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L’accueil de la petite enfance au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les enfants de moins de trois ans fréquentent peu les structures d’accueil dont la qualité est pourtant garantie par un système public de notation vertueux. Il faut dire que le nombre de places pour les accueillir avant l’école a tendance à diminuer. Tout comme le nombre de professionnels. Panorama du secteur de la petite enfance en Grande-Bretagne.

Il aura fallu attendre 1997 pour qu’une politique de la petite enfance devienne une priorité qui se concrétise par des lois au Royaume-Uni (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord). Ces dernières visent d’abord les enfants de 4 ans, avant d’être progressivement étendues, et se traduisent essentiellement par des heures gratuites financées par l’État pour l’accueil des jeunes enfants.

Childcare Revolution : la révolution de la garde d’enfants

Entre 1945 et 1997, les berceaux sont les grands oubliés de la protection sociale du Royaume-Uni. Concrètement, aucune politique nationale ne prend en compte les enfants de la naissance jusqu’à leur entrée à l’école.
Arrivé au pouvoir en mai 1997, le gouvernement néotravailliste dirigé par Tony Blair s’emploie à faire de la petite enfance l’une de ses priorités avec deux finalités : améliorer la situation des enfants démunis dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et aider les parents à mieux concilier le travail et la vie de famille.

Le gouvernement publie une National Childcare strategy et met en place une panoplie complète de services coordonnés, structurés et contrôlés. « Tous les types de leviers sont actionnés : augmentation du nombre de places d’accueil, extensions des allocations pour garde d’enfant, allongement des congés maternité et des congés parentaux sans solde, formation du personnel dans les structures d’accueil, réforme de crédits d’impôt pour garde d’enfant, création de fonds d’investissement pour enfants », détaille Susan Finding, professeure de civilisation britannique à l’université de Poitiers dans un article consacré à La mise en place d’une politique de la petite enfance au Royaume-Uni (Revue Informations sociales 2010/3, n°159)
En 2006, un super ministère de l’enfance, de l’école et des familles, est créé. En 2010, après les élections générales qui marquent le retour des conservateurs dirigés par David Cameron au gouvernement, ce ministère change de nom et devient celui de l’éducation. La gouvernance des établissements d’accueil des enfants est unique, sans distinction entre les plus jeunes enfants et les plus âgés.

Des aides publiques exclusivement en direction des familles

Les aides publiques pour l’accueil des jeunes enfants sont centralisées et versées directement aux familles via une plateforme en ligne depuis 2017. Les parents doivent ouvrir un compte pour bénéficier des deux dispositifs distincts et cumulables mis à leur disposition.

  • Le droit à l’éducation gratuite (entitlement to free education), mis en place par Tony Blair en 1998, consiste au financement par l’État d’un nombre d’heures par semaine pour l’accueil des jeunes enfants. D’abord ciblé pour les enfants âgés de 4 ans et exclusivement à temps partiel (12,5 heures), il a été progressivement étendu : aux enfants âgés de 3 ans (2004) ; à 15 heures par semaine (soit 570 heures par an) à partir de l’âge 3 ans avec possibilité de répartition flexible entre trois et cinq jours (2010) ; aux enfants de 2 ans des 20 % des familles les plus défavorisées (2013) ; aux enfants de 2 ans des 40 % des familles les plus défavorisées (2014) ; à 30 heures d’accueil par semaine financées par l’État pour les couples bi actifs ou parents seuls qui travaillent à partir de 3 ans dans un objectif de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle (2017).
  • Le système de Tax-Free childcare s’adresse aux parents d’enfant de moins de 3 ans qui travaillent. Ce système leur permet de recevoir 2 £ supplémentaires de l’État pour chaque tranche de 8 £ versés pour financer l’accueil de leur jeune enfant (jusqu’à 2 000 £ par enfant et par an, ou 4 000 £ pour un enfant atteint d’un handicap). Il s’applique pour l’accueil en crèche comme pour l’accueil individuel.

