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Table ronde 3 : comment monter et financer des projets écoresponsables ?
Tout au long de cette journée, de belles initiatives conjuguant écologie et petite enfance ont été partagées. De quoi donner envie (on l’espère) à certaines ou certains de se lancer. Oui, mais comment engager toute son équipe autour d’un projet ? Le monter ? Le financer ? Quel accompagnement ? Pour répondre à toutes ces questions 5 invités : Didier Grosjean, Directeur de la Caf des Yvelines (78) ; Annick Bouquet, Maire-adjoint chargée de la Petite Enfance à la Ville de Versailles (78) ; David Turbot, Direction petite enfance Saint-Mandé (94) ; Isabelle Lambert, Responsable développement chez Label Vie et Frédérique Garciau, Responsable contrôle agrément de la PMI (92).
Monter un projet de développement durable et fédérer l’équipe autour
Si des initiatives de transition écologique peuvent naître au sein des structures de la volonté pure et simple des équipes, d’autres peuvent être impulsées par la ville. C’est le cas à Saint-Mandé, très active sur la question de façon générale, comme en témoigne David Turbot, qui cite les toits végétalisés, les lampadaires leds, la ressourcerie… Saint-Mandé « s’est engagée à 80% de bio dans les crèches et les écoles », développe les cours oasis dans les écoles primaires et souhaite végétaliser les extérieurs des lieux d’accueil du jeune enfant, mentionne-t-il encore. « Une forte orientation politique dans laquelle j’ai dû inscrire les crèches », laquelle a trouvé écho du côté des professionnelles de la petite enfance puisqu’elles aussi avaient et ont « une vraie volonté d’être dans la transition écologique », selon David Turbot. Quant aux crèches en DSP et celles dans lesquelles la ville réserve des berceaux, il précise que les contrats inclus « des clauses qui permettent de mobiliser chaque délégataire ou chaque groupe de crèche sur cette dynamique écologique, environnementale, parce qu’on estime que toute la population de Saint-Mandé doit pouvoir bénéficier de ce projet, de pouvoir proposer du bio… ».
A Versailles, où l’on trouve l’une des premières crèches labellisées Ecolo crèche de France, Annick Bouquet est très engagée sur la question. « Quand j’ai proposé le projet Ecolo crèche à mes directrices, je n’ai jamais rien imposé. Nous avons commencé avec une crèche. Les professionnelles ont partagé leur aventure et petit à petit, les autres se sont engagées dans la démarche », explique-t-elle.
Etre accompagné par la Pmi et la Caf
Les porteurs de projet ne sont pas seuls. Ils peuvent se tourner vers la Pmi et la Caf. « La Pmi incarne le contrôle mais pas seulement, commente Frédérique Garciau, nous avons une vraie volonté d’être dans l’accompagnement (…), de cheminer à vos côtés (…) Dans le montage de projet, la Pmi peut vous aider. Nous ne sommes pas là pour freiner, ralentir, au contraire, nous sommes souvent à essayer de faire des liens avec des projets que nous connaissons déjà, à essayer de vous mettre en relation avec des porteurs de projet qui ont eu un peu la même idée que vous, qui ont déjà un peu balisé donc nous sommes vraiment dans cette posture-là. C’est votre projet, pas celui de la Pmi donc on ne le validera pas et on ne l’invalidera pas non plus. » Quant à la Caf, outre l’accompagnement financier (abordé en 2e partie de la table ronde), elle propose un soutien en ingénierie. Didier Grosjean indique sur ce point : « Nous avons des collègues sur le terrain appelés Chargés de conseil et développement qui sont vos interlocuteurs (…) Au niveau des Yvelines, il y a une Chargée de conseil et développement qui a un rôle transversal sur cette thématique de transition écologique » pour accompagner les projets écoresponsables sur le territoire.
Le « package » Label Vie
« Le package Label Vie est très intéressant », affirme David Turbot, mentionnant le soutien de l’équipe Label Vie, les diagnostics et formations inclus. Versailles aussi a opté pour le package. Et Annick Bouquet de souligner à ce propos : « C’est un véritable accompagnement. Label Vie a une compétence et des connaissances que nous n’avons pas et nous offre la possibilité de partager notre expérience avec d’autres établissements ou d’autres villes. Il y a une véritable émulation les uns avec les autres ». Elle précise également : « A Versailles, nous avons deux référentes pour accompagner encore plus les établissements. Elles sont en lien permanent avec Label Vie. Et ce qui est appréciable, c’est l’écoute de Label Vie. » Un projet qui fédère les équipes, selon Annick Bouquet, et qui a développé leur créativité.
Côté Label Vie, Isabelle Lambert explicite comment l’association facilite la vie des porteurs de projet : « Pour engager la transition écologique, il y a des freins et un des grands rôles de Label Vie, est d’aider à les lever (…) et de vous accompagner dans un projet qui vous ressemble et qui ressemble aux envies des équipes. »
Très concrètement, elle explique que le montage du projet se fait ensemble, « main dans la main » et que la formation permet la montée en compétence des équipes. Mais avant même la formation, il y a un « diagnostic des pratiques qui permet ensuite de poser un plan d’action par les équipes avec 3 sujets clefs qu’elles ont envie de faire évoluer ». Un parcours qui dure entre 1 et 3 ans. S’ensuit une réévaluation et l’obtention du label Ecolo crèche pour 3 ans. Faisant écho aux paroles d’Annick Bouquet, Isabelle Lambert met également en avant la « vraie force du réseau qui permet aux professionnels d’échanger entre eux, de se rassurer, de se donner des bons tuyaux ».
