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Assistantes maternelles : le premier bilan de l’UFAC de Pau montre un modèle encore fragile

En février 2023, ouvrait la première Unité Familiale d’Accueil Collectif (UFAC), un lieu d’accueil innovant, associant les atouts de la crèche familiale et de la MAM. Portée par la crèche familiale associative de Pau, la CAF des Pyrénées-Atlantiques et ses partenaires locaux, l’expérimentation a fait des émules à travers la France. Mais à l’approche du bilan des 3 ans, la situation est délicate. Si la qualité d’accueil est au rendez-vous, la crèche familiale peine à pérenniser le modèle faute de soutiens.  

Voilà bientôt 3 ans que quatre assistantes maternelles exercent à temps plein au sein de l’UFAC, dans le quartier du Hédas, dans le centre-ville de Pau. Un dispositif d’accueil individuel hybride qui leur permet d’exercer en dehors de leur domicile, et déchargées de toute contrainte administrative ou logistique par la crèche familiale, avec pour seule préoccupation de prendre soin des enfants. 

Un projet muri pendant de longues années et porté à bout de bras par la crèche familiale associative de Pau – gérée par l’association Au Service de l’Enfance – qui a réussi à convaincre ses partenaires locaux du bien-fondé de ce nouveau mode d’accueil. Avec le soutien de la CAF des Pyrénées-Atlantiques, du Conseil départemental et de la Communauté d’Agglomération Pau-Béarn-Pyrénées, l’UFAC propose  un mode d’accueil complémentaire, qui semble avoir trouvé sa cible : des assistantes maternelles épanouies et des familles convaincues. Mais en mars prochain, l’UFAC et ses partenaires feront le bilan de ces trois années d’expérience. Et si le modèle a séduit sur le fond, il n’est pas encore pérenne sur la forme. 

Des assistantes maternelles et des parents très enthousiastes

A l’UFAC, assistantes maternelles et familles semblent avoir trouvé un bel équilibre. Grâce au soutien de la crèche familiale, les assistantes maternelles sont plus sereines et investies pour la qualité d’accueil. Marithé Lizzaralde, assistante maternelle, témoigne d’une expérience professionnellement riche : « Ce projet est pour moi l’avenir de cette magnifique profession, que j’exerce depuis 25 ans, assure-t-elle. Je m’épanouis dans ce cadre professionnel et bienveillant où les parents sont plus que satisfaits où les enfants arrivent en souriant ! ». Les familles se sont déjà positionnées pour réserver leurs places pour la rentrée 2026, ce qui est de bon augure… Valérie Saint-Germain éducatrice de jeunes enfants, référente Ufac à la crèche familiale de Pau, reconnait une « belle qualité d’accueil ». « Tant sur le plan pédagogique que matériel, nous n’avons que des retours positifs des parents », se réjouit-elle. « Les assistantes maternelles apprécient beaucoup le soutien de l’équipe, les échanges que nous pouvons avoir et de ne pas gérer ce qui administratif ou organisationnel. Cette année, les familiarisations se sont faites beaucoup plus rapidement ! » ajoute-t-elle. 

Des contraintes matérielles qui pèsent sur le fonctionnement 

Pourtant l’organisation n’est pas encore tout à fait optimale. « A la création de l’UFAC, on nous a demandé de nous installer en centre-ville de Pau, idéal pour les familles, mais pas du tout adapté aux assistantes maternelles », regrette Valérie Saint-Germain. Avec une maison et un petit jardin en plein centre-ville piéton, elle explique que le loyer est très cher et l’organisation compliquée pour les assistantes maternelles, surtout en hiver. Il est très difficile de se garer à proximité de l’UFAC et le parking public est payant, ce qui ne facilite pas les trajets des assistantes maternelles et des professionnelles de la crèche familiale. Une place de parking avait pourtant été promise à l’ouverture… 

L’UFAC a donc demandé à déménager, les professionnelles ont même trouvé un nouveau lieu d’accueil, mais cela leur a été refusé, car il n’y aurait pas suffisamment de demandes dans le secteur envisagé. La crèche familiale, qui vient chercher les assistantes maternelles à tour de rôle pour participer à des temps de jeux ne vient plus que tous les quinze jours pour alléger une logistique pesante.  

Un flou sur la délégation d’accueil

Si l’Ufac avait ouvert avec trois assistantes maternelles, une quatrième a rapidement pu les rejoindre, à temps plein. Aujourd’hui, dans l’idéal, l’équipe aimerait accueillir une cinquième professionnelle, ce qui leur permettrait de mieux équilibrer leur temps de travail et d’avoir un jour de repos, grâce à la délégation d’accueil.  Mais il faut savoir que la délégation d’accueil ne fait pas l’unanimité parmi les PMI. En Mam, certaines la permettent, d’autres pas ! Avec l’UFAC le flou est encore plus délicat puisque l’expérimentation, pas encore reconnue, ne « rentre dans encore dans aucune case ». Comment reconnait-on aujourd’hui ce type de structure d’un point de vue juridique ? Dans l’incertitude, la PMI s’y refuse, excepté de manière ponctuelle, en cas de maladie ou d’imprévu. Pour le moment, pas question de mettre en place une délégation d’accueil régulière pour assouplir le rythme des assistantes maternelles. 

