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Oser mettre en place un projet de médiation animale en Eaje

Accueillir un animal dans un lieu d’accueil du jeune enfant est une expérience riche mais pas toujours facile à mettre en place, qui mérite pourtant d’être préparée avec soin. Avec Thiéfaine Lebeau, psychopédagogue et intervenant en médiation animale, faisons le point sur les essentiels à connaître pour monter un projet de médiation animale en Eaje, respectueux du bien-être des enfants, des professionnels et des animaux. 

Proposer la présence d’un animal dans un lieu d’accueil de la petite enfance est un projet extraordinaire qui ne laisse pas de place à l’improvisation. Une initiative perçue comme ludique qui doit cependant être prise au sérieux. Elle nécessite la préparation d’un projet précis en équipe, dans le meilleur des cas avec l’aide d’un professionnel, et bien sûr l’adhésion de tous, parents, enfants et partenaires. Mais bien que la petite enfance soit un secteur très normé, force est de constater qu’il y existe un certain flou autour de la possibilité d’accueillir un animal en Eaje et sur la manière de mettre en place ce type de projet. Sa réussite dépendra donc du sérieux (et du bon sens) de sa préparation et du bon vouloir de la direction, de la PMI, et parfois même de la collectivité. 

Faire appel à un intervenant ou bien se former 

Pour accueillir un animal auprès de jeunes enfants, les professionnels de la petite enfance peuvent faire appel à un intervenant extérieur ou bien choisir de se former eux-mêmes. La plupart des lieux d’accueil font appel à un intervenant en médiation animale qui saura les conseiller, les accompagner dans la construction de leur projet, et encadrer les activités. C’est l’idéal. « Lorsque j’accompagne des équipes en petite enfance, j’aime faire une construction collective du projet, pour leur faire une proposition au plus près de leur projet pédagogique, et déceler les besoins et attentes particulières en fonction du public et des éventuels PAI», explique Thiéfaine Lebeau, psychopédagogue et intervenant en médiation animale.

Il faut néanmoins s’assurer que l’intervenant est bien un professionnel (avec numéro SIRET ou SIREN), assuré pour son activité. Qu’il est titulaire a minima de l’Acaced, une certification d’une vingtaine d’heures qui autorise à travailler avec un animal auprès du public et prendre soi-même la responsabilité de l’accueil de l’animal. Et dans l’idéal d’une formation complémentaire à portée éducative (Éducateur de jeunes enfants, Accompagnant éducatif et social, Éducateur spécialisé, Psychomotricien etc.). L’animal doit avoir un carnet de santé à jour au moins un mois avant la première séance et avoir fait au moins un test comportemental auprès d’un vétérinaire. Pour information, un intervenant en médiation animale est rémunéré en moyenne 55 à 75€ de l’heure.

Il est également possible de se former soi-même, c’est-à-dire prendre le temps de passer a minima l’Acaced. Mais « il faut faire preuve de bon sens, assure Thiéfaine Lebeau. Une directrice peut très bien amener un lapin, une poule une tortue, sans être formé, légalement elle ne sera pas embêtée. Avec un animal plus « encombrant », il est absolument essentiel d’être formé ». 

Un projet à construire en équipe 

Allons-y progressivement !  Faire venir une ferme pédagogique à la crèche ou aller la visiter peut être une première étape pour déceler si les enfants ont de la curiosité ou au contraire de l’appréhension pour les animaux, avant d’envisager d’accueillir un animal a la crèche pour quelques séances ou au quotidien. C’est également l’occasion de vérifier dans leurs dossiers médicaux, si certains enfants présentent des allergies. 

Un lieu s’accueil qui s’y prête. Pour accueillir un animal, même seulement le temps d’une séance, mieux vaut avoir un espace extérieur, un espace intérieur assez ouvert et pas exigu, une pièce polyvalente qui dans l’idéal donne sur l’extérieur pour ne pas avoir à traverser la crèche avec l’animal. 

