Dyspraxie des enfants : un lien avec une mauvaise représentation du corps
Une équipe de l’Inserm du Centre de recherche en neurosciences de Lyon a récemment montré que les troubles de coordination associés à la dyspraxie pourraient être en partie liés à une mauvaise représentation du corps dans l’espace. Cette découverte ouvre la possibilité d’interventions précoces pour corriger ces déficits chez les jeunes enfants et réduire le risque de dyspraxie sévère.
Les troubles développementaux de la coordination
Les dyspraxies, également appelées troubles développementaux de la coordination, touchent entre 2 et 6 % des enfants d’âge scolaire, entraînant des difficultés dans diverses tâches motrices du quotidien, telles que l’écriture, le nouage des lacets, le brossage des dents, le saut et les jeux de balle. Ces troubles rendent complexe la vie quotidienne des enfants et entravent leurs apprentissages.
Expériences sensorielles et motrices
Alice Gomez, chercheuse au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, a dirigé une étude sur la dyspraxie, basée sur des observations réalisées sur des enfants atteints. Selon elle, les troubles des enfants dyspraxiques pourraient être liés à une mauvaise représentation et appréhension de leur corps, entravant leur capacité à reproduire des mouvements observés ou à se mouvoir correctement dans l’espace.
L’équipe de recherche a recruté 17 enfants dyspraxiques, 20 enfants sans trouble des fonctions motrices et 20 adultes non dyspraxiques pour diverses expériences. La première, de nature sensorielle, visait à évaluer la capacité des participants à identifier la partie de leur main ou de leur pied stimulée. La seconde, d’ordre moteur, impliquait des tests de levée de doigt en réponse à une lumière allumée sur un écran.
Lors de la première expérience, les enfants dyspraxiques ont montré une incapacité à identifier précisément l’endroit touché sur leur main gauche, se confondant souvent dans la description. Des difficultés similaires ont été observées lors de stimulations aux orteils. Bien que la tâche motrice ait été correctement réalisée, les enfants dyspraxiques ont présenté davantage de mouvements parasites.
Anomalie dans la représentation du corps
Les résultats suggèrent une anomalie dans la représentation du corps chez les enfants dyspraxiques, affectant à la fois les aspects sensoriels et moteurs. La chercheuse souligne que la construction mentale des différentes parties du corps, de leur position dans l’espace et de l’image de soi, est altérée chez ces enfants.
Approches préventives et programme EnCor
Forte de ces découvertes, l’équipe souhaite développer des approches préventives pour réduire le risque de dyspraxie sévère. Un programme appelé EnCor (pour « Enfant et Corps ») sera mis en place dans plusieurs maternelles, impliquant 600 enfants de 4 à 6 ans. Les instituteurs, volontaires pour participer à l’expérience, proposeront quotidiennement des ateliers visant à stimuler la représentation du corps par des exercices sensoriels et moteurs, ainsi que la dénomination des différentes parties du corps. Certains ateliers seront renouvelés pour approfondir certaines notions, avec pour objectif d’améliorer la motricité et les compétences académiques des enfants, notamment en mathématiques.
Source : https://www.inserm.fr/
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 18 janvier 2024
MIS À JOUR LE 10 juin 2024