscolaire avec l’aide des animateurs pour l’école. Un atelier a même été ouvert à tous via la Maison des Habitants, permettant de toucher un public plus large et les assistantes maternelles des communes limitrophes signataires de la CTG (Poisat et Bresson), associées au projet. Cette année, au total 63 enfants et 6 assistantes maternelles ont participé au projet ! 

Une organisation pas si simple à mettre en place

Lors des ateliers, les professionnelles avaient à cœur de mixer volontairement les différents groupes d’enfants, issus des lieux d’accueil et de l’école pour favoriser les rencontres et la découverte de l’autre. Mais ce n’était pas si évident à organiser ! « Nous nous sommes heurtées aux différentes réglementations de l’école et des lieux d’accueil. Nous avons donc essayé de jouer avec toute ces contraintes pour favoriser la rencontre des enfants ! », explique Camille Faye. Les assistantes maternelles ont des groupes d’enfants interages, elles pouvaient donc difficilement emmener les bébés à l’école, elles ont donc participé aux ateliers à la crèche… Quant aux élèves, sortir de l’école pour aller à la crèche nécessitait un certain taux d’encadrement. Ce sont donc des enfants de la crèche qui sont venus aux ateliers de l’école, puisque le taux d’encadrement des tout-petits y était plus favorable…

Une traversée poétique et symbolique

Le jour de la Traversée, les équipes sont arrivées dès six heures du matin pour mettre en place le dispositif. Trois heures de montage seront nécessaires pour que chaque élément trouve sa place ! Chaque traversée commence par la même histoire qui a déjà bercé les ateliers, elle est vraiment le fil conducteur du projet. Puis un groupe d’écoliers vient à la crèche chercher un petit groupe d’enfants pour les emmener jusqu’à l’école en empruntant ce passage poétique, sous le mobile géant qu’ils ont fabriqué de leurs mains. Les petits groupes se succèdent, par vagues successives toutes les 20 minutes, accompagnés par des adultes. Il faut que ça circule et tenir compte de la récréation des plus grands…

Dans la cour de l’école, une artiste de la Compagnie joue du violoncelle et crée des sons à l’aide d’un looper et d’éléments de la nature. Au début, les enfants entendent la mélodie presque lointaine puis la musique, douce et envoutante, les accueille au sortir de la Traversée. Curieux, ils visitent ensuite l’école, guidés par leurs ainés et s’attardent dans la cour autour de l’artiste.

Pour ces enfants, l’expérience en tant que telle est assez magique : admirer cet univers féérique, traverser ce mobile qu’ils ont façonné tous ensemble, admirer son immensité alors que ce qu’ils avaient créé était tout petit… « La symbolique du passage est vraiment très forte pour ces petits. Ils en garderont certainement un beau souvenir même diffus, assure Camille Faye. En faisant ma première Traversée, j’avais presque le sentiment de revivre un accouchement, c’était très doux ! », raconte-t-elle, émerveillée. Pour Béatrice Garnier, éue à l’action culturelle, c’est une manière de « leur faire découvrir un autre monde avec les yeux et les oreilles, pour sortir en douceur du petit cocon de l’assistante maternelle et de la crèche ».

Une étape pour les parents également

Tous les enfants qui ont participé à cette traversée ne seront pas forcément accueillis dans cette école du quartier des Ruires puisqu’il y a quatre écoles à Eybens. Mais « ce n’est pas un problème, assure la responsable du RPE, c’est la symbolique du passage vers l’école, pour rejoindre les plus grands qui compte, peu importe l’école. Cette traversée, c’est autre chose, un moment pour eux, où les élèves viennent les chercher pour qu’à leur tour ils deviennent des grands ». Les enfants auront l’occasion de faire une visite plus formelle de l’école qui les attend, le moment venu.

Une expérience qui marque également les parents et les assistantes maternelles, pour qui cette étape n’est pas toujours facile à vivre. Vivre aussi cette traversée symbolique les aide à prendre conscience que l’enfant grandit et passe un nouveau cap d’une manière très positive. Les assistantes maternelles qui y ont participé ont beaucoup apprécié d’être associées à ce projet, assure Stéphanie Glénat. « En participant au même titre que les crèches, elles s’en sont trouvées valorisées dans leur métier ».

Cette année, la Compagnie a proposé de faire un rappel de la traversée au moment de la rentrée. Des petits poissons, oiseaux et nuages du mobile seront suspendus dans l’école pour raviver leur souvenir et les accompagner jusqu’au bout…

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 10 juillet 2026

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