« La Petite MAM Bilingue » mise sur l’éveil en anglais dès le plus jeune âge
Sur la rive droite bordelaise, au cœur d’un quartier en plein développement, une maison d’assistantes maternelles se distingue des autres. À La Petite MAM Bilingue, à Floirac, les enfants grandissent au rythme des comptines en français… et en anglais. Ici, pas de cours formels, mais une immersion naturelle, pensée dès l’ouverture du lieu comme un véritable projet pédagogique.
L’histoire commence en 2021. Quatre jeunes femmes se rencontrent autour d’un projet commun : celui d’ouvrir une MAM sur la rive droite de Bordeaux. Marie Lapeyre, Mathilde Sauveroche, Julie Reveillere et Heidi Oestreich définissent rapidement des valeurs qui les rassemblent : la motricité libre, l’écologie, mais surtout le bilinguisme. Deux d’entre elles sont francophones, les deux autres anglophones. Elles construisent alors leur projet pédagogique autour de l’utilisation des deux langues au quotidien.
Reproduire le modèle d’une famille bilingue
Mathilde, l’une des quatre assistantes maternelles de la MAM, a grandi en Irlande. « Moi, je ne me souviens pas avoir appris l’anglais », sourit-elle. Pour elle, c’est une évidence : plus l’exposition est précoce, plus l’acquisition est naturelle.
Le principe ? Recréer avec les 16 enfants de la structure le schéma d’une famille bilingue. « L’idée, c’était d’avoir deux anglophones et deux francophones pour reproduire un peu le modèle d’un parent qui parle anglais et d’un parent qui parle français », explique Julie.
Ici, il ne s’agit pas de « faire cours », mais d’immerger les enfants dans une langue vivante, au quotidien. Concrètement, deux des professionnelles s’adressent uniquement aux enfants en anglais, tandis que les deux autres parlent français. Pas de traduction systématique : les enfants apprennent à faire le lien par eux-mêmes.
Plasticité cérébrale et immersion naturelle
Le projet s’appuie sur un principe bien documenté en neurosciences : la plasticité cérébrale des tout-petits. « On sait qu’à cet âge, ils absorbent tout. Plus ils sont exposés, plus ça vient naturellement », commente Mathilde. L’anglais s’invite dans les rituels de la journée : chansons du matin, temps de regroupement, consignes répétées. Les mots du quotidien comme « sit down » ou « thank you » sont vite intégrés à force d’être entendus tout au long de la journée.
Les professionnelles utilisent aussi la langue des signes, initialement pensée pour accompagner les bébés avant l’acquisition du langage. Elle devient un pont entre le français et l’anglais, facilitant la compréhension et réduisant la frustration.
Face aux inquiétudes parfois exprimées par certains parents, comme la crainte d’un retard de langage dû au bilinguisme, l’équipe se veut rassurante. « Ça se mélange un peu au début, c’est une phase normale », insiste Marie. Les quatre professionnelles assurent que les enfants peuvent passer d’une langue à l’autre dans la même phrase puis, progressivement, différencier les deux langues sans problème.
Des acquisitions rapides
Au fil des années, les anecdotes se multiplient. Une enfant de deux ans et demi récite spontanément les couleurs en anglais à ses parents, leur apprenant même certaines d’entre elles. Une autre traduit ce qu’elle vient d’entendre en anglais à l’assistante maternelle francophone. Certains enfants se corrigent entre eux. D’autres réclament une chanson entendue dans la semaine. « On peut rapidement voir les acquisitions avec le langage, c’est très palpable », affirment les professionnelles.
Si toutes les familles ne choisissent pas la structure uniquement pour le bilinguisme, l’argument séduit. « Ça nous démarque d’autres structures », commentent les jeunes femmes. Dans la métropole bordelaise, les MAM bilingues se comptent sur les doigts d’une main. Certaines familles sont prêtes à faire davantage de trajet pour bénéficier de cette immersion. « Et on est ravies de voir que des parents francophones se prêtent au jeu et effectuent parfois les transmissions en anglais… ils progressent eux aussi ! », s’amuse Mathilde.
Un projet défendu auprès des institutions
À l’ouverture, l’équipe a dû défendre son projet et convaincre la PMI. Les interrogations portaient surtout sur l’intérêt réel pour l’enfant. « Je pense qu’il y avait la crainte que ce ne soit un argument marketing sans fondement », commente Julie.
Quatre ans plus tard, la MAM affiche complet et les avis des parents sont très positifs. Avec un agrément pour quatre enfants chacune, les assistantes maternelles peuvent accueillir jusqu’à seize enfants, majoritairement âgés de un à trois ans. Ils évoluent donc dans un environnement où le bilinguisme n’est qu’un volet d’un projet plus global autour de l’éveil intellectuel et sensoriel. « On essaie de leur faire comprendre très tôt l’ouverture sur le monde », explique Marie. Chaque année, un « tour du monde » permet de découvrir les cultures des familles accueillies grâce à des musiques, livres ou fêtes traditionnelles.
Au-delà des mots appris, c’est peut-être là le véritable indicateur de réussite de la structure : des enfants à l’aise dans leur environnement, curieux, ouverts, et déjà familiers de plusieurs sonorités du monde. La Petite MAM Bilingue illustre ainsi la diversification des projets d’accueil portés par les maisons d’assistantes maternelles, qui expérimentent de nouvelles pratiques pédagogiques tout en conservant un cadre d’accueil à taille humaine.
Raphaëlle Orenbuch
PUBLIÉ LE 05 mars 2026