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Mamip, une expérimentation de Mam à accompagnement renforcé
Pour soutenir ses assistantes maternelles, la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie, le Département du Calvados et leurs partenaires institutionnels sont en train de mettre en place une convention cadre afin d’offrir aux Mam un accompagnement proximal, et assurer ainsi leur pérennité. Avec les Maisons d’Assistants Maternels à l’Initiative Publique (Mamip), il espèrent proposer une expérimentation intéressante qui s’inscrira tout particulièrement dans la mise en œuvre prochaine du SPPE.
Depuis une dizaine d’années, le nombre d’assistantes maternelles est en forte baisse dans le département du Calvados. Une donnée qui n’a pas échappé au Conseil Départemental et à la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie qui détient ici la compétence petite enfance depuis sa création en 2017. Jaufré Vannier, responsable du Pôle enfance de la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie a fait les comptes : « Nous avons aujourd’hui 400 assistantes maternelles sur l’agglomération, il y en avait plus de 500 il y a une petite dizaine d’années ». Il estime que les assistantes maternelles en ont assez de travailler seules et se sentent trop isolées. « Les Rpe font souvent remonter que les professionnelles se plaignent de ne pas pouvoir dissocier leur domicile et leur lieu de travail. De ne pas pouvoir échanger davantage avec d’autres professionnels. Cela revient souvent ». Partant de ce même constat, la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie et le Conseil Départemental du Calvados, via le Schéma départemental des services aux familles ont donc cherché à redonner de l’élan à cette profession en déclin.
Des Mam fragiles, en manque d’accompagnement
En 2023, plusieurs petites communes de la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie ont manifesté leur envie de participer davantage à la compétence petite enfance sur leur territoire. « Il n’y a pas forcement de crèches sur leurs communes rurales, et Lisieux Normandie ne peut pas créer des crèches partout. Alors quelle réponse adaptée peut-on apporter à ces secteurs ? », questionne Jaufré Vannier. Si la création de Maisons d’Assistantes Maternelles (Mam) est une réponse toute trouvée, la Communauté d’agglomération avait cependant quelques réticences. « Avec les MAM, visiblement, il manque quelque chose sur le pilotage, explique-t-il. Nous en avons une trentaine sur le département, mais nous constatons que certaines s’arrêtent faute d’un véritable accompagnement pour les pérenniser ». Et de décrire des professionnelles en « électron libre », sans direction, sans pilotage, ni accompagnement, dont le fragile équilibre trouvé à la Mam finit par vaciller à la moindre difficulté. « Parfois cela fonctionne très bien mais d’autres, il suffit d’une mésentente qui prend de l’ampleur pour que tout s’arrête », regrette-t-il.
Aller au-devant des professionnels
Pour répondre à cette demande, la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie et les Rpe du territoire ont donc organisé deux réunions de sensibilisation à l’activité d’assistante maternelle en Mam dans les communes volontaires. A Cambremer en octobre 2023 et à Valorbiquet en avril 2024, les animatrices de Rpe ont invité les assistantes maternelles qui pourraient être intéressées. « Nous avons voulu inverser la tendance, précise Jaufré Vannier. Il faut que les institutions aillent au-devant des professionnelles pour participer à la professionnalisation de leurs métiers, écouter leurs problématiques, leur montrer que nous sommes là pour elles et leur présenter ce que pourrait être leur métier en Mam, avec un accompagnement renforcé des institutions ». Et sur une vingtaine de professionnelles venues à ces réunions, deux groupes de cinq et quatre professionnelles ont souhaité « continuer l’aventure » et se constituer en Mam dans chacune des deux communes.
Une convention cadre expérimentale
Lorsque la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie a voulu solliciter les institutions locales pour réfléchir à leur implication dans ce projet, le Schéma départemental des services aux familles travaillait déjà sur ce type de projet. Les partenaires institutionnels ont donc proposé de mettre en place une convention cadre expérimentale de Maison d’assistants Maternels à l’Initiative Publique (Mamip). « Chacun des partenaires s’engage à faire un pas de plus que pour une Mam classique », résume en quelques mots Jaufré Vannier. Une Mamip serait donc une Mam avec un accompagnement renforcé, et dans laquelle la relation employeur-employé ne change pas, mis à part un engagement obligatoire avec le dispositif Pajemploi +.
Dans la convention cadre expérimentale Mamip :
– Les assistantes maternelles se constituent en association et élaborent leur projet pédagogique, basé sur la Charte nationale d’accueil du jeune enfant.
– La Commune s’engage à proposer un local respectant les exigences réglementaires, à un loyer modéré ou gratuit.
– Le Conseil départemental accompagnera de manière renforcée la Mam qui se met en place, et participera à la réunion annuelle de pilotage avec l’ensemble des acteurs.
– La Caf du Calvados s’engage sur un financement d’investissement pour la mise aux normes des locaux et éventuellement l’équipement, via le Piaje ; et finance des séances d’analyse de pratique pour les assistantes maternelles.
– La Msa utilise son dispositif Grandir en milieu rural pour, par exemple, aider la Mam à acquérir du mobilier.
– Le Rpe du secteur accompagne les assistantes maternelles dans l’élaboration de leur projet et organise la réunion annuelle (a minima) de pilotage avec les différents acteurs institutionnels au cours de la quelles les assistantes maternelles présenteront leur bilan.
