Direction de crèche : construire sa vision
La complexité administrative de la fonction de direction d’EAJE, associée à un secteur carencé en professionnels, avec une planification logistique quotidienne et son lot d’imprévus laissent peu de temps pour se poser… Et pourtant, il est essentiel de pouvoir développer une perspective claire et inspirante, une feuille de route stratégique pour orienter le travail en faisant éclore sa propre vision.
Le métier de directeur d’EAJE est devenu une plongée immersive dans l’opérationnel. Et si vous preniez un peu de hauteur aujourd’hui ? On prend rarement le temps quand on va devenir ou lorsqu’on est déjà directeur de réfléchir à ce que l’on veut, pourquoi on le veut, comment on le veut. Alors oubliez cinq minutes le « faire » pour vous concentrer sur ce qui vous fait vibrer et mettez-vous en mode projet parce que « La différence entre un rêve et un projet c’est une date » Walt Disney.
Un exercice de clarification
Je vous propose donc de poser les fondations, de travailler sur la clarté de vos attentes pour ainsi élever des piliers qui seront des points d’ancrage et de ressources pour votre équipe. Votre vision c’est votre destination, le plan de (re)conquête de la petite enfance pour prendre le temps de conscientiser ce que vous avez envie d’accomplir et quel sens cela a pour vous.
Construire sa vision est un exercice de clarification, de verbalisation et de valorisation. Être un acteur conscient de ses responsabilités demande une certaine habileté. Votre travail consiste à analyser les situations et donc à agir pour prendre la bonne direction. Pour cela vous allez créer un environnement de travail responsable fondé sur une culture de confiance et de travail d’équipe. Il est donc essentiel d’offrir une vision précise et un cadre de travail qui ne soit pas confus.
Attention une vision n’est pas figée, elle nous permet de garder le cap car elle nous permet de nous projeter. Elle nous permet de nous créer des opportunités en mettant en lumière ce qui a réellement de l’importance pour nous. Selon la définition du dictionnaire Larousse la vision est « une manière de penser »
Sortir de l’improvisation
La vision va vous permettre de sortir de l’improvisation, de l’approximatif. On n’a pas forcément besoin de faire des choses incroyables pour pouvoir développer notre vision. La vision est la première étape pour décliner le cadre de travail. Profitons-en pour répéter que les bonnes intentions des professionnels ne suffisent pas et n’ont pas à se substituer à une connaissance aiguë des capacités des enfants et des actions concrètes à déployer pour y répondre.
Écrire va donc vous permettre de prendre du recul, de formaliser et ainsi légitimer ce que vous attendez et ce que vous serez en droit d‘attendre de votre équipe, pour arriver dans un autre temps jusqu’à la déclinaison des applications concrètes. Mais ne brûlons pas les étapes !
Et donner du sens aux actions
Il s’agit ici de donner du sens pour donner envie, et dans le contexte actuel ce n’est pas du luxe. Avant toute chose, la vision va vous permettre de donner du sens aux actions, vous allez pouvoir y associer une marche à suivre, et ainsi apporter du confort, de l’assurance à votre équipe, cela vous permet d’être attentif à leurs besoins.
La vision va vous permettre de délivrer des messages clairs, créer une énergie positive et renforcer la motivation de chacun à agir car avoir une idée plus claire de ce que l’on veut nous permet de mieux le transmettre. Construire sa vision c’est aussi avoir un certain niveau d’exigence vis-à-vis de soi-même pour les enfants et être une inspiration pour les autres.
En tant que directeur vous possédez un certain potentiel d‘influence, c’est la manière dont vous allez pouvoir influencer votre équipe pour qu’elle réponde présente et remplisse ses objectifs de travail. Alors soyez inspirant, ouvert à tous, et comme l’a dit le peintre Henri Matisse « N’attendez pas l’inspiration, elle vient pendant qu’on travaille ». Ne faites donc pas l’économie de ce temps avec vous-même
Première étape : définir les valeurs
La première étape consiste à définir les valeurs que vous souhaitez porter et qui seront acceptées de tous. Selon la définition du Larousse une valeur est « ce qui est posé comme vrai, beau, bien d’un point de vue personnel ou selon les critères d’une société et qui est donné comme un idéal à atteindre ou quelque chose à défendre »
Vous pouvez choisir des mots qui vous inspirent, par exemple partir de la définition du dictionnaire et trouver ses propres mots pour créer sa propre définition. N’hésitez pas à y associer des exemples concrets systématiquement pour que cela soit plus parlant et définissez comment vous l’envisagez pour les enfants, pour les familles. Il s’agit de choisir des grands principes, des valeurs, des options éducatives, et pédagogiques qui vont constituer votre spécificité et de définir par écrit en quelques mots les valeurs choisies
Quelques exemples pour peut-être vous inspirer :
Respecter : C’est s’engager à ce que chacun grandisse dans la relation. Le professionnel en innovant dans ses pratiques garantit l’éveil et l’épanouissement de l’enfant.
