Vaccination et modes d’accueil : ce qu’il faut savoir
Huit ans après l’entrée en vigueur de l’extension des obligations vaccinales et alors que de nouvelles obligations sont effectives depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, la vaccination au sein des structures de la petite enfance continue de susciter des interrogations. Si le cadre légal s’est clarifié, la mise en œuvre au quotidien reste, pour beaucoup de professionnels, un exercice délicat mêlant responsabilité, pédagogie et respect des familles.
Un cadre réglementaire renforcé
Depuis 2018, les enfants nés à compter du 1ᵉʳ janvier 2018 doivent être protégés par 11 vaccins obligatoires pour être accueillis en collectivité (EAJE, MAM, accueil périscolaire, etc.). Il s’agit de :
1) la diphtérie,
2) le tétanos,
3) la poliomyélite,
4) l’haemophilius influenzae B (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites),
5) la coqueluche,
6) l’hépatite B,
7) la rougeole,
8) les oreillons,
9) la rubéole,
10) le méningocoque C (bactérie provoquant des méningites),
11) le pneumocoque (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites)
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, deux nouvelles obligations concernant les méningocoques ont été instaurées :
– la vaccination contre les méningocoques ACWY remplace la vaccination contre le seul méningocoque C ;
– la vaccination contre le méningocoque B, auparavant recommandée, devient obligatoire.
Accueil du jeune enfant : obligations et contrôles
L’admission est conditionnée à un carnet vaccinal complet. L’obligation vaccinale conditionne l’entrée et le maintien de l’enfant dans toute structure collective.
Les directeurs d’EAJE accueillant des petits enfants en collectivité ont l’obligation de s’assurer que les vaccinations exigées pour l’âge de chaque enfant ont bien été effectuées. De même, les maires lorsqu’ils ont la responsabilité d’une crèche municipale, sont directement impliqués et doivent vérifier le justificatif vaccinal (carnet de santé ou attestation médicale).
Admission provisoire : une marge de manœuvre limitée
Une admission provisoire peut être accordée, mais avec un délai strict de 3 mois pour mettre à jour la situation vaccinale. Si, au terme des 3 mois, les vaccinations obligatoires n’ont pas été réalisées — sauf contre-indication médicale reconnue — l’enfant ne pourra pas rester dans la crèche. L’admission provisoire devient donc caduque, et l’enfant est exclu de la collectivité.
Le rôle des médecins de PMI
En EAJE, le médecin de PMI reste un interlocuteur essentiel : il confirme la conformité vaccinale ou l’existence d’une contre-indication et il peut accompagner l’équipe dans la relation aux familles,
Des vérifications pas toujours effectuées
L’ARS Hauts de France mentionne sur son site internet que : » Tous les responsables d’accueils collectifs d’enfants sont appelés à la vigilance. Une enquête réalisée en 2024 par l’ANPDE a montré que :
– 28,5 % des enfants ne se sont pas vu demander leur carnet de santé à l’entrée en crèche
– Sur les demandes réalisées, dans 23,6 % des cas, le carnet de santé n’a pas été consulté
– Sur les carnets consultés, dans 25,3 % des cas, un retard vaccinal était constaté chez l’enfant.
Et pour les assistantes maternelles ?
Le sujet est plus délicat pour les assistantes maternelles agréées.
Elles ne disposent pas d’un médecin référent comme en crèche. Elles doivent exiger un carnet vaccinal conforme et peuvent refuser un contrat en cas de manquement. C’est le service de PMI qui se charge de vérifier que l’assistante maternelle respecte les obligations en matière de santé de l’enfant. C’est elle qui s’assurera qu’elles disposent bien du bulletin de vaccination de chaque enfant joint au contrat de travail.
