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Trois questions à Céline Marc, directrice du département enfance, famille et parentalité de la Cnaf

On le sait, la pénurie de professionnels en petite enfance, tant dans l’accueil collectif qu’individuel, est un frein non seulement au développement de places d’accueil, mais aussi pèse sur les conditions de travail des pros. Le point sur les actions que la Cnaf initie pour tenter d’enrayer ce phénomène.

Les Pros de la petite Enfance : La Cnaf a relancé son enquête sur la pénurie des professionnels de la petite enfance, département par département et métier par métier. Que peut-on en attendre ? Où en êtes-vous du dépouillement des résultats ?

Céline Marc : La Cnaf a relancé son enquête sur la pénurie des professionnels de la petite enfance dans les établissements d’accueil du jeune enfant hors jardin d’enfants et crèches familiales. En 2022, on estimait que 10 000 postes auprès d’enfants ou en direction étaient durablement vacants dans les crèches collectives. L’objectif de cette nouvelle enquête est d’obtenir une photographie précise et objective des tensions de recrutement dans le secteur de l’accueil du jeune enfant. Elle vise à identifier les spécificités et les besoins propres à chaque territoire et métier afin d’adapter les réponses en conséquence.
À ce stade, le taux de participation est estimé à 67 %. La collecte s’est déroulée du 16 décembre au 31 janvier (avec une prolongation exceptionnelle pour certains établissements contactés tardivement). Ce taux élevé laisse présager des résultats robustes à l’échelle régionale, voire départementale. Les données actuellement encore en cours d’analyse seront essentielles pour mobiliser les acteurs des Comités départementaux des services aux familles (CDSF), ainsi que les partenaires de la formation et de l’emploi, face à cet enjeu stratégique pour l’avenir du secteur.
Le phénomène de pénurie de professionnels de la petite enfance met en évidence deux défis majeurs : d’une part, les vagues successives de départs à la retraite, notamment chez les assistants maternels (pour rappel 40 % des assistants maternels en activité partiront à la retraite d’ici 2030) ; d’autre part, le manque d’attractivité du secteur, qui compromet son renouvellement et la fidélisation des professionnels.

Cette enquête qui, comme la première, porte exclusivement sur l’accueil collectif, va probablement montrer que la pénurie de professionnels en petite enfance persiste. En dehors des incitations financières prévues par la COG actuelle, quelles actions les Caf mènent-elles concrètement pour lutter contre cette situation ?

Concernant l’accueil collectif, les Caf agissent sur plusieurs leviers pour répondre à cette crise de recrutement :
– Amélioration des conditions de travail et d’accueil des enfants : plus de 50 M€ sont consacrés chaque année au financement des journées pédagogiques et des heures de préparation à l’accueil des enfants dans les structures bénéficiant de la PSU.
– Revalorisation des conditions d’emploi et des rémunérations : un bonus « attractivité » de 238 M€ d’ici 2027 a été mis en place pour améliorer les conditions d’emploi et de rémunération des professionnels en crèche.
– Développement de projets adaptés aux besoins locaux : les Caf encouragent des initiatives innovantes et de terrain, comme la création de crèches à haute ambition éducative ou intégrant la transition écologique. L’enveloppe dédiée pour accompagner des projets « sur mesure » au plus près des besoins des territoires a ainsi été doublée, passant de 76 M€ à 146 M€.
– Enfin, dans le cadre du Mois de l’innovation publique, nous avons lancé avec France Travail un défi collectif pour concevoir des solutions innovantes face à la pénurie de personnel en accueil collectif et individuel. Les projets retenus seront incubés et testés, avec l’espoir d’apporter des réponses concrètes et duplicables à grande échelle.

La crise de recrutement concerne aussi l’accueil individuel. Comment tentez-vous de renforcer l’attractivité du métier d’assistante maternelle ou de garde d’enfant à domicile ?

Les Caf mettent en œuvre plusieurs actions concrètes pour revaloriser ces métiers essentiels. Cela passe notamment par :
– Un soutien financier renforcé : la prime d’installation pour les nouvelles assistantes maternelles a été doublée en 2023 afin de faciliter leur entrée dans la profession.
– Un accompagnement des pratiques professionnelles de qualité via les relais petite enfance : 3 600 postes d’animateurs de relais petite enfance sont financés à hauteur de 147 M€ par an pour soutenir et favoriser les bonnes pratiques professionnelles de l’accueil individuel.
– Le développement des maisons d’assistantes maternelles (MAM) : un plan d’investissement spécifique encourage leur expansion, offrant aux assistants maternels un cadre collectif structuré et reconnu, tout en réduisant leur isolement.
– Un budget dédié à l’innovation et aux crèches familiales : 11 M€ sont mobilisés pour soutenir ces structures et favoriser l’émergence de nouvelles formes d’accueil individuel.
Des initiatives locales montrent dès à présent la volonté d’apporter des solutions concrètes. Par exemple, dans les Alpes-Maritimes, les relais petite enfance ont organisé des ateliers de détection de potentiels qui ont permis à 17 % des participants de s’engager dans une formation. Dans la Somme, un groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GIEQ) accompagne des salariés en alternance et leur offre un suivi individualisé pour sécuriser leur parcours professionnel.

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interview recueillie par écrit

PUBLIÉ LE 26 février 2025

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Une réponse à “Trois questions à Céline Marc, directrice du département enfance, famille et parentalité de la Cnaf”

  1. Frédéric P dit :

    C’est pas tant le manque de moyens dont a besoin les professionnels de la petite enfance c’est le manque parfois de cohérences ainsi que leurs contradictions dans leurs travail.

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