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Soutenir le « pouvoir d’agir des parents » : les bonnes postures professionnelles, selon la chercheuse Mélanie Bremont
Dans sa thèse en santé publique, Mélanie Bremont s’intéresse aux conditions qui permettent aux dispositifs de soutien à la parentalité de renforcer le « pouvoir d’agir des parents ». Au cœur de ses travaux : le rôle déterminant de l’environnement… et celui, tout aussi essentiel, des professionnelles de la petite enfance. Accueil, écoute, positionnement : autant de leviers qui influencent directement la manière dont les parents se sentent capables d’agir.
Dans les lieux d’accueil de la petite enfance, tout commence souvent par un détail : une posture, un regard, une manière d’ouvrir la porte. Pour Mélanie Bremont, ingénieure de recherche en Santé Publique (APPIE-Village, Bordeaux Population Health Research Center (BPH), Inserm U1219), ces éléments du quotidien sont loin d’être anodins. Ils participent pleinement au développement du pouvoir d’agir des parents.
Sa thèse, intitulée « Étude des conditions dans lesquelles les dispositifs de soutien à la parentalité peuvent offrir un accompagnement écologique favorisant le pouvoir d’agir parental », s’attache précisément à comprendre ce qui, dans les pratiques professionnelles et les environnements proposés aux familles, permet de soutenir cette capacité à agir. Au fil de ses recherches, elle observe un décalage fréquent entre les intentions des professionnelles et le vécu des familles. « Les professionnelles pensent soutenir en donnant des conseils. Mais ce n’est pas forcément ce que les parents perçoivent comme du soutien », explique-t-elle.
Penser la parentalité comme un « écosystème »
Au cœur de ses recherches, une idée forte : on ne peut pas accompagner un parent sans prendre en compte l’ensemble de son environnement. « Un parent n’agit pas seul. Il évolue dans un écosystème composé de proches, de professionnels, de normes sociales », souligne la chercheuse. Famille, amis, professionnels de santé, modes d’accueil… tous ces acteurs constituent ce qu’elle appelle le « village » du parent. Un ensemble de ressources, mais aussi parfois de pressions ou d’injonctions.
C’est dans ce contexte que se construit le pouvoir d’agir parental, défini comme la capacité à « agir sur ce qui est important pour soi ». Un point central : ce qui compte n’est pas ce que les professionnelles jugent important, mais ce que le parent lui-même considère comme tel.
« Une mère peut être très entourée, mais si elle se sent contrainte par les attentes de son entourage, elle n’est pas dans son pouvoir d’agir », illustre Mélanie Bremont.
Créer les conditions d’un soutien réellement utile
Sur le terrain, plusieurs éléments favorisent ce pouvoir d’agir. D’abord, la continuité de l’accompagnement. « Il y a encore beaucoup de ruptures, notamment entre la grossesse et le post-partum », observe la chercheuse. Or, les six premiers mois après la naissance constituent une période particulièrement vulnérable pour les parents, « c’est souvent là que les besoins sont les plus importants, alors même que les dispositifs sont encore peu présents ».
Autre levier clé : le sentiment d’appartenance. Pouvoir échanger avec d’autres parents, partager ses expériences, se sentir compris… Pour Mélanie Bremont, la pair-aidance, ces partages d’expériences similaires, joue un rôle fondamental : « avant de chercher des conseils, beaucoup de parents ont surtout besoin de ne pas se sentir seuls. »
Dans ce contexte, les professionnelles ont un rôle spécifique à jouer : non pas transmettre des savoirs, mais faciliter ces rencontres. « Il y a une posture de passeur, qui consiste à créer des espaces où les parents peuvent échanger entre eux, sans être dans une logique descendante », précise-t-elle.
Accueillir sans juger : un levier déterminant
Mais c’est sans doute dans la relation individuelle que se joue l’essentiel. La posture des professionnelles apparaît comme un facteur central dans le développement du pouvoir d’agir parental. « La manière dont un parent est accueilli peut tout changer », insiste Mélanie Bremont. Un accueil froid, distant ou perçu comme jugeant peut fragiliser la confiance. À l’inverse, un accueil ouvert et respectueux renforce le sentiment de légitimité du parent.
Dans certains des dispositifs (notamment un LAEP, une crèche, un tiers-lieu, une maison des 1000 premiers jours…) étudiés par la chercheuse, les parents sont invités à circuler librement dans les espaces, à observer la vie de la structure. « Cela crée de la transparence et de la confiance. Les parents comprennent mieux le travail des professionnelles et se sentent davantage en sécurité », explique la chercheuse. Cette confiance constitue un préalable indispensable. « Sans relation de confiance, il est très difficile pour un parent de se sentir capable d’agir. »
Sortir du réflexe du conseil
L’un des principaux écueils identifiés par la chercheuse concerne la tendance à donner des conseils non sollicités. « On part souvent du principe qu’on sait ce dont le parent a besoin. Mais on ne lui pose pas la question », détaille-t-elle. Or, cette posture peut avoir l’effet inverse de celui recherché : « donner une réponse toute faite, c’est parfois enlever au parent une partie de son pouvoir d’agir. » À l’inverse, interroger le parent sur ses besoins, ses priorités, ses ressources permet de le replacer au centre. Cela suppose d’accepter de ne pas toujours être dans une position d’expertise. « Le professionnel n’est pas là pour dire ce qu’il faut faire, mais pour accompagner le parent à trouver ses propres réponses », insiste Mélanie Bremont.
Sur le terrain, certaines pratiques inspirent particulièrement la chercheuse. Elle évoque notamment des professionnelles qui adoptent une posture de « facilitateur » ou de « passeur ». Leur rôle n’est pas d’apporter des réponses, mais de créer les conditions pour que les parents puissent échanger entre eux. Une posture qui peut déstabiliser au départ. « Certaines professionnelles disent avoir eu l’impression de ne plus faire leur métier, de ne servir à rien », rapporte-t-elle. Avant de comprendre que leur rôle consiste justement à sécuriser le cadre, à permettre la rencontre, à instaurer un climat de confiance. Dans ces espaces, les parents trouvent du soutien, mais aussi une forme de reconnaissance. « Les retours ont été très forts. Certains disent ne pas savoir ce qu’ils seraient devenus sans ces lieux », ajoute la jeune femme.
Un enjeu de lien… et de simplicité
Dans un contexte où les parents sont confrontés à une multiplication d’informations et d’injonctions, la chercheuse invite à revenir à des choses plus simples. « Beaucoup de parents sont aujourd’hui déconnectés de leur intuition », observe-t-elle. Face à ce constat, le rôle des professionnelles ne consiste pas à ajouter des réponses, mais parfois à redonner confiance. À rassurer. À remettre du lien.
Plus largement, elle appelle à repenser les lieux d’accueil comme des espaces de rencontre et de solidarité, où professionnels et parents peuvent chacun trouver leur place. « Les professionnels font partie du village des parents, au même titre que les autres », conclut la chercheuse. Soutenir le pouvoir d’agir parental ne repose donc pas sur un outil ou une méthode unique. C’est un processus, qui se construit dans les interactions du quotidien, dans la manière d’accueillir, d’écouter, de faire une place.
Raphaëlle Orenbuch
PUBLIÉ LE 03 avril 2026