Prévention des TMS : il conçoit un dispositif inédit pensé pour les MAM
En observant les difficultés rencontrées par son épouse, assistante maternelle en MAM, Marc-Antoine Gbarssin a développé une démarche de prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS). Un programme progressif, sans promesse miracle, qui met l’accent sur un enjeu essentiel pour la stabilité des équipes.
Douleurs au dos, aux épaules, fatigue qui s’accumule : dans les métiers de la petite enfance, les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont omniprésents dans le quotidien des pros de la petite enfance. Selon une récente étude de l’Observatoire de l’emploi à domicile, plus de 9 assistantes maternelles sur 10 sont exposées à des contraintes physiques. Pourtant, beaucoup de professionnelles ont le sentiment d’être seules face ce problème, par manque de temps, de moyens, et parce que les dispositifs d’accompagnement ne sont pas toujours accessibles C’est justement ce constat qui a poussé Marc-Antoine Gbarssin, expert-comptable de formation, à construire un dispositif de prévention pensé pour les MAM. Une démarche originale, à la croisée de la prévention et… de la comptabilité.
Un déclic venu du quotidien
Tout commence avec un projet familial. Son épouse, assistante maternelle, décide d’ouvrir une MAM. Lui avec sa patte d’expert comptable l’aide à bâtir le dossier : juridique, financier, business plan. À ce moment-là, la demande initiale n’est pas la prévention des TMS… mais l’écoresponsabilité. En cherchant des ressources, l’expert-comptable découvre un modèle de comptabilité socio-environnementale : CARE. L’idée l’interpelle : et si une MAM pouvait suivre ses impacts de façon globale (humain, environnement, etc.) ? Nous sommes courant 2020, la MAM ouvrira en 2021.
Très vite, le projet « global » se heurte à la réalité. Pour une petite entité, telle une MAM, mesurer tous les impacts (climat, eau, humain…) se révèle trop complexe. « Je comprends qu’il va falloir choisir un sujet, essayer de cibler. », souligne-t-il. Parallèlement, Marc-Antoine Gbarssin prépare son mémoire d’expertise comptable : un travail long, exigeant. Ce mémoire doit répondre à une contrainte précise : proposer une solution concrète, utile et applicable à un problème réel rencontré par des entreprises. C’est en écoutant simplement son épouse qu’il trouvera finalement son sujet. « Je l’entendais revenir du travail… elle avait mal partout. La problématique des troubles musculo squelettique (TMS) apparaissait comme centrale dans son activité. »
Les TMS : « un problème de santé publique quasi pas traité »
L’expert comptable insiste : les TMS dépassent largement le secteur de la petite enfance. C’est un sujet majeur, transversal. « On appelle ça l’épidémie moderne… Ça représente quasiment 90% des maladies professionnelles reconnues par l’assurance maladie, assure-t-il. Donc, en réalité, c’est un problème de santé publique. ». Selon l’étude évoquée plus haut, près de la moitié des salariés du secteur des particuliers employeurs déclarent souffrir de TMS. Et pourtant, la prévention reste encore trop rare. Ce qui fragilise les MAM et les assistantes maternelles à domicile, c’est leur statut. « Elles sont multi-employeurs. Elles n’ont accès à aucun dispositif d’accompagnement existant. », observe Marc-Antoine Gbarssin. Il cite notamment les dispositifs de subventionnement et d’accompagnement (matériel, ergonomes, prévention) dont les entreprises peuvent bénéficier… mais pas les assmats. Côté médecine du travail, il ajoute : « Honnêtement, il n’y a quasi rien sur les questions de TMS. » Face à ce constat, il en est certain, sa démarche est légitime.
Un dispositif en plusieurs étapes
Marc-Antoine Gbarssin décide alors de passer de la réflexion à l’action. Il va transformer son travail de recherche en un dispositif concret, applicable sur le terrain, et surtout compatible avec les contraintes des MAM. Un projet en plusieurs étapes, pensé pour être simple à démarrer. Son approche commence avec un questionnaire destiné aux assistantes maternelles de MAM. Les questions sont très accessibles : avez-vous déjà entendu parler des TMS ? Aviez-vous des douleurs avant le métier ? Depuis ? Connaissez-vous l’INRS, l’ANACT ? Savez-vous combien coûte un arrêt de travail TMS dans votre MAM ? Il rappelle : « Un TMS, ça coûte en moyenne 21 000 euros à l’entreprise… tout secteur confondu. Moi, je propose de calculer un coût personnalisé du TMS dans la maison d’assistante maternelle. »
Un « rapport d’information » personnalisé
À la suite du questionnaire, un premier rendez-vous est proposé. Il se déroule en deux temps : une demi-heure de présentation, puis un échange pour comprendre la réalité de la MAM. L’idée est de capter les pratiques très concrètes qui changent tout : sorties, escaliers, matériel, âge des enfants, poussette ou portage… Si la MAM souhaite aller plus loin, il propose alors un rapport décliné par assistante maternelle, avec des éléments qui la concernent directement.
