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Quels véritables moyens pour la VAE ?

Depuis quelques années, la VAE en petite enfance a le vent en poupe et semble faire consensus. Si le ministère et la CNAF la soutiennent, les gestionnaires ont compris son intérêt et les professionnels y croient, se lancent, tout en restant vigilants sur la qualité des diplômes. Mais de nombreuses questions restent en suspens : quels moyens, quel accompagnement, quelles exigences avoir pour la VAE ? Et notamment la VAE du TP-IEPE qui concentre à la fois critiques et espoirs…  

Afin d’aborder ces questions, la Rentrée de la petite enfance nous a permis de réunir pour une conversation : Audric Anselmi, directeur général de Rigolo Comme La Vie, Matthieu Menguy, éducateur de jeunes enfants, gestionnaire de microcrèches et administrateur de la FNEJE, Isabelle Rodriguez, directrice générale de l’association Pitchoun et Guillaume Roussier, responsable du bureau familles et parentalité de la DGCS. 

Pour dresser un état des lieux de la VAE en petite enfance, Guillaume Roussier, a dévoilé quelques chiffres concrets. En 2024, il y a eu 3148 candidats reçus au  diplo^me d’Etat d’auxiliaire de puériculture(DEAP) avec un taux de réussite de 91%, et 1800 candidats reçus au diplôme d’Etat d’éducateur de jeunes enfants (DEJE) avec un taux de réussite de 93%. On note des niveaux de réussite assez forts par la voie de la formation initiale. En revanche, par la VAE, les chiffres sont plus alarmants. En 2024 toujours, on a comptabilité 884 diplômés AP par la VAE soit 35% de réussite. Et  803 diplômés EJE par la VAE soit 46% de réussite. « Ce sont des chiffres qui interpellent, relève Guillaume Roussier. Alors même qu’il y a en poste un vivier de personnes susceptibles d’acquérir des qualifications supérieures par la voie de la VAE, on voit bien qu’en volume, les niveaux ne sont pas équivalents, que les niveaux d’échecs sont assez élevés, alors qu’on pourrait espérer des chiffres supérieurs ». 

Expériences positives autour de la VAE 

Pour illustrer ce constat, les intervenants présents ont partagé leurs expériences positives autour de la VAE. Isabelle Rodriguez, aujourhdui directrice générale de l’association Pitchoun a eu un parcours intéressant. Après un CAP petite enfance préparé par correspondance, elle obtient son diplôme d’AP par la formation initiale. Forte de 14 années d’expérience, elle obtient sa VAE d’EJE puis un master en situation d’emploi. « Par mon parcours personnel, je suis assez sensible aux parcours de VAE, explique-t-elle. C’est pour cela qu’en plus de ma casquette de directrice, j’accompagne aussi des candidats ».

Pendant son parcours de VAE de 2010 à 2013, elle a été accompagnée par une fédération locale de l’ACEPP. Un accompagnement de 24 h avec des bonus d’accompagnement pour l’oral. « J’avais beau avoir 14 ans d’expérience, être diplômée AP, c’était quand même fragile », a-t-elle témoigné. Il faut se regarder faire, prendre du recul et être en mesure de se réajuster, de se remettre en question et surtout le mettre en mot. Je me questionne donc sur le fait qu’il n’y ait plus besoin de pré-requis d’expérience avant de pouvoir se lancer en VAE ». 

A Rigolo comme la Vie, on a la culuture de la VAE , c’est pourquoi le groupe accompagne ses collaborateurs en parcours de VAE de manière très soutenue. « Pour nous, la VAE n’est pas simplement un dispositif RH en réponse a un besoin structurel de diplômés. La qualité d’accueil passe par la reconnaissance de ceux et celles qui la font vivre », a assuré Audric Anselmi, directeur général. Le gestionnaire propose à ses collaborateurs de passer d’une démarche de VAE individuelle à une démarche collective, en y intégrant l’ensemble de l’entreprise. Par des « talent review » tous les ans, qui permettent d’accompagner le salarié dans son parcours professionnel, dès le parcours de recrutement avec les RH. D’autre part en donnant aux salariés la possibilité de se dégager du temps malgré la pénurie de professionnels. Une équipe de pros dédiée – « Colibri » – peut pallier ce type d’absences car la formation est une priorité. « Cela demande aussi au manager d’être pleinement intégré dans cette démarche de VAE », précise Audric Anselmi.

