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Colloque du HCFEA : les politiques de l’enfance ne se limitent pas à la protection de l’enfance
Sous la présidence de Sylviane Giampino, le colloque « Quelle enfance en France aujourd’hui ? » s’est tenu le 17 novembre à Paris et a rassemblé chercheurs, responsables politiques, représentants d’associations et professionnels de l’enfance pour discuter des grands enjeux qui traversent la vie des enfants. Une journée riche qui a débuté par trois interventions majeures ouvrant les échanges et rappelant les priorités pour les politiques de l’enfance.
Le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA, présidé par Sylviane Giampino, organisait ce 17 novembre son colloque « Quelle enfance en France aujourd’hui ? », dont nous sommes partenaires. Un rendez-vous essentiel pour comprendre et penser les enjeux contemporains de l’enfance en France. En ouvrant le colloque, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, a évoqué l’urgence d’agir collectivement face aux violences et vulnérabilités qui marquent les parcours des enfants, rappelant que celles-ci laissent « des marques visibles ou invisibles qui vont conditionner parfois des vies entières ».
Elle a également souligné qu’il est « de notre responsabilité de nous appuyer sur les travaux et les expertises menés ces dix dernières années, qui ont servi d’aiguillons et de fondations essentielles pour bâtir la politique de protection de l’enfance, ainsi que l’accompagnement des parents et de l’ensemble des professionnels qui soutiennent les enfants au quotidien ». Pour elle, ce colloque est une « convocation à regarder ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait ». La Haute-commissaire fait ici référence aux nombreux rapports, avis et recommandations émis par le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA depuis bientôt 10 ans.
Crise majeure des métiers du lien
Durant son intervention, Sarah El Haïry a alerté sur la crise profonde que vivent aujourd’hui les professionnels de l’enfance, rappelant que tous les métiers du lien — petite enfance, protection de l’enfance, éducateurs, médico-social — sont touchés par une perte d’attractivité. « Comment trouver de l’élan, une énergie encore plus forte, en formant, en recréant de l’attractivité ? interroge-t-elle. Il nous faut répondre aux horreurs que l’on a pu connaître, auxquelles les enfants ont été exposés, et assumer que tout n’est pas réglé. Nous devons poursuivre sans relâche la construction d’une politique de prévention plus forte, qui accompagne celles et ceux qui élèvent les enfants au quotidien, dans une véritable logique de co-éducation. »
Regard croisé sur dix ans de politiques de l’enfance
La première partie du colloque a débuté par un échange entre Laurence Rossignol, sénatrice, ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, et Adrien Taquet, président de l’Institut du Cerveau de l’Enfant (ICE), ancien secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, orchestré par Sylviane Giampino. Deux personnalités qui ont compté dans la vie du Conseil de l’enfance du HCFEA. La première l’a souhaité et est à l’origine de sa création, le second, son successeur, l’a souvent sollicité pour obtenir des avis sur les mesures ou réformes qu’il souhaitait initier.
« Quand on regarde les travaux qui ont été fournis, produits pendant toute cette séquence, je constate que la section Enfance du HCFEA a tenu ses objectifs », a tout d’abord souligné Laurence Rossignol. Pour rappel, en début d’année 2025, l’existence même du HCFEA avait été remise en question à l’occasion du projet de loi de « simplification de la vie économique ».
Une politique de l’enfance qui prend en compte la parole de l’enfant
Les deux intervenants ont aussi tenu à rappeler que les politiques de l’enfance ne sont pas des politiques de protection de l’enfance. Elles ne peuvent se résoudre à n’être que cela. Ils ont insisté sur l’importance de la prise en compte de la parole des enfants dans l’élaboration des politiques publiques. Ce que fait aujourd’hui le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA avec le Collège des enfants et des adolescents, qui réunit une douzaine de jeunes de 8 à 16 ans participant directement aux travaux du Conseil. Ils assistent aux séances, formulent des propositions et apportent leur point de vue sur les politiques publiques qui les concernent.
« Notre société devrait davantage s’interroger sur la place qu’elle donne aux enfants et sur la manière dont elle les appréhende, a conclu Laurence Rossignol. Les discours de « résurrection » ou de nostalgie de l’autorité ne visent pas à garantir aux enfants un cadre d’éducation positif ni à les accompagner dans leur croissance ; ils servent surtout à rassurer ceux qui détiennent l’autorité. La résistance vient du fait que beaucoup d’adultes, notamment parmi les décideurs publics, ne sont pas prêts à affronter une parole qui n’est pas contrôlée ou encadrée. »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 17 novembre 2025