Il insiste : il ne s’agit pas d’un diagnostic de préventeur (professionnel de la prévention des risques), mais d’un document de préparation, qui permet déjà de se situer. « J’établis ce qu’on appelle une première cartographie des risques. Je peux déjà leur dire : là, il y a peut-être un risque. » Le rapport inclut aussi le coût spécifique des TMS sur les deux dernières années, en tenant compte des « coûts cachés » propres aux MAM. Les arrêts de travail liés aux TMS entraînent une série de répercussions concrètes pour les MAM : pertes financières, réorganisation de l’accueil des enfants et augmentation de la charge de travail pour les autres collègues. Le rapport aborde également la communication avec les parents. Il donne des conseils pour expliquer la démarche de prévention aux familles afin d’éviter qu’elle ne génère du stress supplémentaire.
Le rôle des ergonomes et du psychologue du travail
Quand une MAM décide d’engager une vraie démarche de prévention, Marc-Antoine Gbarssin organise une reprise de contact puis coordonne l’intervention de professionnels : ergonomes et psychologues du travail. Pourquoi ces deux métiers ? Les ergonomes observent l’activité et « analysent les facteurs biomécaniques, environnementaux, etc ». Le psychologue du travail intervient pour traiter spécifiquement les risques psychosociaux : stress, conflits d’équipe, tensions avec les parents… Ceux-ci jouent un rôle direct dans les TMS, insiste l’expert-comptable.« Les risques psychosociaux créent un stress qui augmente les impacts des facteurs de risque biomécaniques. Ils sont déterminants dans l’apparition des TMS. ».
Un suivi dans la durée
La démarche s’inscrit dans la durée, mais toutes les phases ne se confondent pas. Une observation complète de l’activité est réalisée au démarrage par des ergonomes (et, le cas échéant, un psychologue du travail), afin d’analyser les gestes, l’organisation et les facteurs de risque. Cette phase d’observation n’a pas vocation à être répétée fréquemment : « Je préconise de faire une observation tous les minimum cinq ans », précise Marc-Antoine Gbarssin. En revanche, le suivi de la démarche est régulier. De son côté, il assure un pilotage dans le temps, avec des rendez-vous deux fois par an, pour faire le point sur l’évolution des pratiques, ajuster les actions engagées. La médiation ou l’accompagnement par le psychologue du travail peut être mis en place si besoin, à un rythme d’environ une fois par trimestre.
Des effets réels, mais pas de solution miracle
Dans la MAM de son épouse, c’est sur la partie psychosociale que les effets sont les plus nets. Il évoque par ailleurs une limite de sa démarche : la prévention n’efface pas les antécédents médicaux, ni les facteurs personnels. « Le fait de mettre en place de la prévention ne suppose pas qu’il n’y aura plus d’arrêt… on reste dépendant du passif des personnes et des facteurs personnels. », prévient-il. Il le dit sans détour : aujourd’hui, son dispositif est encore difficile à déployer intégralement. Les principaux freins sont financiers* et liés au manque de temps : les équipes ont le sentiment de ne pas pouvoir assumer cette démarche en plus de leur charge quotidienne.
Marc-Antoine Gbarssin ne présente pas sa démarche comme une solution miracle, ni comme un modèle à déployer à grande échelle. Son objectif n’est pas de devenir « le monsieur TMS », ni d’« industrialiser le dispositif », mais bien que la prévention devienne une pratique partagée. « J’aimerais que tout le monde fasse de la prévention des TMS », confie-t-il. Il précise que son mémoire de fin d’études sur le sujet, a été primé en 2024 parmi les meilleurs mémoires de l’année. Une reconnaissance qui confirme néanmoins la cohérence de la méthode même si elle reste « perfectible ».
* Le rapport d’information est facturé 250 euros par professionnelle. La suite de l’accompagnement (interventions d’ergonomes, psychologue du travail, médiation et suivi dans le temps) fait l’objet d’un coût distinct, variable selon les actions retenues et la durée de la démarche.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 23 janvier 2026
MIS À JOUR LE 27 janvier 2026
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Les causes des tms et rachialgies dans la petite enfance sont connues et documentées. Pour les combattre, il faut mettre en place des formations de prévention pratique sur site avec l’ensemble de l’équipe. Des formations (théorie + pratique) de qualité basées sur la balance rachidienne, le polygone d’appui, la technique du balancier et le verrouillage lombaire. http://www.dosetpetitenfance.fr