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Candice Satara

Réingénierie du diplôme d’infirmière-puéricultrice : un entretien avec Emilie Chollet, présidente du CEEPAME

Le ministère de la Santé vient d’officialiser le lancement de la réingénierie de la profession d’infirmière-puéricultrice, un chantier attendu de longue date par le secteur. Émilie Chollet, présidente du CEEPAME (Comité d’entente des écoles préparant aux métiers de l’Enfance) revient sur les enjeux de cette réforme et les attentes de la profession.

Les Pros de la petite enfance : Pourquoi cette réingénierie de la formation d’infirmière puéricultrice est-elle si urgente ?

Emilie Chollet : Le diplôme date de 1983. Depuis, il n’y a jamais eu de réingénierie officielle du contenu de la formation d’infirmière-puéricultrice. Les instituts préparant à ce métier ont, au fil des années, dû adapter les enseignements en fonction des évolutions de la médecine, des pathologies et de la société, avec validation des ARS. De nombreux contenus nouveaux ont dû être intégrés : l’inclusion des enfants en situation de handicap, l’évolution de la protection de l’enfance, la création du référent santé-accueil inclusif (RSAI). D’autres sont obsolètes : certaines pathologies préconisées en clinique n’existent plus aujourd’hui. Cela fait plus de vingt ans que la profession demande une réforme. Le passage de la formation d’infirmière au grade licence en 2009 a renforcé ce constat. La loi infirmière de juin 2025 constitue un autre point important. Elle reconnaît officiellement la spécialité de puéricultrice et introduit la pratique avancée pour certaines spécialités, dont les puéricultrices. Or, aujourd’hui, la formation de puéricultrice n’apporte pas les compétences nécessaires à la pratique avancée, notamment certaines compétences médicales, par délégation.
Cette demande de réingénierie est largement partagée. Les cinq organisations représentatives de la profession sont alignées et portent une vision commune du métier de puéricultrice de demain. Dans ce cadre, l’ANPDE a récemment publié une proposition de décret, qui constitue une traduction juridique du manifeste de la profession et de la loi infirmière. Ce texte pose les bases de ce que la profession souhaite pour l’avenir.

Concrètement, quels changements attendez-vous ?

Nous attendons une formation en deux ans, (NDLR : actuellement la spécialisation est d’un an après les études d’infirmière) centrée sur l’enfant, et positionnée au niveau master, comme cela a été fait pour les infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État (IBODE) ou les infirmiers anesthésistes diplômés d’État (IADE).
Il est important de distinguer les infirmiers en pratique avancée (IPA) de la pratique avancée elle-même. Actuellement, un seul modèle d’IPA existe : une année commune, puis une année de spécialisation (urgences, psychiatrie…), sans approche populationnelle. Nous ne souhaitons pas un modèle d’IPA pédiatrique tel qu’il existe aujourd’hui, car il est très médico-centré. Le métier de puéricultrice a des spécificités et demain, la profession devra intégrer la pratique avancée. Les deux années de formation devront donc intégrer ces compétences de pratique avancée, ainsi que tout ce qui relève du rôle spécifique de la puéricultrice – qui n’est pas de la compétence médicale – et être entièrement centrées sur l’enfant. Un enfant ne peut pas être considéré comme un petit adulte : il nécessite des apports de connaissances spécifiques et approfondis.

Comment les champs d’intervention actuels des puéricultrices pourraient-ils évoluer ?

Les puéricultrices exercent déjà en PMI, en protection de l’enfance, à l’hôpital ou dans les structures d’accueil du jeune enfant. Avec des compétences en pratique avancée, leurs missions pourraient évoluer. Elles pourront assurer le suivi d’enfants sans pathologies ou présentant des pathologies chroniques stabilisées, intervenir davantage en exercice coordonné, notamment en maisons de santé ou en communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), et renforcer leur rôle clinique à l’hôpital, en particulier en néonatologie. Cela permettra de libérer du temps médical, afin que les médecins puissent se concentrer sur les situations les plus complexes. En protection de l’enfance, aujourd’hui, dans les textes, les rapports transmis au juge pour enfants n’imposent un regard clinique approfondi que jusqu’aux deux ans de l’enfant. Demain, en positionnant des puéricultrices disposant de compétences en pratique avancée en protection de l’enfance, il sera possible d’apporter un regard clinique pointu et global. La puéricultrice porte une approche holistique.

Et dans les crèches ?

Il y a une pénurie de médecins dans les crèches : c’est une réalité, ces compétences supplémentaires permettraient d’aller plus loin dans le suivi de la santé des enfants. Les puéricultrices pourraient rédiger des protocoles, faire des ordonnances, signer certains projets d’accueil individualisés (PAI) et accompagner les équipes avec un regard clinique renforcé. Concernant leur rôle de référente santé et accueil inclusif (RSAI), il pourra aussi évoluer avec des compétences médicales élargies. Dans tous les cas, il ne s’agit pas de remplacer les médecins, mais de permettre une meilleure organisation des soins et un accès facilité au suivi de santé des jeunes enfants.

Quelles sont les prochaines étapes après ce lancement officiel ?

Nous attendons désormais que la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) mette en place, très rapidement, des groupes de travail nationaux. Le temps est compté : les élections présidentielles approchent, et un changement de ministre pourrait encore retarder la réforme. Un premier rendez-vous a eu lieu en juin, au cours duquel il a été annoncé que les travaux démarreraient en septembre. Nous sommes en février et venons seulement de recevoir la lettre officielle. Il faut aller vite, car une première promotion de puéricultrices formées en deux ans avait été annoncée lors des Assises de la pédiatrie 2024 pour la rentrée de septembre 2027. Cet objectif apparaît difficilement atteignable.
Il faudra également engager des négociations et construire des partenariats avec les universités, puisque des conventions tripartites devront être signées entre les instituts de formation, les universités et les régions.
Aujourd’hui, le financement des instituts de formation relève des régions. Or, nous passons d’une formation d’un an à une formation de deux ans. Se pose donc la question du financement et de l’engagement des régions, d’autant que certaines ne financent pas du tout. Si la formation est rattachée à l’université, comme le souhaite la profession, cela impliquera nécessairement des négociations financières avec les régions et les universités, ainsi qu’un accord de ces dernières pour accueillir les formations. Se pose aussi la question de la capacité des universités à accueillir ces formations. La position du CEEPAME est claire : il est essentiel de conserver les instituts de formation existants. Ils ont un rôle central pour les apports de connaissances liés au rôle propre de la puéricultrice.

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Propos recueillis par Candice Satara

PUBLIÉ LE 21 février 2026

MIS À JOUR LE 23 février 2026

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