Grâce au droit à l’éducation gratuite, « la part du financement public pour l’accueil en crèche a augmenté entre 2002 (14 %) et 2013 (25 %) », remarque l’étude européenne sur les systèmes d’accueil collectif des jeunes enfants (EY/ FFEC, septembre 2021). Mais le nombre d’enfants de moins de 6 ans ayant augmenté entre 2005 et 2015 (4 828 milliers d’enfants en 2018, contre 4 126 milliers d’enfants en 2005), les dépenses publiques (par enfant) ont légèrement diminué entre 2005 et 2015. « Elles représentaient environ 3 900 £ par enfant en 2015, contre 4 668 £ par enfant en 2005 », précise l’étude.

Un reste à charge très important pour les parents

En Angleterre, les jeunes enfants peuvent être accueillis soit dans une structure publique qui appartient au gouvernement (maintained), soit dans une crèche privée (nursery), marchande ou associative, soit chez une assistante maternelle (childminders, 9 % des places d’accueil). Les structures privées peuvent fixer librement leurs prix.
Les enfants de moins de 1 an sont majoritairement gardés de manière informelle (grands-parents, congé parental). Plus de 80 % des enfants de 2 ans sont accueillis dans des nurseries qui, lorsqu’elles proposent un service d’accueil à temps partiel pour les enfants à partir de 3 ans, sont également appelées pre-school. À partir de leur quatrième anniversaire, les enfants ont droit à une place à plein temps dans un établissement scolaire subventionné par des fonds publics (les reception classes). L’école primaire commence à 5 ans.

Même si les aides publiques en direction des ménages se sont multipliées en un quart de siècle, elles restent minimes pour les parents d’enfant de moins de trois ans qui n’appartiennent pas aux 40 % des familles les plus défavorisées. « Le Royaume-Uni est l’un des pays en Europe qui présente des frais mensuels à la charge des parents pour l’accueil des moins de 3 ans les plus élevés (1 000 £ par mois, soit environ 1 170 €) », rappelle l’étude qui s’appuie sur les données de l’OCDE de 2015 : le reste à charge, en pourcentage du revenu net, pour une famille de deux enfants âgés de 2 et 3 ans dont les parents travaillent (l’un à 100 %, l’autre à 67 %), s’élève à 40,8 %. Un chiffre particulièrement élevé lorsqu’on le compare à la moyenne européenne de 10,7 %.

Est-ce la raison pour laquelle les enfants de moins de trois ans passent seulement 22 heures par semaine ou moins dans une structure d’accueil formel ? En tout cas, ce chiffre peut « être corrélé à une part importante de femmes employées à temps partiel dans ce pays (en 2019, 32 % des femmes de 25 à 54 ans étaient employées à temps partiel) », selon l’étude européenne.

Qualité de l’accueil : une notation publique transparente et vertueuse

Les contrôles des établissements sont rendus publics aux familles. Cette transparence passe par un rapport annuel remis au parlement et contribue à améliorer la qualité globale de l’accueil de la petite enfance.
Concrètement, c’est l’Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills (OFSTED), l’organisme d’inspection des écoles non ministériel, qui se charge aussi de l’inspection des structures d’accueil de jeunes enfants (crèches, structures préscolaires adossées aux écoles, assistantes maternelles), mais aussi des centres de formation initiale des professionnels exerçant dans ces structures.
Tous les établissements doivent s’enregistrer auprès de l’OFSTED pour être autorisés à accueillir les jeunes enfants. Des visites d’inspection sont réalisées dans les trois premiers mois suivant l’enregistrement, puis tous les quatre ans.

Le rapport, que publie également l’OFSTED sur le site du ministère de l’Éducation pour le rendre accessible aux familles, synthétise les résultats des inspections réalisées dans ces établissements, mais également des rapports de recherche sur la petite enfance. « En 2019, 95 % des enfants âgés de 2 ans étaient accueillis dans un établissement dont la qualité d’accueil était jugée ‘bonne’ ou ‘exceptionnelle’ (71 % dans un établissement dont la qualité était jugée ‘bonne’ et 24 % dans un établissement dont la qualité était jugée ‘exceptionnelle’) », rapporte l’étude européenne.
Cette grande transparence envers les familles incite les gestionnaires à améliorer la qualité de leur accueil tout en apportant une forme de valorisation et de reconnaissance du travail des professionnels.

