Un collectif alerte sur les dérives du référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant
Dans une tribune publiée par Le Point, intitulée « Stop à l’infiltration de « l’idéologie positive » dans le secteur de la petite enfance », un collectif regroupant déjà plus de 240 signataires (psychologues, médecins, psychiatres, professionnels de l’enfance, etc.) alerte sur le référentiel national pour la qualité d’accueil du jeune enfant publié en juillet dernier.
C’est une attaque en règle ! Et la polémique éducation positive, time out et cie, neurosciences vs psychanalyse, avec outrances et part de mauvaise foi des deux côtés va être relancée. Mais cette fois, la querelle ne concerne plus uniquement les parents et l’éducation qu’ils souhaitent donner à leur enfant, mais les modes d’accueil puisque cela vise directement le référentiel qui doit servir de boussole à tous les professionnels de la petite enfance.
Pour rappel, ce référentiel est le fruit de longs travaux, menés par un comité scientifique et des groupes de travail constitués de professionnels, d’experts, et supervisés par un comité de pilotage réunissant tous les acteurs du secteur de l’accueil du jeune enfant. À sa publication, chacun s’est félicité de son existence (un texte imparfait, mais qui a le mérite d’être et constituant une première marche enfin franchie vers un accueil de qualité). Nous avons d’ailleurs publié, depuis qu’il est en ligne sur le site du ministère, de nombreuses analyses souvent assez critiques sur quelques points particuliers. Ce référentiel n’est pas opposable et a vocation à évoluer. Enfin, ce référentiel, selon la lettre de mission à l’Igas, s’inspire de la Charte nationale d’accueil du jeune enfant qui a désormais force de loi.
La tribune-critique publiée ce matin n’est pas anodine. D’autant plus que parmi les signataires, on trouve bien sûr Caroline Goldman mais aussi des experts reconnus et respectés dans le monde de la petite enfance comme les pédopsychiatres Bernard Golse et Daniel Marcelli pour ne citer qu’eux.
Une mise en garde sur les effets d’un tel référentiel dans les lieux d’accueil
Le texte commence fort : « Sous la plume de ses rédacteurs – dont certains sont adeptes d’une psychologie positive dévoyée comme leurs publications en témoignent – tous les enfants sont subitement devenus des enfants polytraumatisés appelant réparation, toute obéissance est devenue signe de soumission et toute sanction parentale est devenue maltraitance ». Les signataires affirment que les auteurs (ils ciblent ici le comité scientifique qui réunissait notamment Catherine Gueguen, Josette Serres, Pierre Moisset et la très médiatique Héloïse Junier) « n’ont pas hésité à manipuler des données neuroscientifiques pour appuyer leur alarmisme, en confondant, par exemple, souris et enfants, maltraitances injustes et sanctions justifiées ou simple frustration et trauma lourd (« immobilisme, fuite, figement »). Et même à réinterpréter les lois ! « On reconnaît aisément le courant idéologique « positif » quand on lit que l’agressivité des enfants n’existerait pas – « un conflit n’est pas de l’agressivité comme on pourrait l’observer chez l’adulte ». « L’agressivité y est donc régulièrement renommée « émotion » et les poussées pulsionnelles « tempêtes émotionnelles », poursuivent les auteurs. Puis la tribune détaille ce qui est choquant et peut mettre en difficultés dans les lieux d’accueil professionnels, enfants et parents.
Ils concluent : « Nier l’agressivité pulsionnelle de l’enfant et sa quête normale de limites éducatives, considérer que tous les enfants sont dépressifs et polytraumatisés, encourager l’expression de toute frustration sans cadre et assimiler toute mise à l’écart à une violence éducative relève d’une posture insensée et dangereuse. C’est une violence éducative, tant pour la santé des enfants que pour celle des professionnels, des institutions et des parents ».
Les propositions des signataires
Après la critique et la mise en garde, vient le temps des propositions. Nous préconisons, expliquent-ils :
« – De distinguer le bébé du jeune enfant (avant et après l’acquisition de la marche, soit autour de 12 mois), car leurs besoins relationnels et structurels évoluent.
– Que les lieux d’accueil continuent d’assumer et faire fonctionner leur espace traditionnellement dédié à la mise à l’écart ponctuelle des enfants de plus de 12-18 mois en bonne santé psychique se contentant d’appeler ces limites éducatives (généralement dans le coin des bébés, évidemment en leur absence, sous le regard des auxiliaires, mais derrière une petite barrière de sécurité), lorsque plusieurs mises en mots et en garde n’ont pas suffi (c’est-à-dire très souvent) …
– Que la tétine, qui constitue un outil d’auto-étayage efficace, ne soit jamais empêchée en cas d’état de tension. Car la socialisation se noue moins autour d’un détail technique qu’à partir du bien-être éprouvé dans l’espace social auquel la tétine contribue. »
Ce référentiel doit être révisé
La conclusion est claire : « ll est non seulement choquant, mais irresponsable au regard des connaissances scientifiques sur le développement de l’enfant, que « l’éducation positive dévoyée » devienne la norme dans les crèches françaises. Nous demandons la révision immédiate de ce qui, dans ce référentiel, relève de cette idéologie par un comité d’experts comprenant, en son sein, des professionnels ayant la pratique des conséquences de ces principes. »
Un référentiel aux conséquences délétères
La tribune détaille « les conséquences délétères, sur l’enfant et sa famille, de l’application de ces préceptes de « maternage précoce » maintenu à tort au fil du développement :
• Des enfants encouragés à déborder sur le plan pulsionnel, car transgresser ne donne lieu à aucune frustration immédiate, voire à la gratification d’un lien privilégié avec l’adulte (time-out tendre en sa présence).
• Un défaut de compréhension du monde et de ses règles relationnelles (confusion entre le bien et le mal, puisque tout est accueilli avec tendresse).
• Frustration, épuisement et découragement des auxiliaires, qui ne voient aucune accalmie comportementale liée à leurs efforts (accueillir avec patience l’agressivité des enfants sans jamais parvenir à la contenir, pour finalement la voir enfler) au fil de l’année.
• Des enfants sans défense, mordus, poussés, malmenés, angoissés de se rendre sur leur lieu d’accueil et n’ayant plus confiance dans les fonctions protectrices des adultes.
• Le maintien d’une agitation qui infiltrera possiblement leurs capacités d’adaptation scolaire, leurs fonctions attentionnelles, leur motricité, leurs investissements relationnels, et donnera lieu à des diagnostics de « troubles » créés de toutes pièces. »
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 20 août 2025
2 réponses à “Un collectif alerte sur les dérives du référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant”
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Cette tribune reprend les positions de Caroline Goldman, je rappelle que Bernard Golze, Maurice Berger étaient tous deux défavorables à la promulgation de la loi contre les violences éducatives.
20 ans de travail auprès des enfants de moins de 3 ans. Au fil des années je n’ai plus que constater une dégradation des relations entre les tout-petits et leurs parents. Colères, cris, parents débordés, à bout… Plus grave, la société entière ne supporte plus ses enfants. Nous voyons fleurir des « no kids » dans différents endroits. Je pense que nous allons peut-être un peu trop loin. Il ne s’agit pas d’être extrémiste d’un côté comme de l’autre, mais de placer le curseur au bon endroit. Être bienveillant et bien traitant ne signifie pas tout céder. L’autorité de l’adulte est nécessaire au tout petit, elle peut s’exercer sans violence mais avec fermeté. Il devient urgent de répondre aux besoins de l’enfant à savoir à poser un cadre et mettre des limites…