Référentiel national de la qualité d’accueil ou comment déplacer le problème …
Par Arnaud Deroo
Consultant en éducation, thérapeute et psychanalyste, auteur
Notre gouvernement est très fort pour déplacer les problèmes et surtout les solutions face aux problèmes. On amène ceux qui se plaignent, sur d’autres pistes ainsi le problème n’est toujours pas résolu… On laisse trainer et ça marche puisque même des professionnels de renom tombent dans le piège, dans l’arnaque et participent à ce fameux écrit ! Voyez-vous ou je veux en venir ? À fameux référentiel accueil petite enfance.
Je viens de le relire avec des professionnels et je reste, nous sommes restés, quelque peu interrogatifs, voire inquiets.
Bien sûr, globalement, et je dis bien globalement, on peut trouver ce document intéressant. Et c’est bien là le problème !
Car, quand vous affinez votre lecture, vous êtes moins positif : il y a même des chapitres sur les émotions, la pudeur qui interrogent vraiment voir qui peuvent être dangereux et on ne trouve aucun chapitre sur le corps, le mouvement.
De plus, je ne suis même pas sûr que cet écrit va permettre à des structures en difficulté de réfléchir à leurs pratiques, de se remettre en question. Cela va peut-être même renforcer des croyances, des impuissances, voire des agacements. Et dans certains lieux, il est déjà rangé.
Cet écrit va donner lieu, à ce que je comprends, à un document d’évaluation pour dire si la structure est bonne ou pas !
Qui va faire cette évaluation… La PMI ? Alors que déjà cette institution râle parce que l’auxiliaire de puériculture utilise le jeu des bulles alors qu’il est écrit dessus « interdit pour les moins de trois ans » ou sur l’assistante maternelle parce que la barrière est au niveau de la troisième marche…
Rappelons-nous que ce référentiel a été préparé et conçu suite aux scènes de violences en crèches documentées dans le rapport de l’IGAS notamment. Les professionnels de la petite enfance crient haut et fort depuis plusieurs années ce qu’il faut faire pour éviter de telles situations, mais on préfère leur proposer un référentiel.
Que faut-il faire ?
– Revoir les normes d’encadrement : comment peut-on laisser un accueillant pour 5 Bébés voir 6…
– Revoir les espaces proposés aux enfants : je suis toujours surpris quand je vois l’agrément PMI accordé à des microcrèches pour 14 enfants de 3 mois à 3 ans.
– Reconnaître ces métiers comme des métiers à risque : certaines structures offrent 10 jours de congés supplémentaires.
– Revoir l’organisation des temps de réunions : il faut les organiser durant les horaires de travail et non le soir ou sur l’heure du midi, car il faut des temps pour penser avant de panser les enfants. Cela doit être inscrit dans la réglementation. Certaines structures sont fermées une fois par trimestre un après-midi pour les réunions et les analyses de la pratique.
– Revoir la qualification des accueillants : ce n’est pas en créant une sous-formation que l’on va revaloriser le travail, attirer des jeunes dans ces métiers. Moi, je trouve qu’un master 2 devrait être le minium… et c’est loin d’être le cas puisque j’ai appris que même la formation initiale d’EJE va être revue à la baisse.
– Créer une vraie politique petite enfance, une vraie reconnaissance de la convention internationale des droits de l’enfant.
– Développer les temps d’analyse de pratique (6 heures, ce n’est pas assez)
– Enrichir la formation continue
– Des salaires plus attrayants
– En finir avec la PSU qui a fragilisé le lien
– Et surtout stopper la multiplication des protocoles !
Dans ce référentiel rien n’est écrit sur le sens du travail. Sur ce que l’on veut que ces enfants deviennent, car s’il faut évaluer, encore faut-il être d’accord sur le type de citoyens que nous voulons offrir à la société de demain : des adultes responsables critiques, autonomes, en confiance ou des adultes qui se soumettent, qui vivent dans la peur…
Alors que le gouvernement déclare ce qu’il veut que nos enfants deviennent et que les beaux mots suivent les actes.
Est-ce une question d’évaluation ou simplement des moyens à mettre en place ?
On sait maintenant ce qui construit la joie, la confiance en l’homme, il suffit de maintenant d’y mettre les moyens.
On sait actuellement que les ressources de compassion, de confiance, de courage, de créativité s’abiment chez les enfants au bout de trois ans en fonction du cadre que nous lui proposons, la posture que nous leur offrons. Donc transformons tout cela.
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Continuez, professionnels de la petite enfance à vous rebeller… Il en va de votre santé et de celles des enfants.
Arnaud Deroo
PUBLIÉ LE 26 janvier 2026
Une réponse à “Référentiel national de la qualité d’accueil ou comment déplacer le problème …”
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La critique est facile, l’art est difficile.
Ce Référentiel a le mérite d’exister. Il fournit les indispensables points de répère. Les auteurs (dont je ne suis pas) en ont senti les imperfections : chaque chapitre contient un appel à commentaire. Il va évoluer, s’enrichir. Ces enrichissements viendront du terrain, ce formidable berceau de nos pratiques.
J’en ai fait le support d’auto évaluation dans notre réseau : une obligation qui doit être décrite dans le projet d’établissement. Les équipes en font une lecture active et collective, paragraphe après paragraphe, découvrent, s’interrogent sur leurs pratiques et les comparent aux recommandations/prescriptions données dans le Référentiel. Elles identifient leurs axes de progrès.
Elles le font chaque semaine, pendant leurs heures de travail, au seul moment propice : le temps de sieste. Ce sera le projet de l’année 2026 : s’interroger sur ses pratiques, les améliorer et les rendre le plus conformes possibles aux recommandations décrites dans le Référentiel.
Ce Référentiel a le mérite d’exister, notre PMI y fait déjà référence, sans vraiment le maîtriser, d’ailleurs. Il faudra du temps à la profession pour le digérer, tout comme il faudra du temps aux centres de formation pour l’inclure dans leurs programmes.
Mettons le en application, enrichissons le et cessons de le démolir avant qu’il n’ait existé.