Abonnés
Formation, épuisement, manque de reconnaissance : un livre sur le quotidien des assistantes maternelles
Ancienne journaliste reconvertie en assistante maternelle, Magali Vogel a renoncé à cette nouvelle carrière après seulement cinq mois d’exercice. De cette expérience est née une enquête, Les Invisibles du berceau, nourrie d’une centaine d’entretiens avec des professionnels. Épuisement, manque de reconnaissance, formation insuffisante, relations parfois difficiles avec les PMI et les parents employeurs… L’autrice entend mettre en lumière les difficultés d’un métier essentiel. Rencontre.
Après près de vingt ans de journalisme, notamment pour le magazine Parents, Magali Vogel avait choisi de donner une nouvelle orientation à sa vie professionnelle. Passionnée par les questions liées à la petite enfance, elle décide, après la naissance de son deuxième fils en juin 2023, de devenir assistante maternelle. Mais l’expérience tourne court. « J’ai été écrasée par le poids des responsabilités et je me suis sentie terriblement seule. Je n’avais pas mesuré à quel point ce métier pouvait être exigeant, notamment sur le plan émotionnel », confie-t-elle.
Cinq mois plus tard, elle renonce à exercer. Sans pour autant tourner le dos à la profession. Elle décide au contraire d’enquêter sur les difficultés rencontrées par celles et ceux qui accueillent quotidiennement de jeunes enfants à leur domicile. Son livre, Les Invisibles du berceau, publié aux éditions Le Lys Bleu, rassemble quinze portraits construits à partir d’une centaine d’entretiens avec des assistantes et assistants maternels.
Épuisement et manque de reconnaissance
Au fil de son enquête, Magali Vogel découvre des parcours très différents, mais aussi des difficultés récurrentes. « Ce qui m’a le plus frappée, c’est le nombre de professionnelles qui évoquent un épuisement important, parfois jusqu’au burn-out, ainsi que leur sentiment de ne pas être considérées à leur juste valeur », raconte l’autrice.
Une souffrance qui, selon elle, tient notamment au manque de reconnaissance du métier. Les assistantes maternelles auraient trop souvent le sentiment d’être considérées comme de simples gardiennes d’enfants, plutôt que comme des professionnelles de la petite enfance. Un manque de considération qu’elles ressentent parfois de la part des institutions, mais aussi de leurs employeurs.
« Le paradoxe, c’est que nous leur confions nos enfants, mais que nous connaissons très mal leur quotidien », souligne l’ancienne journaliste. C’est précisément cette invisibilité qu’elle a souhaité dénoncer à travers son ouvrage.
Formation initiale et PMI : un accompagnement jugé insuffisant
L’enquête pointe également les limites de la formation initiale. Magali Vogel garde le souvenir d’une formation « express, décousue », essentiellement théorique, au cours de laquelle les intervenants insistaient beaucoup sur les risques du métier : impayés, faux signalements, situations dangereuses… Sans toujours donner, selon elle, les moyens d’y faire face : « j’en suis ressortie avec de l’appréhension, alors que j’aurais eu besoin de me sentir préparée et accompagnée ». Elle plaide ainsi pour une formation davantage ancrée dans la pratique, avec des outils concrets pour gérer les situations rencontrées sur le terrain.
Autre sujet sensible : les relations avec les services de la PMI. Magali Vogel rapporte d’importantes disparités dans les pratiques d’agrément et de contrôle selon les territoires, voire les professionnels chargés du suivi. Certaines assistantes maternelles affirment vivre ces contrôles avec appréhension.
La jeune femme nuance toutefois son propos. Ses propres relations avec la PMI se sont relativement bien déroulées et elle reconnaît les difficultés auxquelles sont confrontées les puéricultrices, parfois débordées et en sous-effectif. Pour elle, la question est avant tout celle des moyens et de l’organisation. Les contrôles restent indispensables pour garantir la sécurité des enfants, mais ils doivent aussi s’accompagner d’un véritable soutien aux professionnelles.
Parents employeurs : la question des impayés
Les relations avec les particuliers employeurs constituent un autre sujet sensible mis en lumière dans le livre. En particulier lorsqu’il s’agit de rémunération. « Les impayés sont l’un des problèmes qui m’ont le plus marquée », explique Magali Vogel.
Si les assistantes maternelles disposent de recours, notamment devant les prud’hommes, les démarches peuvent être longues et ne répondent pas à l’urgence financière. « Même lorsqu’une professionnelle connaît ses droits et entreprend les démarches nécessaires, cela ne règle pas son problème immédiat : elle a des factures à payer et doit pouvoir vivre de son travail », s’agace l’autrice.
La particularité du statut du particulier employeur complique parfois la relation : le parent est à la fois celui qui confie son enfant et celui qui rémunère la professionnelle. Une double position qui peut générer des tensions lorsque les obligations de chacun sont mal comprises. Sans vouloir opposer parents et assistantes maternelles, l’autrice appelle à mieux informer les employeurs et à renforcer les protections des salariées.
« Mon objectif n’est pas de décourager les vocations »
Avec ses témoignages parfois difficiles, Les Invisibles du berceau pourrait-il contribuer à ternir l’image d’une profession déjà confrontée à des problèmes d’attractivité ? Magali Vogel récuse cette idée. Elle rappelle que son livre donne aussi la parole à des professionnelles épanouies, attachées à leur métier et aux relations qu’elles construisent avec les enfants et leurs familles. « Mon objectif n’est pas de décourager les vocations, mais de montrer la réalité du métier. On ne rend pas service à une profession en taisant ses problèmes », argumente-t-elle.
L’enjeu est d’autant plus important que les conditions de travail des assistantes maternelles ont, selon elle, des répercussions sur la qualité de l’accueil. « Une professionnelle qui travaille dans de bonnes conditions est davantage en mesure de s’investir sereinement auprès des enfants », affirme l’autrice. À l’inverse, le manque de reconnaissance et l’accumulation des difficultés risquent de pousser certaines professionnelles à abandonner le métier.
Un appel aux pouvoirs publics
Si Magali Vogel ne prétend pas apporter toutes les solutions, elle identifie plusieurs chantiers prioritaires : revoir la formation initiale, renforcer l’accompagnement après l’agrément, améliorer les relations avec les PMI et mieux protéger les assistantes maternelles face aux difficultés rencontrées avec leurs employeurs. « On ne peut pas continuer à considérer ce métier comme secondaire alors qu’il est indispensable à tant de familles », insiste-t-elle.
Depuis la publication de son livre, l’autrice a reçu des réactions de professionnelles, mais aucune des institutions concernées, du moins à ce jour. Elle espère néanmoins que son enquête contribuera à ouvrir le dialogue et à faire évoluer le regard porté sur les assistantes maternelles.
Raphaëlle Orenbuch
PUBLIÉ LE 30 octobre 2026