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Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

Lorsque des parents apprennent que leur enfant a mordu, ils sont fréquemment traversés par de nombreuses questions et émotions, presque aussi fortes bien que très différentes que si leur propre enfant avait été mordu.
Tout d’abord, ils peuvent être tristes et ennuyés pour l’enfant qui a eu mal.
Ils éprouvent surtout incompréhension et inquiétude : pourquoi mon enfant mord-il ? Serait-il méchant ? Est-il « normal » ? Comment va-t-il grandir ?  Va-t-il savoir devenir sociable ?
Ils ont peur du regard des autres, celui des professionnels comme celui des autres parents.  Ils ont peur d’être jugés :  que va-t-on penser de moi ? Ils se remettent en question, entre honte et  culpabilité :  qu’ai-je fait de mal ?  Qu’ai-je raté ?   Ils peuvent craindre que leur enfant, ou eux-mêmes soient rejetés, voire exclus, tellement la morsure représente quelque chose d’archaïque, voire de « monstrueux »:  « ce sont les animaux qui mordent, pas les humains !  A tout cela, se rajoute un fort sentiment d’impuissance, surtout lorsque les morsures se répètent.
Tout ceci est plus ou moins intense et peut être très douloureux pour certains parents. J’ai été touchée récemment par un papa qui en avait encore les larmes aux yeux, lorsqu’il parlait de cette période.

Le risque est grand que le parent, en colère contre son enfant, le gronde fortement, lui fasse « la leçon» chaque jour, voire cherche à le punir.  Or ceci est inutile et risque plutôt qu’augmenter le sentiment de malaise et d’inquiétude de l’enfant. Même lorsque celui-ci comprend qu’il ne faut pas mordre, il ne peut retenir son mouvement.

Alors comment apaiser ces parents, amoindrir leurs sentiments d’inquiétude, de honte et peur du jugement ? Bien sûr, il n’y a pas de raison de cacher les morsures, mais il n’y a pas non plus de raison de le présenter comme « quelque chose d’important ».  C’est un fait « normal et banal », même si les effets sur les autres enfants et leurs familles ne sont pas toujours simples à accompagner. (cf ma chronique de février). Les parents n’ont pas de raison d’en avoir honte. Ils ne sont pas responsables des morsures faites par leur enfant.  Il n’est donc nullement nécessaire d’insister auprès d’eux, même si bien souvent, nous avons l’espoir qu’ils puissent faire quelque chose auprès de leur enfant pour que les morsures cessent.

Au contraire, il est important de rassurer les parents, de leur dire que leur enfant n’est pas le seul à mordre,  que la morsure fait partie du développement normal,  qu’un enfant mord lorsqu’il n’a pas encore d’autres moyens pour s’exprimer, pour obtenir ce qu’il veut.  C’est son moyen de défense : défendre sa place, son territoire, ses jeux, ses espaces d’explorations. C’est un mouvement impulsif dans des moments de tension, d’insécurité, d’inconfort, passagers ou plus durables.
Il est également important d’expliquer comment l’enfant est alors accompagné pour le rassurer, et pour qu’il puisse progressivement s’exprimer autrement, avec des mots, et qu’il puisse attendre, différer, partager.

Et il est surtout essentiel de leur parler de leur enfant, ce qu’il fait, ce qu’il vit, de ses jeux, de ses émotions, ce qu’il aime faire, ce qu’il n’aime pas. Il y a tellement de choses à raconter de la journée d’un enfant, tellement de choses plus riches à dire, à souligner, à partager avec ses parents. Il est tellement important de ne pas réduire cet enfant aux morsures, de ne pas leur donner trop de place et qu’il puisse entendre parents et professionnels porter attention à lui.

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Monique Busquet

PUBLIÉ LE 03 avril 2023

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