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Rencontre avec Xavier Madelaine, co-président du groupe petite enfance de l’AMF  : « SPPE : les élus ont le devoir d’agir »

Co-président du Groupe Petite enfance de l’Association des Maires de France (AMF), Xavier Madelaine, maire de la petite commune d’Amfreville dans le Calvados, n’est pas toujours à l’aise avec les prises de position officielles de l’AMF présidée par le maire de Cannes, David Lisnard, dont on connaît les ambitions présidentielles. Et avoue aussi quelques nuances, voire divergences de points de vue, avec Clotilde Robin, sa co-présidente au groupe petite enfance. Il s’en explique ici.

 

Un binôme – ville /campagne – qui ne joue pas son rôle

Rats des champs contre rats des villes… la Fable de La Fontaine se rejoue-t-elle à l’AMF ? Peut-être mais pas seulement ! Certes, Xavier Madelaine est maire d’une commune de 1400 habitants et Clotilde Robin adjointe au maire d’une ville de 35 000 habitants , Roanne … mais c’est tout l’intérêt d’un binôme. L’un représente le monde rural, l’autre le milieu urbain. Et cela a toujours été ainsi au Groupe Petite enfance de l’AMF. Pourtant de temps en temps, Xavier Madelaine peine à faire entendre sa voix. « Ce que je ressens explique-t-il, c’est que ce groupe de travail n’a pas toujours une vision des attentes et des besoins du monde rural. Or en principe c’est ce que doit permettre un binôme ville /campagne. Ce que je constate donc, c’est que dans ce groupe de travail, les approches ne respectent pas toujours la diversité des territoires. » Le Groupe Petite enfance de l’AMF réunit environ 90 élus dont une cinquantaine très actifs. « Avec un gros noyau d’élus de Paris, d’Ile de France et des grandes villes. » souligne le maire d’Amfreville.

Pour le co -président , il faut que les choses changent : « des évolutions sont nécessaires », insiste-t-il. Il précise : « je ne suis pas toujours en phase avec les  prises de positions  données par ma co-présidente. Nous devrions parler d’une même voix. ».  Et de citer pour exemple les amendements portés par les sénateurs au nom de l’AMF au projet de loi pour le plein emploi et notamment son article 10 sur la gouvernance du futur service public de la petite enfance. Avec cette petite réflexion douce-amère  : « nous devions Clotilde Robin et moi être auditionnés tous les deux et finalement cela n’a pas été le cas… ». Et évidemment  ce regret n’est pas une affaire de personne mais bien de représentation de diversités. Avec un sous-entendu : dans un binôme, l’un n’est pas plus important que l’autre. En revanche l’un et l’autre doivent se parler, se concerter, discuter… ce qui est actuellement trop rare selon Xavier  Madelaine.

Trop de politique politicienne, la petite enfance mérite mieux !

Mais ce malaise ou en tout cas cette insatisfaction ne peut se résumer à une opposition milieu rural / milieu urbain. Pour Xavier Madelaine « la position de l’AMF est souvent trop politique et trop brutale ». Lui se revendique  apolitique et  résolument positif. «  Nous avons des rapports très constructifs avec le ministère. Je ne m’inscris donc pas dans cette position très politique du contre par principe. Être systématiquement en opposition avec les choix du gouvernement est une posture de principe qui n’avance à rien ». Il tempère : «  Bien sûr on ne peut pas dire que tout est bon. Mais pas non plus affirmer que rien n’est bon ». Xavier Madelaine n’est pas normand pour rien ! Et le maire d’Amfreville enfonce le clou : « Il faut tenir compte des élus et des familles, et on se trompe si on fait trop de politique politicienne. ». Voilà c’est dit . Et d’ailleurs il en a parlé au staff de l’AMF. Il veut d’autres méthodes de travail.  « Il faut que le mode de fonctionnement change pour pouvoir aller de l’avant. ». Il sait que c’est possible, lui qui a constitué un groupe petite enfance au sein de son département. Et s’il veut aller de l’avant, c’est pour la bonne cause. S’il compte « monter au créneau » à la rentrée pour faire entendre la voix des élus, de tous les élus et faire en  sorte que l’AMF soit porteuse de propositions et pas seulement de critiques c’est aussi parce qu’il pense que la petite enfance le mérite.

 Le SPPE , une chance pour les communes

Car il en persuadé, pour mettre en œuvre le SPPE, « les élus ont le devoir d’agir ». Ne serait-ce que par respect pour leurs administrés ! «  Dans ce Service public de la petite enfance, affirme-t-il,  il y a des choses très intéressantes  et on ne peut pas passer à côté. Il faut que nous, les élus, soyons acteurs. ». Et, à contre-courant de la position de l’AMF reprise notamment par le Sénat, il affirme : « évidemment qu’il faut une stratégie nationale d’accueil du jeune enfant établie par le gouvernement ».  Mais dit aussi qu’il regrette cette demande de l’AMF de retarder la mise en œuvre du service public, lui qui il y a un an  au Congrès des maires de France, avait publiquement souhaité que « ça aille vite. En tout cas avant les élections municipales de 2026 ». Et  aujourd’hui encore il réaffirme  haut et fort : « il faut garder le cap  et tenir l’échéancier 2025/2026. C’est la volonté de la plupart des élus. Il n’est pas possible d’attendre la fin de cette mandature pour agir. ».

Xavier Madelaine enfin, est un défenseur convaincu de l’article 10 sur la gouvernance tel qu’initialement présenté dans le projet de loi. « Le Conseil départemental des services aux familles (CDSF) est un bon outil ; dommage que tout le monde n’ait pas compris son importance, certains même ignorent encore son existence ! Par ailleurs je crois aussi que les Relais Petite Enfance (RPE)  vont devenir des outils de référence sur le territoire pour peu qu’on leur en donne les  moyens. »

Xavier Madelaine est confiant et optimiste. Il pense que le SPPE constitue une véritable opportunité  pour les communes. A elles de s’en saisir pour le plus grand bien de leurs administrés et particulièrement des familles. Et c’est fort de cette conviction qu’il va batailler – avec ferveur et opiniâtreté – au sein de l’AMF pour faire entendre cette voix.

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 23 août 2023

MIS À JOUR LE 30 septembre 2024

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