Une lourde charge pour la crèche familiale 

Au quotidien, ce sont les professionnelles de la crèche familiale – trois éducatrices de jeunes enfants – qui assurent le suivi hebdomadaire, la formation continue et l’analyse de pratique des assistantes maternelles de l’UFAC. Une Eje les visite une fois par semaine et les deux équipes se réunissent une fois par mois, un soutien largement apprécié par les assistantes maternelles. Mais la crèche familiale travaille également à l’articulation de ses projets, et accompagne 24 assistantes maternelles à domicile. C’est donc une charge de travail bien lourde à porter pour l’association : comme l’UFAC n’est encore qu’expérimentale, c’est un projet qui nécessite encore un investissement important pour le faire connaitre le projet, le défendre, pour trouver des partenaires, des financements et assurer sa pérennité… 

La Caf des Pyrennées Atlantiques accompagne l’UFAC depuis les prémices du projet : « Cette expérimentation a du sens, nous en sommes très satisfaits, notamment sur la partie qualité. Sur la partie gestion, le modèle n’est pas encore totalement trouvé, reconnait Thibault Roulin, Sous-Directeur Services aux partenaires et Accompagnement social. C’est là que le bilan d’expérimentation (Ndlr : en mars 2026) pourra nous apporter un certain éclairage, pour voir ce que l’on peut faire pour maintenir ce modèle et le pérenniser ». 

Un financement instable et fragile 

En 2023, le projet, qui suscitait beaucoup d’enthousiasme, était ardemment soutenu par par la CAF des Pyrénées-Atlantiques et les membres du Schéma Départemental des Services aux Familles (SDSF) à savoir le Conseil Départemental des Pyrénées-Atlantiques, les communautés de communes et la MSA. La première année, l’UFAC a bénéficié du Fonds d’Innovation pour la Petite Enfance (FIPE). Il était même question d’ouvrir 5 nouvelles structures d’ici 2025. Mais « étant projet innovant nous n’avons pas eu l’autorisation d’ouvrir d’autres Ufac, explique Valérie Saint-Germain. Elles devront attendre d’avoir validé le bilan de 3 ans d’expérience pour envisager d’essaimer le modèle. En 2023 et 2024, l’Ufac a perçu une importante subvention du Conseil Départemental (60 000€). « Mais au dernier moment, elle n’a pas été renouvelée pour 2025, regrette-t-elle. Thibault Roulin explique : « Avec l’état des finances publiques actuel, il est compliqué de trouver des partenaires qui pourraient soutenir, comme le Département. Je ne leur jette pas la pierre. Aujourd’hui le Département est amené à faire des choix difficiles. Ils ont leurs propres difficultés que nous espérons conjoncturelles. Et quand les jours meilleurs reviendront, peut-être qu’ils reviendront soutenir ce type d’expérimentation qui les avait emballés ! ». Néanmoins, il explique qu’il faut trouver un modèle financier pérenne. Et que tout ne peut pas reposer sur la Caf… 

Le soutien optimiste de la Caf 

Alors aujourd’hui, l’UFAC est un projet qui vacille, et Au Service de l’Enfance une association qui se questionne sur son avenir. « Comme toutes les associations, nos financements n’augmentent pas, mais les charges elles, augmentent, déplore Valérie Saint-Germain. Nous avons une certaine visibilité jusqu’à décembre 2026, mais après, c’est très incertain… Notre objectif aujourd’hui est de maintenir l’association ! ». Notons qu’au 1er janvier 2025, la crèche familiale est passée à la PSU sur les conseils de la CAF, ce qui leur a permis « de tenir un an de plus », assure-t-elle. 

La Caf se veut cependant rassurante. « Nous sommes attachés à ce modèle et nous allons faire en sorte que cette expérimentation continue… », garantit Thibault Roulin. « Je sais que la structure se pose beaucoup de questions et je connais la réalité précaire du terrain. Mais nous voyons le positif et nous voulons porter ce modèle que nous espérons voir pérennisé ».

Fermement engagée, la crèche familiale de Pau fait partie, depuis 2024, du groupe de travail Sauver les crèches familiales, auprès duquel elle a trouvé soutien et réseau. Elle également membre d’un collectif de crèches associatives locales dont plusieurs sont en grandes difficultés, regroupées pour travailler ensemble et se soutenir.

Quand l’UFAC inspire au-delà de son territoire 

Après l’ouverture de l’UFAC et la parution de notre premier article en 2023, l’équipe avait reçu de nombreux appels. Ici et là à travers la France, de nombreuses villes se sont inspirées de cette démarche expérimentale. « Certains ouvrent directement dans les locaux de la crèche familiale, ou en partage avec des crèches collectives. A Bordeaux, Toulouse, Lyon, on voit des initiatives intéressantes inspirées de l’UFAC ! », rapporte Valérie Saint-Germain. 

La Caf des Pyrénées-Atlantiques, aimerait aussi développer le modèle. « On commence à porter et proposer ce dispositif sur d’autres territoires pour qu’ils s’en emparent, assure Thibault Roulin. Cela a un coût qu’il faut prendre en compte, mais pour nous c’est nous l’avenir des Mam, avec une référence et un soutien très intéressants pour la qualité d’accueil ». 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 20 novembre 2025

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