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L’étonnant parcours de Naouar Mounir pour trouver sa voie en petite enfance

Le parcours en petite enfance de Naouar Mounir est totalement atypique. Exemplaire même au sens propre du terme. Car il prouve qu’on peut démarrer dans la filière de l’accueil du jeune enfant sans diplôme et petit à petit évoluer pour devenir une super pro. La jeune femme de 37 ans fut treize ans assistante maternelle et aujourd’hui, elle est formatrice petite enfance, accompagnatrice de VAE. Il faut dire que la VAE, elle connait bien : c’est par ce biais qu’elle a obtenu ses diplômes d’auxiliaire de puériculture et d’éducatrice de jeunes enfants.

Aujourd’hui Naouar Mounir, on le sent, est bien dans sa vie et assume avec passion ses choix professionnels. On pourrait, à découvrir son parcours, penser que cette maman de deux enfants, est une brillante touche à tout, un tantinet hyperactive, qui ne sait pas ce qu’elle veut. Or c’est tout le contraire ! Sa rencontre avec la petite enfance comme maman puis comme assistante maternelle a transformé sa vie et finalement l’a aidé à trouver sa voie.

C’était son rêve, mais Naouar ne sera pas sage-femme

Une scolarité classique sans accrocs avec un projet précis. Naouar, son bac scientifique en poche, le sait, veut devenir sage-femme. C’est son rêve, son projet, mais une série de contretemps et de petits ou grands évènements vont l’éloigner de ce qu’elle pensait être un avenir tout tracé. En 2008 donc, elle s’inscrit en première année de médecine à Paris. Mais les aléas de la vie perturbent ce « plan de carrière », un « crack familial », dit-elle pudiquement, la contraint à abandonner. « J’avais perdu mes repères. J’avais du mal à entamer cette première année à, me concentrer ». Alors, elle se réoriente « logiquement, mais sans passion ni grande conviction » vers une première année de licence de physique-chimie sans projet professionnel précis à la clé. Là encore, elle décroche : « la fac qui m’avait accepté en cours d’année était à trois heures de chez moi. J’étais fatiguée ».
C’est aussi à cette époque qu’elle rencontre son futur conjoint et ils sont d’accord : ils fonderont une famille rapidement.

En 2009, elle se réoriente à nouveau. Cette fois, elle change complétement de cap, elle est admise – au vu de son excellent niveau – en deuxième année d’arabe littéraire. Pour cette franco-marocaine arrivée en France à deux ans, c’est une vraie passion et elle est plutôt douée. Elle envisage alors de devenir enseignante. Mais… Et oui, encore un « mais » ! Lorsqu’elle entame sa troisième année, la jeune femme qui entretemps s’était mariée, découvre qu’elle est enceinte. Grossesse et naissance obligent, elle s’arrête après avoir validé son premier semestre, pensant reprendre ses études après la naissance de son petit garçon. Trop simple, ce ne sera pas le cas.

Un bébé, pas de mode d’accueil et une rencontre : elle sera assistante maternelle

Ilyés nait en 2010. « Je cherche alors un mode d’accueil. Dans ma tête, qui dit mode d’accueil, dit crèche. Je ne savais même pas qu’il pouvait en être autrement. » Évidemment, elle, n’obtient pas de place, mais par hasard, elle rencontre sa voisine qui est assistante maternelle. « Je n’avais jamais entendu parler de ce métier, sourit-elle aujourd’hui. Il se trouve qu’elle n’avait pas de place pour mon fils, mais en discutant avec elle, moi qui avais fait durant mes années d’études pas mal de baby-sitting, j’ai été attirée par ce métier. Et je me suis dit : pourquoi ne pas mettre en pause mes études, m’occuper de mon fils tout en travaillant ? ».

Elle obtient un agrément pour deux enfants et accueille donc, en plus d’Ilyés, un autre bébé. Assez rapidement la PMI de Poissy où elle réside lui octroie un troisième agrément et Naouar aime ce métier. « J’avais de bons rapports avec mes parents employeurs, j’allais au RPE et j’échangeais avec mes collègues. J’avais un petit réseau, ça me plaisait ». Le temps passe et son petit garçon entre à l’école maternelle. Naouar s’interroge : doit-elle arrêter ou continuer ce métier qui ne devait être que « provisoire » ? Elle décide continuer.