Communication avec les familles : un enjeu central
Malgré la clarté réglementaire, des incompréhensions persistent. Les professionnels doivent :
– rappeler que l’obligation est légale, non décidée par la structure ;
– expliquer les objectifs : protection collective, prévention des formes graves, cohérence sanitaire ;
– rassurer sur la sécurité du calendrier vaccinal ;
– orienter vers la PMI ou le médecin traitant.
L’enjeu est d’éviter que le dialogue se crispe et que la relation de confiance soit compromise. Les directions d’EAJE se trouvent parfois confrontées à des familles opposées aux vaccins, invoquant des choix personnels ou des inquiétudes. Le refus vaccinal devient alors un motif d’inadmissibilité qui doit être clairement expliqué, argumenté et documenté.
Ce qui reste compliqué en 2025
Le suivi administratif peut être lourd, surtout dans les grandes structures ou avec des familles en difficulté sociale. Certains parents utilisent les admissions provisoires pour « gagner du temps », ce qui complique l’organisation.
Les assistantes maternelles se retrouvent parfois isolées et manquent d’accompagnement pour gérer les refus.
Consulter et télécharger le calendrier vaccinal 2025
Et pour les professionnels de la petite enfance, quels vaccins ?
La prévention vaccinale des professionnels est donc un outil de sécurité collective. Les tout-petits accueillis en EAJE ou chez les assistantes maternelles ne sont pas tous totalement vaccinés, sont trop jeunes pour l’être ou ont une immunité qui n’est pas totalement acquise. Certaines maladies (coqueluche, rougeole) peuvent être graves chez ces nourrissons. Les structures d’accueil sont des lieux où les infections circulent très facilement. Être à jour de ses vaccinations sert à protéger les enfants, éviter les épidémies en structure… et protéger les équipes elles-mêmes. C’est à l’employeur et/ou à la médecine du travail de vérifier le carnet de santé.
Les vaccinations actuellement requises
En 2025, les recommandations ont évolué et le cadre législatif pourrait se renforcer dans les mois à venir.
– Hépatite B
C’est la seule vaccination obligatoire pour les professionnels de la petite enfance exposés au risque biologique (soins, contact avec du sang ou plaies).
– Diphtérie – Tétanos — Poliomyélite (DTP)
Le DTP n’est pas juridiquement obligatoire pour tous les professionnels, mais la HAS recommande fortement cette vaccination pour toutes les personnes travaillant auprès de jeunes enfants.
– Coqueluche
La vaccination contre la coqueluche, en rappel, est recommandée pour les professionnels en contact étroit et régulier avec des nourrissons, car ces derniers sont les plus exposés aux formes graves.
Pour la petite enfance, la HAS la classe parmi les vaccinations à privilégier absolument.
– Rougeole – Oreillons — Rubéole (ROR)
C’est encore aujourd’hui une recommandation pour les professionnels de la petite enfance, notamment ceux nés après 1980 et n’ayant pas de preuve d’immunité. Mais des changements pourraient avoir lieu. En effet, le Sénat a adopté, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (PLFSS), une disposition prévoyant l’obligation vaccinale contre la rougeole pour les soignants, les étudiants en santé et les professionnels de la petite enfance, sous réserve d’un avis favorable de la Haute Autorité de santé (HAS).
– Varicelle
Recommandée pour les professionnels n’ayant jamais contracté la maladie ou dont l’immunité n’est pas confirmée. La varicelle se diffuse extrêmement vite en collectivité, ce qui justifie une vigilance renforcée.
– Hépatite A
recommandée dans certaines situations (restauration collective, hygiène alimentaire, travail auprès de très jeunes enfants). Elle n’est pas obligatoire, mais fait partie des protections utiles en structure petite enfance.
– Grippe saisonnière
La vaccination est recommandée chaque année, en particulier pour ceux qui sont au contact d’enfants fragiles ou de nourrissons. L’obligation n’existe pas à ce jour- mais pourrait évoluer.
Covid-19
La vaccination est fortement recommandée par la HAS pour les professionnels exposés. L’obligation a été suspendue en 2023.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 01 décembre 2025