Le tempérament des enfants a aussi une composante génétique
Une vaste étude internationale publiée dans Nature Human Behaviour montre que certaines différences de tempérament observées chez les enfants au cours de leurs trois premières années de vie sont en partie associées à des variations génétiques. Menée auprès de plusieurs dizaines de milliers d’enfants, elle s’intéresse notamment à l’émotivité, à l’activité, à la timidité et à la sociabilité. Ces résultats éclairent l’origine de certaines différences individuelles mais ne permettent en aucun cas de prédire le comportement ou l’évolution d’un enfant.
Les enfants ne réagissent pas tous de la même manière à leur environnement. Certains sont très actifs, d’autres plus réservés. Certains vont facilement vers les autres alors que d’autres ont besoin de davantage de temps pour s’adapter à une nouvelle personne ou à une situation inconnue. Ces différences apparaissent très tôt dans la vie et constituent ce que les chercheurs appellent le tempérament. Pour mieux comprendre leur origine, une équipe internationale de chercheurs a étudié quatre caractéristiques chez les enfants au cours de leur deuxième et de leur troisième année de vie : l’émotivité, l’activité, la timidité et la sociabilité.
Les données provenaient de grandes cohortes suivies en Norvège, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et au Japon. Les chercheurs ont également réalisé des analyses regroupant des participants issus de plusieurs origines.
Quatre dimensions du tempérament passées au crible
Les chercheurs se sont intéressés à quatre aspects du comportement.
- L’émotivité. Elle désigne le seuil à partir duquel un enfant ressent des émotions négatives comme la peur ou la colère et l’intensité avec laquelle il les éprouve.
- L’activité décrit le niveau d’énergie et le besoin de mouvement de l’enfant, notamment sa tendance à bouger fréquemment et à maintenir un niveau d’activité élevé.
- La timidité concerne notamment les réactions face aux personnes inconnues. Un enfant plus timide peut se montrer réservé tendu ou mal à l’aise dans une nouvelle interaction.
- La sociabilité correspond pour sa part à la tendance à rechercher le contact et les interactions avec les autres.
Ces caractéristiques ont été évaluées principalement à partir des réponses des parents concernant le comportement de leur enfant.
Des différences en partie associées aux variations génétiques
Les chercheurs ont recherché dans le génome des variations communes susceptibles d’être associées aux différences observées entre les enfants. Leurs analyses montrent une association entre certaines variations génétiques et les quatre dimensions étudiées. La contribution estimée de ces variations était toutefois différente selon le trait considéré. Elle était la plus importante pour la timidité, avec une estimation de 15,26 %, suivie de l’activité avec 9,55 %, de l’émotivité avec 6,79 % et de la sociabilité avec 3,42 %.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Ils ne signifient pas que 15 % de la timidité d’un enfant serait déterminée par ses gènes. Il s’agit d’une estimation statistique de la part des différences observées dans une population qui peut être associée aux variations génétiques étudiées. Le comportement d’un enfant résultant de l’interaction complexe entre de nombreux facteurs génétiques et environnementaux.
Des liens avec des caractéristiques observées plus tard
L’un des résultats les plus intéressants de l’étude concerne les liens génétiques observés entre certains traits de tempérament au cours des premières années de vie et certaines caractéristiques observées plus tard. Les chercheurs ont notamment identifié des corrélations génétiques entre l’activité précoce et le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), entre la sociabilité et l’autisme, entre l’émotivité et le neuroticisme(tendance à ressentir plus fréquemment et plus intensément des émotions négatives comme l’inquiétude, la tristesse ou l’irritabilité) à l’âge adulte ainsi qu’entre la timidité et l’extraversion à l’âge adulte.
Ces résultats ne signifient pas qu’un enfant très actif développera un TDAH ou qu’un enfant peu sociable présentera un trouble du spectre de l’autisme. Ils montrent seulement qu’une partie des variations génétiques associées à certains traits précoces est également associée statistiquement à certaines caractéristiques ou certains troubles observés plus tard.
Ce que cela implique pour les professionnels
Pour les professionnels de la petite enfance, cette étude apporte surtout un éclairage sur les différences de comportement observées précocement. Un enfant très actif, un enfant qui pleure facilement ou un enfant qui reste en retrait face à un inconnu ne réagit pas nécessairement ainsi en raison de son environnement immédiat. Une partie de ces différences individuelles semble avoir une composante biologique.
Ne pas confondre tempérament et trouble du comportement
L’étude apporte également un point de vigilance important. Les chercheurs ont étudié des caractéristiques générales du tempérament et non des diagnostics chez les jeunes enfants. La timidité, l’activité ou une forte émotivité font partie de la diversité des tempéraments. Elles ne constituent pas en elles-mêmes des signes d’un trouble. De même, les associations génétiques identifiées avec certains troubles ou caractéristiques observés plus tard ne permettent pas de savoir ce que deviendra un enfant donné.
Source : Hollowell A. et al., « Genome-wide association studies of infant and toddler temperament in European and multi-ancestry populations », Nature Human Behaviour, 1er juillet 2026.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 06 août 2026