– La Communauté d’Agglomération Lisieux Normandie participe à la réunion annuelle de pilotage en tant qu’autorité organisatrice dans le cadre du SPPE. Elle s’engage à mobiliser son animatrice de RPE et à être facilitateur de la coordination de ce projet.
Un dispositif similaire en Seine Maritime
Si le dispositif Mamip est une expérimentation innovante dans le Département du Calvados, le département voisin de Seine-Maritime en compte déjà plusieurs à son actif. Une démarche expérimentale développée localement par la Caf de Seine-Maritime avec le soutien des collectivités locales, qui décrit ces structures comme des Mam dites améliorées, implantées sur un territoire prioritaire en matière de besoins repéré par la Caf (et notamment des territoires ruraux), repérées par la Caf. Elles occupent des locaux mis à disposition gratuitement ou à loyer modeste par une collectivité, un CCAS, un bailleur social… et signent une convention tripartite avec la Caf et la Collectivité. Laurence Dumont, responsable de l’action sociale de la Caf du Calvados fait le lien : « C’est la Caf de Seine Maritime qui est à l’origine des Mamip, confirme-t-elle. Lorsque nous avons avancé sur ce même type de projet, je les ai tout de suite contactés. En revanche, leur convention cadre est plus limitée puisqu’elle ne concerne que les collectivités locales, la Caf à travers les RPE et les bailleurs sociaux. Dans le Calvados, nous avons voulu mettre tous les partenaires de la petite enfance autour de la table, dans une même convention cadre, pour que chacun puisse en fonction de ses compétences et missions, partager le projet. »
Plus de reconnaissance pour les assistantes maternelles
Aujourd’hui, cette convention cadre vient d’être validée par la plupart des partenaires institutionnels. Seul l’accord du Conseil départemental du Calvados est encore en attente, mais semble sous les meilleurs auspices. Et bien que les engagements pris ne soient pas tous spécifiquement innovants, réunir tous les acteurs autour de la table et signer cette convention les engage déjà dans une dynamique commune positive pour les assistantes maternelles. « Cela n’existait pas avant, dorénavant c’est écrit dans le dur, se réjouit Jaufré Vannier. Ce dispositif va participer à la professionnalisation du métier des assistantes maternelles et leur offrir une certaine reconnaissance qui manquait certainement ». Tout particulièrement avec la proposition d’analyse de pratique pour les assistantes maternelles, financée par la Caf. Rappelons que le décret n° 2022-1772 du 30 décembre 2022 prévoit qu’a titre expérimental et pour une durée de cinq ans, les assistantes maternelles volontaires puisses bénéficier « d’un minimum de six heures par an d’analyse des pratiques professionnelles ». Pour Laurence Dumont, c’était en effet le chainon manquant : « Pour nous l’analyse de pratique, c’est la base. Nous avons souhaité la mettre en place pour les assistantes maternelles parceque c’est cela manquait jusqu’ici, dans les projets de Mam : cela leur permettra de trouver davantage de coordination entre elles et devrait leur permettre d’avoir un regard extérieur sur leurs pratiques. Et là, nous sommes vraiment sur un engagement local ».
Objectif premier semestre 2025
Une fois validée par tous, la convention cadre pourra être signée et la Communauté d’agglomération va pouvoir lancer concrètement le projet. Les deux communes de Cambremer et Valorbiquet ont déjà proposé des locaux – dont une ancienne école à réhabiliter – qui pourraient chacun accueillir une Mamip. Les animatrices des Rpe ont quant à elles déjà commencé le travail d’accompagnement de rédaction du projet pédagogique avec les assistantes maternelles. « Nous espérons que tout cela pourra se mettre en place sur le premier semestre 2025, en fonction de l’importance des travaux », estime Jaufré Vannier. Et comme le temps institutionnel et n’est pas celui des professionnels, la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie a pris soin de maintenir le contact avec les communes et les professionnelles afin de garder intacte leur motivation malgré les délais. « Il y a un décalage énorme entre leur volonté de commencer dès demain et le temps long des institutions. Il faut qu’on les garde en haleine ! Mais maintenant que la validation institutionnelle est faite, nous allons pouvoir mettre les bouchées doubles… », ajoute-t-il.
« Dans la dynamique du SPPE avant l’heure »
Dans le cadre de la mise en place du SPPE au 1er janvier 2025, la Communauté d’agglomération Lisieux Normandie a délibéré le 3 octobre dernier pour clarifier ses statuts et consolider sa compétence d’autorité organisatrice. Avec la mise en œuvre et l’accompagnement de ce projet de Mamip sur son territoire, elle investit déjà pleinement son rôle. « Nous avons voulu nous mettre dans la dynamique du SPPE avant l’heure, explique Jaufré Vannier, enthousiaste. Nous avons déjà maillé tout notre territoire de Rpe qui ont un rôle central à jouer dans le SPPE et l’accompagnement des Mam tout particulièrement. Le 1er janvier approche très vite, et il ne faut pas se réveiller le 31 décembre pour investir le sujet. Nous avons voulu jouer dès à présent notre rôle d’autorité organisatrice avec ce projet expérimental. Je pense que ce sera vraiment un attendu de l’État, déclencher de l’ingénierie, de l’expérimentation, notamment pour s’adapter aux milieux ruraux ».
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 14 novembre 2024
MIS À JOUR LE 18 novembre 2024