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« Des enfants fatigués, un accueil dégradé, y en a assez, on va lutter » : la petite enfance mobilisée le 8 octobre

Des professionnels de la petite enfance ont manifesté ce jeudi 8 octobre à l’appel du collectif Pas de bébés à la consigne. Dans le cortège parisien, les témoignages racontent un quotidien sous tension : trop d’enfants par professionnel, des recrutements difficiles et des compétences insuffisamment reconnues. Une délégation a porté ces préoccupations auprès du cabinet de Stéphanie Rist. La mobilisation a été importante bien que légèrement occultée par le mouvement lycéen.

À Paris, Montpellier, Cherbourg, Dijon ou Marseille, les professionnels de la petite enfance étaient dans la rue ce jeudi 8 octobre. Dans le cortège parisien, l’ambiance est bon enfant, mais les slogans sans concession. Sur l’air de Bella ciao, les manifestants chantent : « On en a marre, marre, marre, des enfants fatigués, un accueil dégradé, y en a assez, on va lutter. » Et scandent : « Plus de formations, plus de qualifications pour la petite enfance ! » L’équipe de la crèche de Reuilly, du groupe Crescendo, a fait le déplacement. Chaque année, ces professionnelles se mobilisent pour faire entendre la « voix du terrain ». Parmi elles, Laura, éducatrice de jeunes enfants récemment diplômée, n’a pas hésité à rejoindre ses collègues. Elle aborde d’emblée la question du taux d’encadrement : « Un professionnel pour huit enfants, c’est énorme. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte du travail que c’est. Rien n’a changé depuis 2022, c’est même pire ! »

« C’est un travail pénible »

Même préoccupation pour Fadwa, auxiliaire de puériculture dans une crèche municipale à Montreuil. Elle a déjà participé à plusieurs mobilisations, même si la perte de salaire rend difficile une présence à chaque manifestation. Ce qu’elle attend avant tout : que les décideurs viennent voir la réalité du travail auprès des enfants. « Nous, notre métier, c’est un métier de vocation qui nous tient à cœur, donc on aimerait le faire dans de bonnes conditions. (…) Une professionnelle pour huit, c’est juste impossible. On le fait contre vents et marées, mais ça nous coûte beaucoup. Il y a beaucoup d’épuisement, c’est un travail pénible. »

Faute de professionnels, des berceaux fermés

Un peu plus loin, pancarte à la main, Amandine, directrice d’une crèche associative dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, manifeste en soutien aux équipes. Dans sa structure, le manque de professionnels empêche fréquemment de répondre à la demande des familles. « On est contraint de fermer les berceaux, la continuité d’accueil ne peut pas être assurée tous les jours. » La demande des familles est là, mais les recrutements ne suivent pas. « La plus grosse problématique pour nous, en tant que directeurs, c’est qu’on n’a pas de CV. On n’a pas de professionnels qui se présentent. » 

Des compétences sans reconnaissance suffisante

Amandine s’inquiète aussi du niveau de formation des candidats : « Nous, on ne peut pas se satisfaire d’un nivellement par le bas. » Une préoccupation qui résonne avec les slogans du cortège sur la formation et les qualifications. Une autre directrice de crèche alerte sur l’augmentation de la charge administrative : « On ne peut plus travailler de façon qualitative. » Elle s’inquiète, par ailleurs, du déploiement du nouveau titre IEPE. « Je me demande comment je vais pouvoir expliquer à des éducateurs qu’on peut embaucher des personnes qui ont eu leur diplôme en un an ou dix mois. Et leur dire : vous aurez un peu le même statut mais pas tout à fait, je ne sais pas comment je vais les placer dans une équipe. »

Fadwa, de son côté, décrit un métier dont les exigences ont évolué. « Auxiliaire, il y a 20 ans, ce n ‘est pas auxiliaire aujourd’hui. Avant, notre métier portait essentiellement sur le soin : change, repas et sommeil. Et maintenant, nous avons un gros volet psychologie, développement psychomoteur de l’enfant, tout un accompagnement à la parentalité aussi. C’est colossal. Ce sont de nouvelles compétences qu’on qu’on exige de nous, mais il n ‘y a aucune reconnaissance ensuite, ni au niveau du diplôme. ni au niveau des salaires. »

Le privé davantage présent, selon le SNPPE

Dans l’attente d’un bilan chiffré de la mobilisation, Cyrille Godfroy, co-secrétaire général du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE), observe une évolution notable : une participation plus importante des professionnels du privé. Selon une professionnelle travaillant à la Croix rouge, le réseau était très mobilisé cette année : 175 salariés sur 900 en grève, un record. « Depuis la création de Pas de bébés à la consigne, c’est la première fois que le privé lucratif et non lucratif est autant mobilisé. Traditionnellement, ce sont plutôt les crèches du secteur public qui se mobilisent. » Le syndicat a notamment reçu des demandes de professionnels travaillant dans des crèches en délégation de service public (DSP) qui voulaient « savoir comment faire grève. » Selon Cyrille Godfroy, ces équipes sont particulièrement exposées à la dégradation des conditions de travail, « parce que les crèches gérées en DSP sont les celles où les coûts sont les plus serrés. ». À Montpellier, l’UNSA Montpellier fait état de plus de 200 manifestants et indique qu’une délégation a été reçue par la préfète de l’Hérault.

Les revendications sur le taux d’encadrement portées au ministère

À Paris, une délégation de Pas de bébés à la consigne a été reçue par Pierre-Calendal Fabre, directeur adjoint de cabinet de Stéphanie Rist, et Christèle Gautier, conseillère petite enfance. Elle a insisté sur l’urgence d’améliorer les conditions d’accueil, notamment en revoyant les taux d’encadrement. Le collectif réclame de longue date un professionnel pour quatre enfants qui ne marchent pas et un pour cinq enfants qui marchent. Pour rappel actuellement la réglementation est d’un professionnel pour cinq bébés et un professionnel pour huit enfants marcheurs, et depuis la réforme des services aux familles, il y a aussi la possibilité d’opter pour un bébé pour six marcheurs ou non marcheurs.

Candice Satara

PUBLIÉ LE 08 octobre 2026

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