En plus de l’accompagnement individuel par un organisme qu’il finance, le gestionnaire propose également des réunions collectives mensuelles rassemblant ses salariés en parcours de VAE, de manière globale puis par spécialité, afin de leur permettre d’avoir des temps d’échange, des réponses à leurs questions et d’éviter l’isolement. « On travaille beaucoup sur l’importance des mots et la présentation devant le jury, tout particulièrement avec les profils AP qui n’ont, par leurs acquis d’expérience, pas toujours le vocabulaire adapté », précise-t-il. 

Des moyens divers à mettre en œuvre 

La dimension collective du groupe permet également à Rigolo comme la Vie d’accompagner les professionnels en cours de VAE dans d’autres établissements, afin qu’ils puissent sortir de leur crèche et découvrir d’autres exemples de projets d’accueil (inclusion, plein air, intergénérationnel) menés ailleurs. « Cela demande du temps, de l’organisation, des ressources mais on le fait avant tout pour le développement et la fidélité de nos professionnels », admet Audric Anselmi.   

Pour Guillaume Roussier, l’expérience de ce gestionnaire le prouve, les moyens à mettre en œuvre pour soutenir la VAE sont de nature extrêmement composite et doivent être ajustés ensemble pour que cela fonctionne : des moyens RH, de remplacement, de tutorat, d’accompagnement managérial, et d’accompagnement financier puisque tout cela a un coût pour la structure… « Et la qualité de la filière, la structure des diplômes, fait également partie de ces moyens, afin qu’elle permette de faire évoluer les personnes », précise-t-il. 

Quelle expérience et accompagnement exiger ?

Matthieu Menguy, s’inquiète du taux d’échec à la VAE d’EJE. Il estime que le taux d’échec est plus important qu’avant car il n’y a pas assez d’exigences pour entamer un parcours. Que pour pouvoir viser un parcours d’EJE, il faut déjà avoir une certaine expérience en petite enfance, une capacité à revenir sur les compétences développées au fil des années. Cela nécessite une réflexion qui prend du temps. « Avant on exigeait de justifier 3 ans d’expérience, puis un an et maintenant plus rien, regrette-t-il. France VAE ne demande plus de justificatif. Certaines OPCO seulement le font. Je crains, qu’ainsi on fasse miroiter à des professionnels qu’ils peuvent facilement valider une VAE avec une expérience limitée en petite enfance ; alors que ce n’est pas comme ça que ça se passe, on le voit bien avec ces taux de réussite ». 

Audric Anselmi insiste sur la nécessité d’être capable de dire à un salarié qu’il n’est pas encore prêt et n’a pas encore assez d’expérience. « Sans vouloir démotiver les professionnels, il est parfois urgent de prendre son temps ! ». Chez Rigolo comme la vie, en 2025, 100% des professionnels engagés dans la démarche ont obtenu leur VAE AP. En revanche coté EJE, il observe que moins de professionnels passent par l’entreprise pour leur VAE. 6 collaborateurs se sont engagés dans le parcours avec leur gestionnaire, seuls 3 ont obtenu leur VAE et 3 autres l’ont suivi ailleurs et ont échoué. « Pour moi cela prouve l’importance de l’accompagnement, et de ne pas aller trop vite. Chez nous la VAE se fait après 4 à 6 ans d’ancienneté en fonction des différents profils. Sur un parcours de 11 mois en moyenne ». 

« Nous ne faisons pas n’importe quels métiers » 

L’accompagnement est-il pour autant essentiel ? Pour Isabelle Rodriguez, c’est au cas par cas en fonction de l’expérience et de la posture de chaque professionnel. Mais, elle en est convaincue, l’accompagnement n’est pas uniquement un soutien pendant le parcours de VAE. « Il débute dès les missions RH, en étant attentif aux envies, ambitions et besoins de chaque professionnel. L’essentiel est de créer une relation de confiance. ». « Quand je te lis je veux te voir travailler », lui avait dit son accompagnatrice au franc-parler. 