Toute l’équipe doit adhérer au projet. Il est indispensable que toute l’équipe de professionnels de la petite enfance soit motivée et intéressée par l’idée d’accueillir un animal. Un projet de médiation animale se construit en équipe, avec le soutien et l’investissement de tous. S’il n’est pas une simple animation ponctuelle, il peut être intégré au projet pédagogique, ce qui lui donnera plus de cohérence. 

Convaincre les parents et les partenaires. Pour gagner la confiance des parents, de la PMI et des partenaires institutionnels de la crèche, mieux vaut présenter un projet soigneusement réfléchi et préparé. Il est également possible de coconstruire son projet en amont avec les partenaires. Dans tous les cas, il est essentiel d’informer les parents de la venue d’un animal a la crèche, soit au cours des transmissions soit par un message dédié. 

Hygiène et protocole. L’équipe va rédiger un protocole précis pour définir comment va être accueilli l’animal. Que ce soit pour quelques séances ou au quotidien, il est important de définir en amont le rôle de chacun et de quelle manière ce sera fait, afin que cela soit fluide, simple et rassurant pour tous. Coté hygiène, il est essentiel que les enfants se lavent les mains avant d’aller au contact de l’animal, pour ne pas porter sur eux une odeur de nourriture et provoquer une morsure involontaire. 

A chaque animal ses atouts 

Tous les animaux ne sont pas faits pour la médiation. Selon leur race, leur âge, et leur surtout leur personnalité, certains montrent certaines prédispositions au contact avec les enfants, d’autres seront plus adaptés aux adultes. Thiéfaine Lebeau fait le point sur les atouts de chacun. 

  • Les tortues sont intéressantes. Avec elles, les enfants sont principalement dans l’observation, peu dans l’interaction. Elles sont donc plus adaptées aux plus grands, aux classes de maternelle. Elles font un excellent objet transitionnel, pour faire diversion et apaiser les séparations difficiles.  
  • Les lapins s’y prêtent très bien mais n’aiment pas particulièrement être portés. Les plus calmes qui présentent le moins de risques de morsures sont les lapins de grande taille comme le Géant des Flandres. Mais il y a également le Lapin Bélier ou le Fauve de Bourgogne. Les lapins nains sont trop imprévisibles. 
  • Les cochons d’Inde ont un bon comportement avec les petits. Ils sont très doux et s’apparentent à des peluches. A poils courts ou longs, avec différents textures et couleurs, ils sont intéressants à observer et à coupler à des activités sensorielles, pour observer les reflets de la lumière sur le pelage, comparer la douceur des différents types de poils ou sentir l’odeur des carottes !
  • Les rats sont très intéressants en petite enfance malgré leur mauvaise réputation. Ils ont un mode de déplacement en trois dimensions et pas juste au sol qui intéresse beaucoup les enfants. Ils aiment être portés et sont plutôt posés et calmes s’ils sont bien éduqués. Mieux vaut opter pour un mâle adulte
  • Les poules, c’est vraiment amusant. Avec les poules rousses ou Brama, on peut même jouer à la balle comme avec un chien ! Les coups de bec ne sont pas plus à craindre que les morsures de lapin. Ce qui est plus difficile à maitriser, ce sont les crottes !
  • Les chiens sont les plus polyvalents. Avec eux, on est vraiment dans l’échange et l’interaction comme dans l’observation. Ils sont intéressants à la fois sur le plan psychomoteur et physiologique. Avec les jeunes enfants, on recommande en priorité le Cane Corso, le Mâtin Napolitain, le Dogue de Bordeaux, le Dogue des canaries. Mais également le Saint-Hubert, le Berger Australien, le Border Collie, le Bouvier-Bernois ou le Caniche Royal sont également indiqués, les races les plus intelligentes en somme. « Étonnamment, il y a un siècle, raconte Thiéfaine Lebeau, le Pitbull de vraie race, aujourd’hui interdit en France, était utilisé dans certains pays pour veiller sur les bébés ! ». 
  • Les chats, sont particulièrement adaptés aux personnes en situation de handicap ou avec un trouble du spectre autistique (TSA) 
  • Les furets peuvent être intéressants. En revanche les gerbilles et les chinchillas, plus petits et sauvages, cela s’avère plus compliqué. 

