Justine et les pieds cassés
Par Arnaud Deroo
Consultant en éducation, thérapeute et psychanalyste, auteur
Justine dirige dans le Nord de la France, une crèche municipale de 18 berceaux. Toute « fine », toute « délicate », elle souhaite apporter aux enfants accueillis le meilleur. Elle est aidée dans cette mission par une équipe de 5 personnes : Monique, Elisa, Valerie, Séverine, Julie.
Il lui passe dans la tête une idée saugrenue : proposer à son équipe une formation interne autour de la bien-traitance, retravailler les concepts théoriques, créer une cohésion de groupe. Cette formation est pour elle aussi une manière de soutenir sa parole, son management.
Belle idée n’est-ce pas ? Surtout qu’elle reçoit l’accord du Maire de sa commune.
Elle propose aussi que cette formation soit structurée par une journée d’observation effectuée par l’animateur et qu’ensuite les observations puissent être retravaillées pendant la journée de formation. Belle idée, n’est ce pas ? Toutes les équipes seraient ravies de ce projet….. En est-il de même pour l’équipe de Justine ? Nous verrons que le changement et l’inertie sont difficiles à vivre pour des jeunes Eje enthousiastes.
Dès la première matinée de formation, l’équipe se sent questionnée dans sa pratique, voire remise en cause simplement par le rappel de notions théoriques à mettre en place dans la structure. Mais n’est-ce pas l’idée de toute formation. Les théories : concept d’attachement, sentiment continu d’exister, référence, les besoins de l’enfant… sont retravaillés, des éléments importants à prendre en compte dans sa pédagogie Une heure durant la formation sera également utilisée pour réaménager quelques éléments dans l’espace, en autres, une barrière est déplacée avec l’accord de l’équipe.
Le lendemain l’équipe semble perdue, et au lieu de réfléchir, d’observer, d’expérimenter, Justine se prend toutes les foudres… Pourquoi n’a t-elle pas dit avant tout ce qu’on a entendu ? On ne voit pas où était le problème avant… Le deuxième temps de formation permet de reprendre les changements, les difficultés, ce qui a été compliqué pour l’équipe, , de revenir de nouveau sur la théorie. Les professionnelles écoutent acquiescent : ça semble ok.
Le lendemain deuxième foudre vers Justine, plainte auprès du directeur du service qui devait d’ailleurs être présent à la formation et qui n’est pas venu.
Arrêtons-nous quelques instants sur l’équipe : Monique, charmante, 61 ans, mise là pour terminer sa carrière, sans connaissances particulières sur le jeune enfant. Elisa, auxiliaire de puéricultrice qui dit haut et fort qu’elle n’est plus motivée, qu’elle en a ras le bol et attend une réorientation rapidement. Valérie auxiliaire qui écoute d’une oreille, elle a ses idées, un point c’est tout. Séverine qui travaille aussi en centre de loisirs et qui quitte le deuxième jour de formation pour retrouver les enfants du centre de loisirs. Julie, la deuxième EJE qui essaie de soutenir Justine.
La partie est perdue d’avance, comment voulez-vous que Justine puisse atteindre quelque-chose, c’est intolérable. L’équipe se plaint au directeur (pour rappel : pas venu en formation et qui n’a pas de compétence particulière sur la petite enfance ) et bien sûr, c’est le formateur et Justine qui sont les méchants….. Justine est écoeurée. C’est malheureusement assez souvent comme ça dans quelques institutions.
Sauvons Justine soutenez-la car elle continue d’y croire
taper 1 pour changer les membres de l’équipe
taper 2 pour proposer un autre poste à Justine
taper 3 pour ouvrir les yeux du Maire et du directeur de service
taper 4 pour envoyer vos ras le bol au site les pros de la petite enfance (car vous ne faites pas assez entendre votre voix)
Bon courage à toutes les Justine.
Arnaud Deroo
PUBLIÉ LE 31 août 2018
MIS À JOUR LE 23 juillet 2019