Des professionnels formés en continu à des pédagogies variées

Selon la réglementation en vigueur au Royaume-Uni, le niveau licence n’est pas requis pour devenir travailleur principal dans une structure d’accueil de jeunes enfants ou la diriger (excepté en Écosse où le niveau licence est exigé pour devenir responsable).

En ce qui concerne le développement professionnel continu (DPC), il constitue au Royaume-Uni (hors Écosse), « une obligation professionnelle (sans durée précisée) pour les travailleurs principaux et assistants exerçant dans une structure accueillant des enfants âgés de moins de 3 ans (2018-2019). L’Écosse se distingue avec un volume élevé d’heures requises a minima de développement professionnel continu. En effet, les travailleurs principaux et les assistants sont tenus de participer à au moins 60 heures de DPC par an », précise l’étude européenne. Dans les structures accueillant des enfants de moins de 3 ans, chaque professionnel encadre au maximum quatre enfants de 2 ans. Les approches pédagogiques pratiquées sont les suivantes : Jeu libre et/ou structuré ; présence d’adultes qui observent les enfants pendant le jeu et encouragent la réflexion ; combinaison équilibrée entre les activités à l’initiative des adultes et des enfants ; activités basées sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) ; association des parents ou de la famille à l’apprentissage des enfants.

Des initiatives pour lutter contre le « non recours », mais de moins en moins de professionnels

En 2019, 93 % des familles ont recours aux 15 heures financées par l’État pour l’accueil de leur enfant de moins de 3 ou 4 ans et près de 330 000 enfants utilisent le droit étendu pour les 3 ou 4 ans aux 30 heures par semaine, soit un taux de recours de 4 enfants sur 5 éligibles. L’étude européenne note également « une légère progression de l’accueil à temps plein depuis 2017, date de cette extension à 30 heures par semaine financées par l’État. »

En revanche, seulement 68 % des enfants de 2 ans des 40 % des familles les plus défavorisées ont utilisé leur droit aux 15 heures d’accueil par semaine financées par l’État en 2019. Pour augmenter le taux de recours des familles éligibles jugé insuffisant par les pouvoirs publics et limiter le non-recours, le ministère de l’Éducation a mis en place un dispositif (par exemple des visites à domicile) visant à contacter les familles concernées pour les en informer.

En parallèle, le nombre de places dans les structures d’accueil de jeunes enfants a légèrement diminué entre 2016 et 2019 en Angleterre, (1,1 million de places en 2019, contre 1,2 million de places en 2016). En 2016, le pays comptait 25 500 établissements. Ce chiffre est tombé à 24 000 trois ans plus tard. Le nombre d’assistantes maternelles a également diminué sur cette période en passant de 46 600 en 2016 à 39 400 en 2019 et, par corrélation, le nombre de places qu’elles proposent aussi en passant de 267 600 places en 2016 à 239 700 places en 2019.

Depuis la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19, la diminution du nombre d’établissements d’accueil de jeunes enfants continue d’être observée (soit une baisse de 442 crèches entre avril 2020 et mars 2021), ainsi qu’une diminution du nombre d’assistantes maternelles (2 185 professionnels ont quitté le secteur sur cette période). Dans ce contexte et pour faire face aux difficultés de recrutement de professionnels qualifiés, « le gouvernement du Royaume-Uni a annoncé en décembre 2020 un plan d’investissement dans la formation (95 millions de livres) qui permettra notamment le financement de la formation de professionnels de la petite enfance de Niveau 3 (Early Years Educator) », conclut l’étude européenne.

Le Royaume Uni en chiffres

  • Nombre d’enfants de moins de 3 ans : 2 338 689 en 2018 (contre 2 074 701 en 2005)
  • Part des moins de 3 ans dans la population totale : 3,53 % en 2018 (contre 3,45 % en 2005)
  • Nombre d’enfants de moins de 6 ans : 4 782 865 en 2018 (contre 4 125 753 en 2005)
  • Part des moins de 6 ans dans la population totale : 7,2 % en 2018 (contre 6,8 % en 2005)
  • Taux d’enfants de moins de 3 ans inscrits dans des modes d’accueil formel : 37,7 % en 2017 (contre 37 % en 2005)

Source : Données OCDE

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Anne-Flore Hervé

PUBLIÉ LE 03 janvier 2022

MIS À JOUR LE 11 octobre 2024

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