De nombreux EJE font de l’accompagnement à la VAE. Mais attention, les architectes accompagnateurs de parcours n’ont aucune obligation d’avoir expertise métier, signale Matthieu Menguy. « Dans le système favorisé par France VAE, des méthodologues sont formés pour accompagner n’importe quelle VAE de n’importe quel métier. Mais en petite enfance, nous ne faisons pas n’importe quels métiers ! A la FNEJE on prône davantage des accompagnateurs avec une expertise métier afin qu’ils puissent tant sur le fond que sur la forme, accompagner la personne dans sa réflexion ». 

VAE et pénurie, quel impact ?

 « A un moment, on nous a presque voulu nous faire croire que croire que la VAE allait être la solution, mais ce n’est pas vrai », s’insurge Matthieu Menguy.  Car il manquera toujours des professionnels si on ne renouvelle pas ceux qui évoluent. Il assure que la VAE est doit rester complémentaire à la formation. 

« La VAE n’est pas auto-génératrice de professionnels c’est certain ! », confirme Guillaume Roussier. La pénurie ne se résorbera donc pas par la voie de la VAE à l’échelle d’un territoire ou d’un établissement… « Mais en tant que politique publique, et à l’échelle de la filière dans son ensemble, je tiens à souligner la puissance assez forte de ce dispositif qui constitue l’une des conditions sine qua non d’attractivité de la filière », a-t-il insisté. Car la VAE vient reconnaitre les compétences réelles de personnes qui autrement, seraient bloquées sur des niveaux de responsabilité et de salaires inférieurs. 

Le titre IEPE démarre fort 

Concernant le déploiement du titre IEPE, on avait déjà recensé au 11 septembre dernier, 298 centres agréés, 659 candidats ayant déposé un dossier, dont 597 dossiers recevables. 102 membres de jury se sont fait connaître et ont été habilités à cette date et 34 sessions programmées. Seule une s’est déjà tenue, c’était en juillet. Guillaume Roussier évoque une formation très accessible, qui peut se passer en cours d’année ou de carrière de façon très modulaire. Mais même à l’issue d’un parcours de VAE, l’évaluation du geste professionnel se passe dans les mêmes conditions que pour un candidat issu de la formation initiale. « Cela permet d’asseoir un certain niveau d’exigence », note-t-il. Sur les 659 candidats qui ont déposé un dossier pour le titre IEPE, environ 65% des candidatures sont accompagnées. En revanche, très peu le sont à titre collectif (seulement 8). « C’est un sujet de préoccupation, car l’accompagnement, et d’autant plus à titre collectif est une garantie de succès », affirme Guillaume Roussier.  

Rigolo comme la vie ne prévoit pas encore d’accompagnement au titre IEPE pour lequel il n’a pas encore beaucoup de demandes. Le gestionnaire estime important de bien s’y préparer pour propose un dispositif d’accompagnement suffisamment robuste. 

La FNEJE n’en démord pas, ce nouveau titre a été créé trop rapidement. « A la manière dont la manière a été créée ce titre, on a eu l’impression que c’était une rustine plutôt qu’une véritable marche ! », dénonce Matthieu Menguy. Il elle estime que le référentiel qui en découle a certains manques qui empêchent d’avoir de véritables professionnels de catégorie 1. Un référentiel qu’Isabelle Rodriguez trouve également un peu léger… « J’entends qu’il y a eu une certaine pression pour sortir très vite ce nouveau titre, pour répondre à un manque. Seulement c’est nous, sur le terrain, qui allons devoir accompagner ses salariés là ! ». Elle, ne se sent pas encore suffisamment à l’aise avec ce référentiel pour accompagner des candidats.

Enfin sur la question des jurys de VAE, les intervenants ont souligné divers freins comme les retards d’indemnisation et la difficulté dans un secteur en tension, à pouvoir s’absenter. A trouver du personnel pour remplacer les professionnels qui s’absentent pour une session de jury. « C’est la réalité du terrain, la priorité reste la qualité d’accueil au sein des établissements », rappelle Audric Anselmi. 

La Rentrée de la petite enfance : les partenaires

Merci à notre partenaire premium l’UNSA ProAssmat et à tous nos autres partenaires : CNAF, Accent Petite Enfance, ACEPP, ADMR, CGT, Enfance et Musique, Fepem, FFEC, Label Vie, Mutualité Française, SNPPE, Ufnafaam.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 24 septembre 2026

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