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Tribune Libre

La qualité de l’accueil d’un tout petit n’est pas qu’une question de bonne ou mauvaise méthode.

Par les psychologues de L’ANAPSYpe

Nous souhaitons témoigner en tant que psychologues clinicien.nes en structures d’accueil petite enfance, à propos des prises de position que relaient les médias sur les pratiques des professionnel-les des modes d’accueil. ( Ndlr : Le collectif fait référence aux récents propos de Caroline Goldman qui préconisait d’introduire le time out en crèche)

L’ANAPSYpe (Association nationale des psychologues pour la petite enfance) soutient, depuis sa création, un tout autre positionnement du psychologue, notamment dans son travail avec les équipes des modes d’accueil individuels et collectifs, à l’écoute de chacun, bébé, parent, professionnel, dans leur singularité et le contexte où ils se trouvent. En se dégageant de la position d’expert, de « celui qui sait », il contribue à ouvrir un espace de rencontre, pour penser, réfléchir, observer ensemble, tout en prenant en compte le cadre institutionnel et à soutenir la richesse de la pluridisciplinarité dans un service, une équipe.

Il y a des instants d’échanges dans le quotidien, mais aussi les indispensables temps hors de la présence des enfants, pour se parler, s’interroger, dégager des pistes de compréhension et de réaménagement des relations et des pratiques. Or malgré les 6 heures d’analyse de pratiques professionnelles, rendues obligatoires depuis le décret de 2021, ces temps restent limités, voir s’amenuisent comme peau de chagrin, les réunions d’équipe ne peuvent se tenir au vu des difficultés en nombre et en qualifications des professionnels présents. Et que devient la pluridisciplinarité, quand la présence, par exemple, d’un psychologue n’apparaît pas dans les textes législatifs, ni pour les temps d’analyse de pratiques professionnelles, ni au sein des structures d’accueil (individuel et collectif) ?

Le psychologue clinicien, lorsqu’il travaille sur le terrain auprès des professionnels, et des enfants, qu’il croise les parents, soutient la réflexion, sans à priori. A trop dire comment on doit faire avec un enfant, on en oublierait l’essentiel : pouvoir questionner les effets de résonance intérieures entre ce qui se passe pour l’enfant et ce qui se passe pour le professionnel, qui n’est pas qu’intellectuel, ou comportemental, mais aussi question de mise en jeu de la sensibilité de chacun et du cadre. Ce travail mené en réunion permet de prendre du recul et de donner du sens à des situations vécues avec les enfants accueillis, ou avec leurs familles, situations qui pouvaient sembler déconcertantes, voire inquiétantes.

Psychologues de l’ANAPSYpe, nous ne nous reconnaissons pas dans ces prises de position qui saturent l’espace médiatique, qui s’en empare comme des « querelles d’experts » renforçant l’idée que la qualité de l’accueil d’un tout petit ne serait qu’une question de bonne ou mauvaise méthode. Nous nous inquiétons aussi de l’impact d’une médiatisation imprécise et sans nuances sur l’image des métiers de la petite enfance, et sur le vécu des enfants, quand la confiance des parents vacille.

Comment accompagner ces professionnels pour leur permettre de faire un pas de côté face à ces prises de position, ne pas les ressentir ou les vivre comme une attaque de leur fonction ou plus encore de leur personne ? Comment se saisir de ces polémiques pour relancer, entre professionnels, des opportunités de penser, individuellement et ensemble, ces questions qui sont au cœur des pratiques d’accueil de petits enfants qui grandissent ?

Dans quelques semaines, le début de l’année 2025 marquera l’entrée en vigueur du nouveau SPPE (Service Public de la Petite Enfance), et le référentiel de mise en applications du cadre national pour la qualité d’accueil va paraître. Comme l’ANAPSYpe l’a déjà souligné auprès de l’IGAS (notamment dans nos propositions communes avec le SNPPE, la FNEJE et le SNMPMI), un enjeu majeur de ce référentiel est qu’il ne devienne pas trop prescriptif. C’est-à-dire qu’il puisse se situer à « la juste distance entre énonciation de principes généraux et description trop détaillée de pratiques de terrain ». Rappelons-nous que le principe qui traverse les 10 articles de la Charte nationale d’accueil du jeune enfant est l’inséparabilité entre les différentes sphères du développement et du bien-être du jeune enfant, donc entre ses liens et ses lieux.

S’il n’existe plus qu’une manière de faire, une « bonne pratique » avec les tout-petits, un des risques majeurs ne serait-il pas de la perte de créativité et de possibilité d’ajustement dans l’ici et maintenant de l’enfant ? Le risque de pratiques professionnelles figées, voire mécaniques ou opératoires qui cochent les cases ?

Accueillir et accompagner des tout petits dans les modes d’accueil ne s’improvise pas !

Cela nécessite une formation initiale et continue de qualité et un appui de tous les professionnels intervenants (auxiliaires de puériculture, éducateurs.trices de jeunes enfants, puericulteurs.trices, psychomotriciens.nes, psychologues, médecins, accompagnants éducatifs petite enfance… ) dans les services et les structures. Le dialogue des savoirs et des savoirs faire professionnels, qui soutient l’intérêt des métiers et la motivation à les rejoindre, fait la richesse des équipes.

Serait-ce un hasard que cette médiatisation arrive au moment même où se finalise le référentiel qualité des modes d’accueil, et où le comité de filière petite enfance travaille sur le nouveau référentiel de connaissances et compétences des métiers de l’accueil du jeune enfant?

Les psychologues de L’ANAPSYpe

PUBLIÉ LE 04 décembre 2024

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