Elle a déménagé, obtenu quatre agréments et met au monde une petite fille Sarah. On est en 2014. « Tout roule », se souvient-elle. Elle est heureuse dans sa vie et dans son métier. À Nanterre où elle réside désormais, la jeune femme se recrée un réseau professionnel. En 2017, Sarah à son tour rentre à l’école. Et Naouar se pose à nouveau des questions : « J’aime ce que je fais, mais j’ai envie d’évoluer ». C’est à cette époque qu’elle passe le CAP petite enfance en candidat libre, qu’elle obtient haut la main.

Travailler en crèche ? Jamais !

Elle décide néanmoins de faire une pause. « Tous les enfants que j’accueillais faisaient leur rentrée à la maternelle. C’était l’occasion, je n’ai tout simplement pas cherché de nouveaux contrats ». Avec le statut de demandeur d’emploi, Naouar a l’occasion de faire un stage d’immersion d’un mois en crèche. Une crèche People&baby. « Je n’avais jamais mis les pieds dans une crèche, raconte-t-elle. Je découvre le travail pluridisciplinaire, les métiers d’AP et d’EJE et surtout, je vois ce que je ne veux pas faire. J’ai assisté à des scènes qui m’ont choquée, j’ai vu des pratiques qui ne m’ont pas plu, contraires à mes valeurs ». Cependant, la directrice qui a peut-être repéré chez elle « un vrai truc avec les enfants », lui parle de la VAE. Validation des Acquis de l’expérience, ça encore, elle n’en avait jamais entendu parler. Alors fidèle à son tempérament, elle décide « de creuser », dit-elle. Mais dans sa tête, elle sait déjà, que sa carrière en petite enfance ne se déroulera pas en crèche.

La VAE, pourquoi pas ?

Ce qu’elle apprend sur la VAE l’intéresse et Naouar décide de se lancer. Son conseiller d’évolution professionnelle, sans doute, au vu de ses études scientifiques et de son attirance pour le « prendre soin », l’oriente vers le métier d’AP. « J’entame les démarches pour préparer le diplôme d’AP en VAE. J’envoie ma demande et un courrier m’informe qu’elle est irrecevable ». Tenace, elle formule un recours et obtient gain de cause. Pour mettre toutes les chances de son côté, elle se fait accompagner par un organisme. On est en pleine pandémie du Covid, elle est alors suivie en distanciel. Parallèlement, la jeune femme reprend son activité d’assistante maternelle et s’investit dans une association « Arc Avenir » qui regroupe des assistantes maternelles des Hauts-de-Seine. Un bonheur ! Elle en parle encore avec des étoiles dans les yeux, de ces matinées d’éveil partagées avec d’autres collègues et les enfants accueillis dans une salle de la mairie de Nanterre, des échanges entre pairs, etc. Sa VAE traine un peu faute de jury disponible… Commencée en 2021, elle n’obtient son diplôme « du premier coup » qu’en 2023.

Auxiliaire de puériculture, elle décide de « rester » assistante maternelle.

Pas de doute, même avec ce diplôme en poche, elle n’a pas envie de changer de métier. C’est une période ou Naour « s’éclate professionnellement » avec l’association et aussi toutes les formations continues qu’elle suit en parallèle. « J’ai toujours pleinement utilisé mes 58h de formation », assure-t-elle. Mais Naouar reste Naouar, et elle n’a pas envie de s’enfermer dans un confort un peu routinier. Elle est toujours attirée par le métier d’EJE. Elle a envie de piloter des projets, d’accompagner le développement des enfants tout en soutenant leurs parents… Bref, conclut-elle, « je me sens totalement travailleuse sociale ».

