Le mini-bus de Laila, un parcours sensoriel itinérant
Voilà près d’un an que Laila Meschi parcourt les Alpes-Maritimes à bord d’un mini-bus aménagé en parcours multi-sensoriel, inspiré de la pédagogie Snoezelen. Une vie itinérante et créative, à la rencontre des professionnels de la petite enfance et des familles.
Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Laila a toujours voulu travailler auprès des enfants. Mais la vie l’a longtemps entrainée vers le commerce et la vente itinérante sur les marchés forains qui lui laisseront à jamais ce goût du voyage et de la rencontre. Jeune maman, titulaire d’un CAP AEPE, elle se forme aux pédagogies Montessori et Snoezelen à distance, faute de pouvoir se libérer davantage et de financer une formation. Elle découvre ces sens « cachés » qui viennent s’ajouter aux cinq que nous connaissons bien : la proprioception et la sensibilité vestibulaire. Et s’intéresse à l’exploration sensorielle et à ses bénéfices pour les tout-petits.
Un parcours multi-sensoriel thématique
Partant du constat que dans sa région des Alpes-Maritimes, il y a peu de propositions pour les enfants, d’activités d’éveil à leur proposer, elle imagine un parcours sensoriel à l’attention des tout-petits. « Comme mes enfants n’ont pas eu cette chance, se souvient Laila, je me suis dit que j’allais proposer aux enfants du territoire les séances de développement sensoriel que j’aurais aimé pouvoir leur offrir ». Elle construit des univers thématiques où l’enfant fouille, cherche, touche palpe, hume, observe, écoute et découvre à son rythme et au gré de ses envies, sous le regard bienveillant de l’adulte, ou de l’un de ses parents. « Je viens de proposer le thème camping, raconte Laila, enthousiaste, j’ai amené toute la nature à la ville dans mon mini-bus ! Il y a eu également une thématique Noël, l’océan, l’hiver… ». Avec des coffres remplis de textures différentes, un ciel étoilé, une décoration foisonnante, des jeux de sons et de lumières à mettre en place au fur et à mesure et si besoin, une colonne de bulles, des coussins où s’installer confortablement… Tout est fait pour susciter l’émerveillement, découvrir de nouvelles sensations, profiter d’un moment de bien-être et de rencontre. Et une heure est vite passée… Laila, elle, observe : « il y a celui qui est sensible des pieds, celui qui l’est un peu moins, celui qui vadrouille aisément sur le piquant ou le rugueux, celui qui a eu un peu peur de monter dans le mini-bus. Maintenant je le sais, il faut que l’adulte monte en premier ! ».
Le choix de l’itinérance
Pour aller à la rencontre de tous les publics de l’arrière-pays de Vence, Laila a fait le choix d’être itinérante, fidèle à son histoire. C’est dans son mini-bus aménagé, le « bus magique » comme l’appellent les enfants, qu’elle imagine ses univers sensoriels comme un cocon sécurisant et accueille les tout-petits. Un fourgon utilitaire qu’elle devrait bientôt customiser de l’extérieur pour ne jamais passer inaperçue… Le choix de l’itinérance, explique-t-elle, « c’est une autre manière de fonctionner. Je vais à la découverte des lieux, à la rencontre des parents et des professionnels, des enfants bien sûr, et même si je retrouve souvent des habitués, je n’ai pas envie d’être ancrée quelque part. »
Un prestataire pour les professionnels et les familles
Laila propose son atelier sensoriel aux crèches, micro-crèches, aux assistantes maternelles, comme prestataire extérieur indépendant, pour animer une séance, un cycle ou à l’occasion d’un évènement. Laila a également collaboré avec un centre de loisirs. « Avec les professionnels, je peux m’adapter à toutes les situations, accueillir dans mon minibus, installer mon matériel à la crèche ou dans une salle extérieure ». Elle explique que ces séances sont toujours l’occasion d’un bel échange : « Je leur apporte mes ateliers mais je reçois beaucoup des professionnels de la petite enfance ! », témoigne-t-elle.
Elle accueille également les parents et leurs enfants lors de son passage dans leur village, annoncé par les réseaux sociaux, par le bouche-à-oreille et le petit réseau qu’elle commence à constituer autour d’elle depuis quelques mois. « En ce moment, précise Laila, j’ai trois emplacements, à Vence, à Saint-Jeannet et à Tourette-sur-Loup. J’ai des petites familles très fidèles qui sont là tous les mercredis ! Mais à Saint-Jeannet, je ne sais pas si je vais le garder parce que je n’ai pas grand monde… »
Pour les familles, venir passer un moment dans l’univers de Laila, c’est une petite aventure, un moment de détente et de découvertes, précieux pour renforcer les liens parent-enfant. Car à partir de l’expérience sensorielle proposée, c’est avant tout l’occasion d’un moment privilégié partagé avec papa, maman, Laila ou le professionnel de la petite enfance qui accompagne l’enfant. Parfois craintifs au premier abord, à l’idée de monter dans cet étrange véhicule, les enfants sont bien souvent curieux, enthousiastes et en redemandent ! « Et quand il fait beau, ajoute Laila, j’installe des tables dehors pour la motricité fine, les jeux de transvasement, toujours dans le thème et là, les enfants resteraient pendant des heures ! Pour le thème hiver, les plus grands pouvaient manipuler du bicarbonate et de l’eau pour imiter la glace, de la gelée et du colorant, des billes d’eau, ils ont adoré ! ».
Des contraintes à ne pas négliger
Mais l’itinérance est également une contrainte pas toujours évidente à gérer. Le défi ? Trouver un emplacement réglementaire pas trop onéreux. « Les mairies me considèrent comme un food-truck, ce que je ne suis pas ! Un food-truck fait bien plus de chiffre d’affaires que moi, déplore Laila. Je dois faire une demande de permis de stationnement pour avoir un emplacement sur le domaine public. Je suis en train de voir si je n’aurais pas plus d’avantages à passer au statut associatif… ». Et puis composer avec la météo parfois capricieuse qui décourage souvent les parents. « A Vence, je ne paye pas l’emplacement lorsqu’il pleut mais sur les autres communes, c’est payé d’avance alors c’est perdu ! ». Pour limiter le coût de l’essence, Laila doit aussi se fixer des limites sur le périmètre qu’elle s’autorise à arpenter dans l’arrière-pays de Vence, pas plus de 70 kilomètres ! Car financièrement, sa situation est assez précaire : bien qu’elle ait obtenu un prêt à taux zéro grâce au dispositif départemental Initiative Côte d’Azur pour s’équiper, elle ne bénéficie aujourd’hui d’aucune subvention.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 08 mai 2024
MIS À JOUR LE 23 mai 2024