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Sarah Messina, porte-parole du Collectif des assistants maternels en crèche familiale : « Le statut des assistantes maternelles doit être clarifié d’ici la fin de l’année »

Il y a un an, une dizaine d’assistantes maternelles en crèche familiale déterminées se constituaient en collectif – le Collectif National des Assistants Maternels en Crèche Familiale (CNAMCF) – pour mieux se faire entendre et mettre en lumière les difficultés de ce mode d’accueil, pourtant encensé par tous les spécialistes. Mais depuis une dizaine d’années, les crèches familiales sont en déclin et ferment les unes après les autres, sans qu’aucun ministre ne soit parvenu à redresser la barre. Bien que ce mode d’accueil soit reconnu pour son bel équilibre, associant les avantages de l’accueil collectif et de l’accueil individuel, il reste complexe et méconnu des pros, des parents et des collectivités. Sarah Messina, porte-parole du CNAMCF, fait le point sur les actions menées et les enjeux de cette nouvelle année. 


Les Pros de la Petite enfance : Le Collectif National des Assistants Maternels en Crèche Familiale a tout juste un an. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ? 

Sarah Messina : Nous sommes assez satisfaites de cette première année d’existence : nous avons réussi à faire entendre la voix des crèches familiales et nous nous sommes senties entendues. Il fallait taper du pied et jouer des coudes, avant les grandes annonces. Nous avons donc mené de nombreuses actions de communication sur les réseaux, par la diffusion de documents et vidéos, la participation de Véronique Luypaert au podcast Référence Petite Enfance, à une table ronde de la Rentrée de la Petite Enfance… Nous avons rencontré de nombreux élus et députés, écrit aux ministres, au président Macron ; nous sommes rapidement entrées en contact avec la DGCS, la CNAF, Comité de Filière ; et il me semble que le collectif a été pris au sérieux, nous étions notamment invitées aux annonces ministérielles au mois d’octobre. 

Nous sommes satisfaites des engagements qui ont été pris par la ministre Aurore Bergé mais nous restons sur la réserve et attendons la concrétisation de tout ce qui a été annoncé… il faut maintenant agir ! Je fais allusion au budget annoncé pour la COG, à la cartographie des crèches familiales qui doit être réalisée. Nous attendons également le lancement de la mission annoncée pour clarifier le statut des assistantes maternelles en crèche familiale, dans un délai d’un an, dans le cadre du plan d’urgence pour l’accueil individuel. Enfin, nous avons également eu une première réunion du groupe de travail mis en place par la DGCS le mois dernier, pour répondre à nos questions. Nous allons voir ce que cela va donner… 

Quelles actions allez-vous mener cette année ? 

En 2023, nous avons beaucoup travaillé sur la forme, 2024 sera plutôt un travail de fond ! Aujourd’hui, le Collectif représente près de 70 crèches familiales, quelques gestionnaires et même une PMI. Nous avons une véritable expertise et représentativité du terrain. Nous échangeons beaucoup, pour comprendre ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins. Nous sommes en train de préparer un état des lieux par thèmes, avec notamment un item rémunération, pour faire remonter de manière précise l’hétérogénéité des conditions de travail, selon les collectivités.  

La mise en place de ce groupe de travail par la DGCS, c’est une avancée intéressante ?

Oui, ce groupe de travail aurait dû être mis en place plus rapidement. L’été dernier nous avons adressé à la DGCS quelques pages de questions, nous les avons beaucoup relancés. La DGCS ne s’est jamais engagée à nous apporter des réponses très précises mais nous avons maintenant ce groupe de travail qui va nous permettre d’échanger avec les élus et les gestionnaires, de faire remonter un état des lieux pour qu’ils se rendent compte de la situation des assistantes maternelles en crèche familiale et voir ensemble comment faire évoluer leur statut.  

Nous avons besoin de clarifier plusieurs points : nous sommes censées avoir avoir un statut particulier qui dépend du code de l’action sociale et des familles. Mais ces textes ne sont pas clairs et comportent de nombreux vides juridiques, notamment pour les congés payés, les accidents du travail etc. Il faut donc pouvoir se référer à un statut dérogatoire, pour lequel on applique le statut de l’agent contractuel. Mais on n’en applique qu’une partie, pas le compte épargne-temps par exemple ! Alors dans les faits, les assistantes maternelles ont l’impression que les gestionnaires prennent ce qui les arrange chez le particulier employeur, et ce qui les arrange chez l’agent contractuel… 

C’était déjà votre revendication il y a un an : sur la question des statuts des assistantes maternelles en crèche familiale, rien n’a changé ?

Non, aujourd’hui nous n’avons rien. La DGCS nous a indiqué qu’à terme, nous devrions obtenir une FAQ avec des recommandations de bonnes pratiques. J’entends bien, que ces recommandations pourront être utilisée sur les questions floues. Mais lorsqu’un texte précis indique, par exemple, qu’une assistante maternelle doit être mensualisée, le texte existe, nous n’attendons pas de recommandations. J’aimerais que l’on nous dise précisément comment doit être mensualisée l’assistante maternelle de crèche familiale qui est à la disposition de son employeur 47 semaines dans l’année… Il y a des points très précis du code de l’action sociale et des familles qui donnent lieu à une application hétérogène : là-dessus nous n’attendons pas de recommandations ! 

Quelles sont vos attentes de la part de ce nouveau ministère ? 

La nouvelle ministre déléguée vient seulement d’être nommée, on va voir les consignes qui seront données, nous espérons surtout qu’il n’y aura pas de contre-ordres et que les travaux vont se poursuivre… Nous sommes assez optimistes. Mais s’ils veulent vraiment sauver notre mode d’accueil, il va falloir agir, le temps est compté ! Deux crèches familiales ont encore fermé ces dernières semaines, à Clermont-Ferrand et à Saint-Orens-de-Gammeville. 

D’un côté, il nous faut des assistantes maternelles, qui commencent à manquer dans les crèches familiales. Il faut donc que le statut des assistantes maternelles soit clarifié et amélioré d’ici la fin de l’année. Nous comptons aussi sur une revalorisation salariale pour rendre le métier plus attractif. Et de l’autre côté, il nous faut des employeurs : les crèches familiales ne peuvent exister que par le biais des collectivités. Nous attendons un soutien réel et adapté aux gestionnaires, avec notamment des aides financières. Nous espérons que la mise en place du SPPE permettra des financements dédiés pour aider les collectivités pour le maintien, le développement ou la création de crèches familiales. 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 20 février 2024

MIS À JOUR LE 13 juin 2024

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