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12 questions sur la Mort inattendue du nourrisson (MIN)

Le risque de mort inattendue du nourrisson suscite de nombreuses interrogations dans les structures d’accueil du jeune enfant ou chez les assistantes maternelle. Voici les réponses aux questions les plus fréquemment posées par les professionnels. Avec le Dr Elisabeth Briand-Huchet, pédiatre et médecin-conseil, co-présidente de l’association Naître et Vivre.

 1. Le tabagisme maternel joue-t-il un rôle ?

On sait que le tabagisme pendant la grossesse augmente le risque de petit poids de naissance, lui-même facteur de risque de mort inattendue du nourrisson, mais aussi de nombreuses autres pathologies. Ce qui est particulièrement délétère, c’est le passage de la nicotine dans l’organisme du bébé, que la mère fume elle-même, que son conjoint fume en sa présence, ou qu’elle évolue simplement dans un environnement tabagique. « La nicotine absorbée par la mère passe dans la circulation maternelle, puis par voie placentaire et va se fixer dans le cerveau du fœtus, de façon préférentielle dans les zones qui seront, après la naissance, chargées du contrôle respiratoire et de la capacité de l’enfant à se réveiller en cas de difficulté respiratoire », explique le Dr Elisabeth Briand-Huchet. Elle poursuit : « Ces zones contiennent ce qu’on appelle des récepteurs nicotiniques – ainsi nommés parce que leur structure biochimique est très proche de celle de la nicotine – ce qui explique pourquoi la nicotine s’y fixe et les sature. Ces récepteurs finiront par se « nettoyer » mais ce processus prend plusieurs mois après la naissance. Or, pendant cette période, si le nourrisson se retrouve en mauvaise posture – mal couché, exposé à un excès de CO₂ et à un manque d’O₂ – son cerveau devrait normalement déclencher un réflexe d’éveil pour l’inciter à respirer plus fort. Si les récepteurs sont saturés, ce réflexe ne peut pas s’activer. L’enfant se retrouve alors dans un cercle vicieux d’accumulation de gaz carbonique et de manque d’oxygène pouvant aboutir en quelques minutes à un arrêt cardiaque. ». « Et attention, précise-t-elle, ce risque ne concerne pas uniquement les cigarettes, les patchs à la nicotine exposent le fœtus au même danger ».

2. Certains pays sont-ils plus touchés que d’autres ? Si oui, quelles en sont les raisons ?

Oui, mais les différences observées entre les pays sont souvent liées aux habitudes de couchage. Dans certaines cultures, les bébés continuent d’être couchés sur le ventre. Or, on sait que cette position augmente le risque de mort inattendue du nourrisson. Les pays où cette pratique reste fréquente enregistrent donc davantage de cas.

3. Comment est établi le diagnostic de la MIN ?

« Par définition, quand on dit mort inattendue du nourrisson, on parle d’un décès brutal et inattendu parce qu’on pensait que l’enfant allait bien. C’est une définition clinique. On parle de mort inattendue pour la circonstance de décès (il a l’air d’aller bien, on le retrouve mort le plus souvent pendant son sommeil). Cette situation va conduire à effectuer tout un bilan dont une autopsie. Les circonstances seront scrutées à la loupe. Si après le bilan complet, on ne trouve pas d’explications, on va conclure à une mort subite, qui reste inexplicable. Le résultat du bilan peut mettre plusieurs semaines », explique la pédiatre.

4. On parle de MIN pour quelle tranche d’âge ?

Autrefois, on parlait de mort subite du nourrisson pour les enfants de 0 à 1 an, certains restreignant même à la période d’un mois à un an. La définition a depuis évolué et le concept de mort inattendue du nourrisson concerne aujourd’hui les nourrissons jusqu’à l’âge de deux ans. Les cas chez les enfants de 1 à 2 ans sont cependant beaucoup plus rares que durant les six premiers mois de vie.

5. La MIN touche-t-elle plus les filles que les garçons ?

Les garçons semblent légèrement plus touchés, sans que l’on en connaisse précisément la raison. « En gros, c’est 55 % à 60 % pour les garçons contre 45 % à 50 % de filles » précise la pédiatre.