Sans oublier les chevaux, ânes, chèvres et cochons vietnamiens kune kune particulièrement amusants ! 

De la découverte à l’interaction   

Le matin est en général plus propice aux activités calmes, mais à chaque lieu d’accueil de s’adapter à son rythme et a son organisation. Pour préparer les enfants à la venue de l’animal, on peut proposer une première séance fictive avec une peluche, pour faire connaissance avec l’intervenant, parler de l’animal, apprendre à rester calme, donner quelques conseils et s’entrainer à avoir les bons gestes dans une mise en situation. « J’aime construire une relation de confiance avec les enfants que j’accompagne, souligne Thiéfaine Lebeau. Je rentre dans l’intimité de leur quotidien, de leur lieu d’accueil, il est important que l’on apprenne à se connaitre. »

Ensuite, au fil des séances, on avance petit à petit vers la médiation : la découverte de l’animal, de ses besoins avec des caresses et des soins. Si les enfants sont réceptifs ils vont vouloir interagir de plus en plus. On pourra donc proposer de petites activités avec des objectifs bien définis. Il faut cependant être capable de s’adapter en permanence au comportement de l’animal et des enfants, rappelle le psychopédagogue, comme toujours en petite enfance ! Les rituels qui sécurisent sont également importants. « J’ai l’habitude d’emmener ma chienne se dépenser avant une séance et de la récompenser après, explique-t-il. Avec les enfants, on rappelle toujours le vocabulaire de l’anatomie de l’animal qu’ils finissent tous par reprendre en chœur. Et à la fin de la séance, ils disent au revoir avec une caresse ». 

Thiéfaine Lebeau insiste sur l’importance du temps long et d’un contact quotidien de l’animal avec l’enfant. Mais lorsqu’il s’agit de rencontres ponctuelles, une heure vingt en séance propre est idéal avec de jeunes enfants. Ce qui compte, c’est la régularité avec laquelle seront proposées les rencontres pour qu’une véritable relation puisse être tissée. 

Apaisement, échange et prendre soin 

La rencontre avec l’animal offre de nombreuses possibilités. Il est excellent support de langage, il délie les langues et attise la curiosité des enfants. Observer son comportement devient un sujet de conversation entre enfants et avec les professionnels. Le temps passé auprès de l’animal procure l’apaisement, apporte de l’affection et du réconfort. Lui offrir des soins, des caresses aide l’enfant à se décentrer de lui-même en prenant soin de l’autre, dans un véritable échange. De plus, n’oublions pas que les enfants qui côtoient des animaux présentent moins de risques d’allergies, d’asthme et renforcent leurs défenses immunitaires. 

Thiéfaine Lebeau en témoigne, l’animal est également un excellent vecteur pour transmettre des notions importantes. En tant que psychopédagogue, il sait s’adapter aux attentes et aux profils des enfants avec lesquels il travaille. Avec des enfants moins favorisés, par exemple issus de l’ASE, la présence de l’animal lui permet de parler de la notion de consentement ou de respect, en observant le corps de l’animal. « Il y a un effet miroir par rapport aux enfants lorsqu’on pose la question « Qu’a-t-on le droit de faire ou non ? » », explique-t-il. Et lorsque l’animal veut qu’on arrête de le toucher, on respecte sa volonté. De la même manière, on peut également évoquer l’importance d’avoir une bonne hygiène de vie.

L’animal peut jouer un rôle important dans l’accompagnement émotionnel de l’enfant. « L’animal est un acteur de résilience, assure Thiéfaine Lebeau. Auprès de ces enfants qui n’ont plus confiance ou trop confiance dans leurs figures d’autorité, l’animal est rassurant et ne déçoit jamais ». Avec les enfants plus privilégiés, souvent accueillis en Eaje, le psychopédagogue va davantage chercher à combattre les préjugés et les idées reçues, rappeler que l’animal n’est pas un objet, qu’on ne le possède pas, qu’on ne le tape pas : « Je vais les inciter à observer le comportement de l’animal pour entrer dans une relation mutuelle et empathique, à prendre soin de l’autre ».  

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 24 octobre 2025

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