Gourdes pour bébé : sont-elles vraiment adaptées à la diversification alimentaire ?
Colorées, pratiques, faciles à transporter et à proposer au bébé, les gourdes ont conquis de nombreux parents et envahi les rayons des supermarchés. Mais répondent-elles réellement aux besoins des bébés lors de la diversification ? Une étude britannique publiée fin août dans Archives of Disease in Childhood s’est penchée sur la question.
Les chercheurs ont analysé 298 aliments humides pour bébés vendus dans six supermarchés britanniques. Près de 60 % étaient conditionnés dans des gourdes avec bec verseur. Parmi ces dernières, 70 % étaient destinées à des enfants âgés de 6 mois ou moins. L’étude s’est focalisée sur deux critères : la texture des aliments et leur composition nutritionnelle. Un produit était considéré pleinement adapté à la diversification s’il avait une texture allant au-delà du liquide (purée ou plus solide), une densité énergétique et protéique supérieure à celle du lait maternel et une teneur en sucres non supérieure à celle du lait maternel.
Une texture qui ne pousse pas à mâcher
La succion est innée chez le bébé. En revanche, mâcher un aliment, le sucer, le lécher, l’écraser ou le croquer puis l’avaler demande un apprentissage progressif. C’est pourquoi la texture doit évoluer au cours de la diversification. L’enfant commence généralement par des aliments lisses ou écrasés puis découvre progressivement des textures plus épaisses, des morceaux mous puis des aliments nécessitant davantage de mastication.
La particularité d’une gourde avec bec verseur est que, pour pouvoir passer par l’embout, l’aliment doit être suffisamment mixé et fluide. L’enfant peut ensuite en aspirer directement le contenu sans avoir à le malaxer en bouche de la même manière que lorsqu’il est proposé à la cuillère ou sous une forme plus consistante. Les analyses réalisées dans l’étude montrent que près de la moitié des aliments proposés en gourde avec bec verseur (49 %) présentent une texture liquide, contre seulement 7 % de ceux proposés dans d’autres conditionnements.
Trop de sucre, pas assez d’énergie
61 % des gourdes analysées contenaient plus de sucres que le lait maternel contre seulement 8 % des autres conditionnements alimentaires. Les produits destinés aux bébés les plus jeunes étaient par ailleurs plus souvent conditionnés en gourdes (deux tiers d’entre elles ciblaient spécifiquement les bébés de 6 mois ou moins) et présentaient une teneur en sucres plus élevée. Le problème n’est pas nécessairement dû à un ajout de sucre. Les auteurs expliquent que le broyage très fin des fruits et des légumes peut libérer les sucres naturellement présents dans leurs cellules. Une purée très lisse à base de fruits peut donc présenter une teneur importante en sucres alors même que l’étiquette indique « sans sucres ajoutés ».La présence de sucre excédentaire n’est pas anodine et peut être un facteur favorisant de caries dentaires dans l’enfance, voire de diabète et de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte.
Aux alentours de 6 mois, le lait maternel seul ne suffit plus à couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels de l’enfant. La diversification vient donc compléter le lait et doit apporter des nutriments et des calories sous une forme adaptée. La majorité des produits de l’étude, tous conditionnements confondus, apportaient moins d’énergie que le lait maternel (67 % des gourdes, 62 % des autres conditionnements). Coté protéines, les gourdes avaient plutôt un bon score : 49 % avaient une teneur en protéines inférieure à celle du lait maternel contre 91 % des autres aliments humides.
Très peu de gourdes cochent toutes les cases
En combinant texture, énergie/protéines et sucres, seuls 8 % des produits en gourdes (14 sur 178) réunissaient les trois critères d’un aliment adapté à la diversification contre 32 % des produits vendus en pots ou en barquettes.
Repenser l’étiquetage
Les chercheurs estiment que de nombreuses gourdes s’apparentent davantage à des boissons sucrées qu’à de véritables aliments complémentaires du lait. L’étiquetage de ces gourdes devrait, selon eux, être revu pour aider les parents à distinguer les aliments des boissons et à faire des choix adaptés aux besoins d’un bébé.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 03 septembre 2026