Une crèche associative au cœur du campus universitaire de Caen
Créée en 1971 par de jeunes parents étudiants désireux de poursuivre leurs études tout en faisant garder leurs enfants, la crèche universitaire de Caen reste aujourd’hui l’une des rares structures de ce type en France. Plus de cinquante ans après sa création, elle accueille chaque jour une centaine d’enfants sur chacun des deux campus de l’Université.
Au détour des couloirs animés du campus de Caen se tient un lieu unique en son genre : une crèche associative imaginée par et pour les parents étudiants. À sa création, la structure ne comptait qu’une vingtaine de berceaux, installés dans des locaux précaires. « L’évolution notable s’est faite en 1986 : l’Université a fait construire des bâtiments dédiés à la crèche », raconte Yoann Lurois-Pélissié, infirmier-puériculteur et directeur de la crèche du Campus 1, gérée par l’association du Centre de la petite enfance (CPE). Aujourd’hui, la structure est agréée pour 60 places sur le campus 1, et 40 autres sur le campus 2. Avec ses 35 salariés, le CPE représente à lui seul près d’un huitième de l’offre d’accueil du bassin caennais.
Une gouvernance parentale unique
La crèche universitaire se distingue surtout par son mode de fonctionnement. Ce n’est pas une crèche parentale, mais elle est gérée par une association de parents bénévoles, employeurs des équipes. « Tous les parents des enfants accueillis deviennent automatiquement membres de l’association, ils sont conviés aux Assemblées générales et certains choisissent de s’investir au Conseil d’Administration », explique le directeur. Le bureau, élu chaque année, assure le pilotage aux côtés des professionnels.
Un modèle exigeant, reconnaît Pierre Legay, doctorant en sciences de l’éducation et président actuel du CPE : « Quand la crèche comptait 20 berceaux, la gestion bénévole était tenable. Aujourd’hui, avec 100 enfants, c’est autre chose. Récemment, nous avons recruté une responsable administrative et financière pour nous aider ». Néanmoins, selon lui, cette gouvernance associative garantit un accueil de qualité, loin des logiques de rentabilité. « Nous œuvrons pour la mixité sociale, nous défendons la lutte contre les violences éducatives, et nous visons le bénéfice zéro », explique-t-il.
Une mixité de parents : étudiants, universitaires et parents du quartier »
La vocation première de la crèche reste l’accueil des enfants d’étudiants. « C’est dans notre ADN : permettre à de jeunes parents de poursuivre leurs études sereinement », souligne Yoann Lurois-Pélissié. Mais la structure s’ouvre aussi aux personnels de l’université, aux chercheurs du CNRS, et, grâce à une convention avec la Ville, aux familles du quartier. Résultat : la moitié des enfants proviennent de familles étudiantes, 40 % d’entre eux du personnel de l’Université, et 10 % de l’extérieur.
« Cette diversité enrichit énormément le quotidien de la crèche », ajoute Diana Da Fonte Martins, directrice adjointe et EJE. « On accueille des familles monoparentales, multilingues, aux statuts variés. Chacun peut contribuer à la vie de la crèche : certains parents animent un atelier musique, d’autres viennent cultiver le potager ou accompagnent les sorties », raconte la jeune femme.
Une pédagogie participative
Car la participation des familles ne s’arrête pas à la gouvernance. Elle s’incarne aussi dans les activités éducatives : pique-niques au château, sorties à la bibliothèque, ateliers jardinage. « Nous avons aussi la chance d’avoir une cuisine sur place qui prépare des repas frais et de saison. La cuisinière partage même ses recettes avec les familles via une application », sourit le directeur.
Autre particularité de la structure : les sections en âges mélangés, qui favorisent la découverte et l’autonomie des plus petits comme des plus grands. Chaque mercredi, les enfants bénéficient aussi de la salle de sport de l’Université, mise à disposition par la faculté.
Préserver l’esprit des débuts
Si le modèle a su se professionnaliser, l’enjeu reste de préserver son caractère associatif ouvert aux parents « C’est notre objectif numéro un », insiste Yoann Lurois-Pélissié. « Nous voulons continuer à intégrer pleinement les familles dans la vie de la crèche, tout en maintenant un accueil de qualité ». Pour Diana Da Fonte Martins, l’ambition est claire : « Continuer à cultiver l’émerveillement chez les plus petits… et chez les plus grands ».
Un défi qui mobilise aussi le président bénévole. « Le secteur de la petite enfance traverse une crise, entre manque de places et difficultés de recrutement. Ici, nous voulons montrer qu’un autre modèle est possible, qui place les enfants, les familles et les équipes au centre du projet », conclut-il.
Raphaëlle Orenbuch
PUBLIÉ LE 09 septembre 2025