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Étude de la Drees : l’accessibilité aux modes d’accueil progresse mais les écarts se creusent avec les territoires ruraux
La Drees vient de publier une nouvelle étude sur l’accessibilité aux modes d’accueil individuels et collectifs, entre 2017 à 2022, basée sur un nouvel indicateur de précision. Et si la couverture globale du territoire s’améliore, les écarts se creusent notamment dans les communes les plus rurales.
Pour cette étude, la Drees a opté pour une nouvelle approche pour mesurer l’offre d’accueil individuel et collectif. L’accessibilité potentielle localisée (APL) estime la disponibilité du service en fonction de l’offre et de la demande locales, tout en prenant en compte la distance ou le temps de trajet. « Elle consiste à évaluer, pour une commune donnée, le nombre de places potentielles situées à 15 minutes en voiture du centre de la commune, indique le communiqué. Cette approche, permet de porter un diagnostic sur l’accessibilité́ à un accueil formel sur l’ensemble du territoire, en particulier les plus petites communes. Elle est sans doute un peu moins adaptée pour une analyse dans les grandes villes, où les transports en commun constituent un mode de transport alternatif plus fréquent », précise-t-il. Cette étude prend en compte toutes les structures de l’accueil collectif (crèches, halte-garderie, multi-accueils, microcrèches publiques et privées) dans toutes les communes de France hors Mayotte et seulement les assistantes maternelles pour l’accueil individuel. Les données de la garde à domicile n’ont pas été intégrées.
Le taux de couverture progresse mais le nombre de places d’accueil diminue
L’étude révèle qu’entre 2017 et 2022, le taux de couverture par une offre d’accueil formel des enfants de moins de trois ans a légèrement progressé en France : de 58,9 à 60,3 places pour 100 enfants (Onape 2025). Alors que le nombre de places d’accueil formel a diminué de 46500 places soit -3,4 % sur cette même période. En cause : la diminution du nombre d’enfants de moins de 3 ans. Et la baisse du nombre d’assistantes maternelles employées par des particuliers (86 200 places en moins) qui devrait se poursuivre, et que la hausse du nombre de places d’accueil en EAJE peine à compenser (+58300 places). « Cette baisse du nombre de places d’accueil formel est toutefois inferieure à celle du nombre d’enfants entre 2017 et 2022, soit -6,6 % d’après les données du recensement, ce qui explique l’augmentation du taux de couverture », indique la Drees.
Une moindre accessibilité dans les zones rurales
De 2017 à 2022, le nombre de places en mode d’accueil accessibles pour un enfant a globalement augmenté dans presque tous les types de communes, mais les écarts qui étaient déjà observés dès 2017 se sont creusés : dans les territoires urbains, l’augmentation est légèrement supérieure à la moyenne nationale, dans les territoires ruraux à habitat dispersé l’augmentation est également significative mais l’écart se creuse entre les communes du rural dispersé ou très dispersé.
La Drees explique que cette variation de l’accessibilité potentielle localisée (APL) sur la période donnée traduit l’évolution de l’adéquation de l’offre (la variation du nombre de places potentielles) et de la demande (la variation du nombre d’enfants de moins de 3 ans). De 2017 à 2022, la hausse de l’APL traduit une baisse de la demande, et ce plus particulièrement dans les petits pôles urbains et dans les territoires ruraux à l’habitat dispersé, comme le montre la grille communale de densité.
De larges disparités selon les régions
En observant de plus près le taux de couverture moyen par territoire, par le biais de ce nouvel indicateur, la Drees constate que « le nombre de places accessibles par enfant est nettement plus élevé́ dans les communes de l’Ouest, dans les Pays de la Loire, en Bretagne et en Normandie » pour l’accueil individuel comme pour l’accueil collectif. Et également en Bourgogne-Franche-Comté et en Alsace. En revanche, « l’APL (est) significativement plus faible dans les communes d’Occitanie, de Provence-Alpes-Côte-D’azur et sur- tout en Corse. L’Île-de-France, malgré́ son poids démographique, reste également en dessous de la moyenne ».
Les assistantes maternelles plus accessibles à l’ouest, les EAJE au sud-est
Selon le mode d’accueil et la géographie, l’offre globale montre de larges disparités : pour l’APL a une assistante maternelle, le nombre de places accessibles à moins de 15 minutes de la commune atteint son maximum dans les communes des Pays-de-la-Loire. Il est également élevé en Normandie, Bretagne, Centre-Val-de-Loire ou Bourgogne-Franche-Comté. A contrario, l’accès à une assistante maternelle est bien plus difficile en Provence-Alpes-Côte-D’azur, Occitanie ou Corse. Idem en Ile-de-France.
Pour l’accessibilité aux places en EAJE, c’est l’inverse, « les régions parmi les moins dotées relativement à la population en places d’assistantes maternelles apparaissent parmi les mieux dotées en EAJE », indique l’étude. L’accessibilité aux EAJE est la plus élevée dans les communes de Provence-Alpes-Côte-D’azur, d’Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes. Puis en Occitanie et dans le Grand-Est. En revanche, l’APL à une place en EAJE atteint un niveau moindre dans plusieurs régions de l’Ouest ou du Nord.
Peu d’EAJE en territoire rural
Cette nouvelle approche de la Drees montre également qu’au-delà des différences géographiques, l’accessibilité aux modes d’accueil est différente selon le type de commune dans laquelle réside la famille. Le nombre de places accessibles en mode d’accueil (à moins de 15 minutes en voiture du centre de la commune) est plus élevé dans les petites villes, les centres urbains et bourgs ruraux que dans les communes rurales à l’habitat dispersé. L’APL pour une place en EAJE y est très faible, l’offre d’accueil repose principalement sur les assistantes maternelles, bien qu’elles soient moins présentes que sur l’ensemble des communes. En effet, on note une présence plus élevée des assistantes maternelles dans les petites villes et bourgs ruraux. L’accessibilité aux places en EAJE y est également plus élevée que la moyenne.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 21 mai 2026