6. Les changements de saison ont-ils une incidence sur la MIN ?

On observe un pic de décès durant l’hiver. Cela s’explique notamment par la circulation plus importante des infections virales à cette période de l’année. D’autres facteurs peuvent également intervenir : les pièces sont parfois trop chauffées et les bébés trop couverts. Or l’hyperthermie associée à une infection virale débutante peut majorer le risque de mort inattendue du nourrisson.

7. Le fait de coucher l’enfant sur le dos a-t-il diminué les MIN ?

Les campagnes de prévention ont permis une baisse très importante du nombre de décès. On compte environ 75 % de décès en moins depuis leur lancement il y a près de trente-cinq ans. C’est un résultat majeur en matière de santé publique. Cependant, même si le nombre de cas a fortement réduit, une marge de progression existe encore : dans environ la moitié des situations, l’environnement ou la position de sommeil ne sont pas adaptés.

8. Est-il préférable d’attendre un certain laps de temps entre la fin du repas et le coucher ?

Aucune corrélation n’a été mise en évidence entre le fait de coucher le bébé juste après le repas et la mort inattendue du nourrisson. Il est néanmoins préférable de ne pas bousculer l’enfant après la tétée ou le biberon et de lui laisser le temps de faire son rot et d’éventuelles régurgitations.

9. Faut-il proscrire le doudou dans le lit ?

Tout dépend de la taille du doudou. S’il s’agit d’un objet volumineux, comme un grand lange, il est préférable de ne pas le laisser dans le lit, car il pourrait recouvrir le visage de l’enfant. Le nourrisson doit toujours avoir le nez et la bouche dégagés. Pour limiter les risques, on peut éventuellement placer le doudou près de l’enfant au moment de l’endormissement puis l’enlever une fois qu’il dort .« L’idée, c’est qu’il puisse respirer le temps du sommeil » souligne la spécialiste.

10. Le co-sleeping peut-il être responsable ?

Des études récentes ont montré que le partage du lit parental constitue un facteur de risque de mort inattendue du nourrisson. Dormir entre les deux parents n’est pas considéré comme un couchage adapté pour un nourrisson. La chaleur corporelle, la présence d’oreillers et de couettes peuvent favoriser l’hyperthermie et augmenter les facteurs de risque. Un parent qui se retourne pendant le sommeil peut également gêner la respiration de l’enfant ou exercer une compression thoracique.

11. L’usage de la tétine aurait-il un rôle préventif ?

Une réduction du risque de mort inattendue du nourrisson semble être associée à l’utilisation d’une tétine. Il n’a par ailleurs pas été démontré que son usage nuise à l’allaitement ou entraîne des problèmes dentaires ultérieurs. « Bien que le mécanisme ne soit pas connu, on pense que probablement les bébés qui tètent beaucoup ou qui ont un gros besoin de succion, ont un meilleur tonus des muscles oropharyngés et gardent mieux leur voie respiratoire ouverte » explique la pédiatre.

12. Existe-t-il des gènes responsables, c’est-à-dire un risque héréditaire ?

« Depuis les années 90 on sait que le risque n’est pas familial sauf cas de MIN due à une cause reproductible dans la famille ce qui reste exceptionnel. Dans les cas de récidives ce sont souvent des cas de maltraitance qui sont retrouvés » souligne le Dr Briand-Huchet.

L'importance de la prévention

Pour renforcer la prévention et améliorer la compréhension de ces décès, les centres de référence ont récemment rassemblé leurs travaux au sein de l’ANCReMIN.

Quelques ressources utiles
Le site de l’Observatoire national des morts inattendues du nourrisson a pour objectifs l’obtention de données épidémiologiques précises, l’identification de nouveaux facteurs de risque et le développement de la recherche scientifique dans le domaine de la mort inattendue du nourrisson.

Le site de l’association Naître et Vivre propose un accompagnement aux parents endeuillés et mène des actions de prévention.

En 2022, AXA France et le CHU de Nantes ont créé le document « B.E.A.B.A », une notice destinée à rappeler les bonnes pratiques pour coucher un bébé en toute sécurité.

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Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 14 avril 2026

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