Cultiver : C’est savoir s’accepter soi et les autres tels qu’ils sont avec tolérance et empathie
Rencontrer : C’est établir un lien entre nous et l’autre. En interagissant avec l’autre, nous construisons avec le temps la confiance, socle de la collaboration et la qualité
La libre motricité : permettre à l’enfant de faire chaque jour de nouvelles expériences motrices et les répéter autant de fois qu’il le souhaite pour mieux mieux comprendre son corps, ses capacités et son influence sur son environnement. Laisser faire l’enfant pour ne pas faire à sa place : C’est la variété des expériences et des découvertes qui amène le jeune enfant à s’éveiller et surtout de lui proposer des opportunités compatibles avec ses potentialités.
Loyauté : La loyauté est l’essence même d’un travail d’équipe. Elle permet de s’associer, de collaborer dans la transparence, l’équité et le professionnalisme.
Deuxième étape : formaliser réponses adaptées aux besoins de l’enfant
La deuxième étape consiste à définir la responsabilité engagée auprès des enfants en gardant en tête qu’il s’agit de répondre aux besoins de sécurité du jeune enfant / à sa dépendance et à son immaturité cérébrale. Ce que nous faisons chaque jour a un impact sur la vie de l’enfant. Le décryptage des réactions de l’enfant et ses besoins ne peut, ne doit se faire sans savoir comment l’enfant apprend, sans prendre en compte la dimension collective dans laquelle il évolue.
Quelques exemples :
- Aller systématiquement vers l’enfant quand il pleure, se déplacer, s’approcher de lui
- Quand l’enfant est resté longtemps sans contact physique, déplacez-vous asseyez vous à ses côtés, en le regardant, le touchant, lui parlant, lui souriant,
- Mettrez des mots sur ce que l’enfant ressent pour lui montrer que vous le comprenez, par exemple « je vois que tu as mal », « Je comprends que tu dois avoir mal.»
Troisième étape : édicter « un code de conduite » non négociable
La troisième étape consiste à définir les préalables, les engagements attendus, les invariants. Il vous revient donc de responsabiliser chaque personne de votre équipe, aider chacun à prendre une pleine conscience de son rôle et de l’’impact de sa contribution au quotidien, c’est-à-dire quelle est sa responsabilité engagée et les effets possibles sur le développement de l’enfant. Une sorte de code de conduite avec des exigences éthiques concrètes et des lignes directrices précises et claires des activités quotidiennes
Par exemple :
Redéfinir les règles éducatives et être très clair sur l’interdiction de punition, la privation, le chantage qui sont des formes de sanctions auxquelles les professionnels ne peuvent pas avoir recours et donner très clairement des exemples de pratiques interdites :
- Ne pas lui donner accès à sa tétine dès qu’il le souhaite,
- Ne pas lui donner de l’eau à table parce qu’il renverse son verre ou joue avec.
- Ne pas forcer l’enfant à rester assis à table
Il est important que votre vision soit claire, concise, réaliste et inspirante. Vos valeurs seront la colonne vertébrale de votre travail, vos ambitions seront les engagements attendus, et puis vous pourrez ainsi définir les différentes pratiques professionnelles associées avec des exemples concrets pour mettre en acte les valeurs
Les idées reçues
- Idée reçue n°1 : Une vision imposée par la direction ne permet pas l’engagement/ faux
Manager c’est créer des relations et c’est avant tout créer la relation éducative que votre équipe va déployer auprès des enfants, elle est à construire par vos soins, non seulement pour être garant des bonnes pratiques mais aussi pour garantir à votre équipe un maintien de leur sécurité psychologique : ne plus laisser de place au mauvais décryptage ou à la mauvaise interprétation.
- Idée reçue n°2 : les imprévus du quotidien vont modifier constamment la vision/faux
Les crèches ont donc besoin d‘un manager avant toute chose pour définir la réalité, en amont qui concerne les attentes, les possibles, les interdits, tout ce qui va pourvoir venir éclairer les attentes au travail et donner du sens pour construire un positionnement professionnel.
Votre vision va apporter un vrai programme, au sens noble du terme, en créant un cadre de travail bien, plus explicite et notamment autour des pratiques attendues. Il ne s’agit pas d’un travail ponctuel mais qui va s’inscrire dans une continuité avec une part d’invariance.
Les écueils à éviter
- Faire ça « à la va vite » car on a du mal à se détacher des ses préoccupations du quotidien : il est important de remettre en cause les pratiques passées et présentes pour pouvoir s’inscrire dans une dynamique de changement. La vision est portée par la mise en projet et l’ambition, il faut donc essayer de voir un peu plus loin
- Ne pas vérifier que tout le monde dispose des ressources nécessaires : ne pas idéaliser son futur et proposer une vision accessible et compréhensible de tous, prendre le temps du déploiement et de l’explication
- Ne pas impliquer votre équipe pour faire vivre votre vision : ne pas trop avoir de certitude et permettre à chacun de trouver sa place dans la vision, car pour pouvoir l’incarner vous avez besoin de votre équipe
- Ne pas identifier le rôle de chacun dans votre vision : trop miser sur le cadre et ne pas prendre le temps de connaître et reconnaître els membres de son équipe, chacun fonctionne différemment et a des talents différents même si le cadre de travail est le même pour tous
Marie Defrance
PUBLIÉ LE 05 décembre 2024