En 2023, son mari est muté à Nantes et elle entame une VAE d’EJE tout en reprenant son activité. Elle accueille quatre enfants, mais ne retrouve pas le plaisir d’un réseau professionnel chaleureux. Pour cette nouvelle VAE, qu’elle a bouclée en un an,  elle a changé d’organisme et elle ne retrouve pas non plus l’accompagnement solide et bienveillant qu’elle avait connu lors de son premier parcours. Et en 2024, la voilà titulaire du DEEJE.

L’accueil collectif, décidément, ce n’est pas fait pour elle

Une nouvelle fois, Naouar s’interroge sur la suite de sa vie professionnelle. « Je n’avais plus le même plaisir à exercer mon métier, j’étais très isolée », se souvient-elle. Elle décide de suspendre son agrément et cherche un poste en crèche… Après tout, sa première impression sur l’accueil collectif, n’était peut-être pas la bonne ! Après sept mois intenses dans une crèche privée, c’est la totale désillusion. « Le terrain me plaisait, j’étais bien avec mon équipe et les enfants, mais j’assistais à des choses qui me heurtaient : des postures inadéquates, des paroles choquantes et même des comportements maltraitants de la part d’une EJE. Je les ai fait remonter à ma direction ». Rien ne se passe si ce n’est trois démissions en cascade : celles de son binôme, la sienne et celle de sa directrice. « Cependant, reconnait-elle, je me suis aussi remise en question. Je sais que j’aime aller vite, trop vite et que cela peut bousculer les autres. Mais comme je n’étais pas en phase avec ce que j’avais envie de faire et d’être, ma démission s’est imposée ».

Recrutée dans une crèche d’un petit réseau privé, elle comprend très vite que décidément cela ne lui convient pas et met fin à sa période d’essai au bout d’un mois. Naouar réfléchit et en vient à cette conclusion : « Je ne suis peut-être pas faite pour l’accueil collectif ».

Formation, accompagnement en VAE : elle trouve sa place en petite enfance

Naouar envisage alors la formation pour adultes et obtient une certification « conception-animation-évaluation de formation pour adultes ». Dans la foulée de cette certification, elle crée sa microentreprise et propose des formations et des accompagnements à la VAE. Pas de pression, elle a la chance d’avoir un conjoint qui gagne suffisamment bien sa vie. Elle prend son temps, postule auprès de la DREETS pour devenir jury de VAE d’AP et décroche un mi-temps en CDI dans un organisme de formation spécialisé dans les accompagnements de VAE. « C’est bon, se dit-elle, je suis au cœur de ce que j’ai envie de faire ! ». En complément de cette activité naissante de formatrice, elle fait des remplacements d’AP et d’EJE par intérim en crèches ou pouponnières. Mais comme sa fibre sociale la titille toujours, elle a intégré une équipe d’accueillantes dans un LAEP.

« J’aime ce que je fais, conclut Naouar, c’est un métier noble et sensible ». Et d’ajouter : « J’ai eu envie de partager mon parcours pour montrer qu’on peut commencer en petite enfance sans diplôme spécifique et progresser et évoluer ! ».

Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 29 janvier 2026

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2 réponses à “L’étonnant parcours de Naouar Mounir pour trouver sa voie en petite enfance”

  1. Celine Berrada dit :

    Bravo pour ce témoignage, fidèle à la Naouar que je connais : passionnée, rigoureuse, bienveillante et volontaire. Une assistante maternelle voit passer plus d’enfants en quelques années qu’une maman dans toute sa vie. Cela, combiné à sa formation fait d’elle une véritable spécialiste. De la même façon que la sage femme m’a appris comment mettre mon bébé au sein, Naouar m’a appris une infinité de choses quand elle gardait mes enfants (bébé langage…). Je lui ai confié ce que j’avais de plus précieux, mes enfants, et elle a participé à les faire grandir et à s’épanouir. Merci à elle et à toutes celles et ceux qui exercent ce noble métier.

  2. Naziha Trifi dit :

    Bonjour,
    Bravo Naouar pour ta persévérance et ta ténacité.
    Tu es une personne admirable, profondément humaine.
    Bonne continuation.

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