Une labellisation qui a un coût, mais qui permet de réaliser un certain nombre d’économies. « Chaque année, dans notre réseau, nous faisons des études d’impacts pour voir ce qui se passe lorsque les structures sont engagées, repensent leur fonctionnement. Nous constatons des impacts positifs, par exemple sur des économies d’électricité (jusqu’à 70%) et d’eau (25%) », souligne Isabelle Lambert. Elle précise : « Nous avons quantifié, pour une crèche engagée depuis 3 ans et qui a un travail de fond sur plusieurs sujets – la démarche Label Vie est très transversale – que cela génère environ entre 3 500 et 12 000 euros d’économie par an. La fourchette est un peu large parce que l’on va considérer les fonctionnements des micro-crèches et des crèches de plus de 60 berceaux, mais cela donne une idée des effets que la démarche peut générer. »
Une Cog qui soutient les projets écoresponsables
Afin de financer une initiative de développement durable des financements peuvent être sollicités auprès de différents organismes dont la Cnaf bien évidemment. A ce sujet Didier Grosjean indique : « une de nos grandes orientations, c’est d’accompagner la transition écologique (…) Il y a aujourd’hui de nouvelles dépenses qui sont éligibles au titre des fonds nationaux ». Et les circulaires relatives à l’aide nationale viennent tout juste d’être publiées. La circulaire Plan d’investissement pour l’accueil du jeune enfant (Piaje) d’abord avec la majoration « développement durable ». « Si les travaux de gros œuvre relèvent d’une démarche particulièrement ambitieuse en matière de développement durable, une majoration « développement durable » pourra se cumuler à la majoration « gros œuvre », peut-on ainsi lire dans la circulaire 2024-020 Piaje. Pour y avoir droit, les projets doivent respecter deux conditions : « ils bénéficient de la majoration « gros œuvre » du Piaje et ils obtiennent à l’issue des travaux l’un des labels ou certificats figurant dans la liste détaillée des labels et certificats éligibles communiquée par Information technique et disponible sur le caf.fr » dont Ecolo crèche fait partie. En pratique, « les montants par place de crèche ont été fortement revalorisés », signale Didier Grosjean et détaille : « concernant la majoration développement durable, pour les EAJE Psu, nous sommes à 2 000 euros par place supplémentaire, pour les EAJE Paje, c’est 700 euros par place supplémentaire et pour les Mam, 700 euros par place ». La Cog a prévu aussi des financements majorés au titre du Fonds de modernisation des établissements (cf circulaire 2024-019). Les projets soutenus financièrement, à titre d’exemple : « les travaux contribuant à la désartificialisation et à la végétalisation des cours extérieures, à l’aménagement de l’ombrage naturel (plantation des arbres, installation d’une pergolas végétalisée) ou favorisant l’accès à la nature ainsi que le prévoit la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant », peut-on lire dans la circulaire. Cela concerne aussi bien les EAJE Psu, Paje que les Mam. Didier Grosjean précise enfin qu’aux « aides nationales s’ajoutent celles locales ». La Caf des Yvelines a ainsi participé à hauteur de 14 000 euros (fonds publics et territoires) à la démarche Ecolo crèche engagée par la ville de Versailles. Autre exemple : à Poissy, elle a financé « la création de murs végétaux au sein d’un multi-accueil » à hauteur de 5 000 euros (fonds publics et territoires).
D’autres sources de financement possibles
Les villes peuvent participer au financement comme c’est le cas à Versailles ou encore à Saint-Mandé, mais également, et c’est peut-être moins connu, pour les crèches privées lucratives et associatives, il y a les Opco. « Actuellement, il y a une forte impulsion d’aider la formation des professionnels à la transition écologique donc quand un projet est monté avec une base de formation qui permette aux professionnels de monter en compétence sur les sujets environnement, d’adaptation aux changements climatiques, à la transition écologique, vous pouvez solliciter les Opco », informe Isabelle Lambert. Des prises en charge qui peuvent monter jusqu’à 100% ! Autre possibilité de financement : les appels à projet. « Si la Pmi n’a pas de financement dédié pour vos projets, intervient Frédérique Garciau, nous sommes très attentifs à l’évolution du bâti et donc nous n’hésiterons pas à être à vos côtés si on doit mobiliser le fonds de modernisation. Nous pouvons monter un comité de pilotage dont nous pouvons être le chef de fil qui réunit le gestionnaire, des représentants de la crèche, le conseiller de la Caf, pourquoi pas la commune… et même faire un écrit sur la nécessité de faire évoluer le bâti ».
Les projets coups de cœur des invités
Un petit projet du côté de Frédérique Garciau : des ateliers pédagogiques autour de la nature et du jardinage d’un porteur de projet qui avait trouvé un local avec un petit extérieur, mais dont les sols étaient malheureusement pollués. « Cela a été une grosse déception pour lui », se souvient-elle. Au final, ils ont imaginé « une solution satisfaisante » : des jardinières à hauteur d’enfants. Pour Isabelle Lambert, c’est un projet en Seine-Saint-Denis, en QPV, avec des crèches gérées par le département. Il s’agissait « d’une refonte des aménagements des jardins ». David Turbot, lui, évoque « un projet à Nice où avec 16 crèches, nous avons mis en place une journée autour de l’écologie avec les parents dans une serre tropicale ». Et Annick Bouquet, enfin, faisant le lien entre nature, culture et éveil des sens, met à l’honneur, pour sa part, le projet intergénérationnel avec le château de Versailles.
Voir en vidéo Les Rencontres régionales Ecologie et Petite Enfance Ile-de-France, à Versailles (la table ronde 3 débute vers 3h25)
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 20 février 2024