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Micro-crèches : les gestionnaires du privé lucratif ruent dans les brancards
Une fois n’est pas coutume, tous sont d’accord ! Sous le titre racoleur de « Sauve ma micro-crèche : le gouvernement veut organiser le plus grand plan social du secteur ! Comment tuer un modèle qui répond aux attentes des familles et des territoires !! », la FFEC, la FESP, le REMi et la Fedesap viennent de publier, ce lundi 2 décembre, un communiqué commun. Les signataires s’insurgent contre le projet de décret concernant les micro-crèches présenté au Comité de filière Petite enfance et qui sera discuté demain, au CA de la Cnaf.
Écrit au vitriol, avec une petite dose de mauvaise foi, mais selon les termes du président du REMi, « à la hauteur de l’urgence », on sent dans ce communiqué commun, la colère poindre sous les mots !
Le but : tuer les micro-crèches ?
Le texte rappelle le contexte, 200 000 places à créer, pénurie de professionnels et tout particulièrement de catégorie 1 (diplômés) et s’étonne que dans ces conditions, « le gouvernement à travers son administration envisage de détruire un modèle, celui des micro-crèches au mépris du choix des familles, au mépris des salariés de ces structures. » Et il déroule : « En effet, le gouvernement compte organiser le plus grand plan social jamais imaginé dans la Petite enfance en prévoyant dans les prochaines années la disparition des micro-crèches, petites structures implantées dans l’ensemble des territoires (ruraux, ultra marins, quartiers prioritaires, urbains) appréciées des familles et des professionnels du fait de leur petite taille (elles peuvent accueillir au maximum 12 enfants). »
Les professionnels de micro crèche, stigmatisés, vraiment ?
Puis le communiqué, dans un raccourci assez saisissant, stipule que « le gouvernement s’attaque désormais à leurs professionnels (Ndlr, des micro-crèches) considérant qu’ils ne permettent pas en l’état d’accueillir qualitativement les enfants au seul motif qu’ils sont salariés de micro-crèches. ». Interrogée sur ce point, la présidente du Comité de filière Petite Enfance, Élisabeth Laithier, rétorque : « Ça je ne peux pas l’entendre. Le Comité de filière a toujours valorisé tous les professionnels quels qu’ils soient et où qu’ils exercent, leurs compétences et qualités… Avec les micro-crèches ce ne sont des professionnels dont il est question mais bien d’un mode de gestion et de fonctionnement. Je ne peux admettre que la citation du rapport de l’Igas-Igf de 2024 ait été tronquée. Après avoir indiqué qu’il était difficile d’objectiver un différentiel significatif de qualité d’accueil, elle ajoutait que néanmoins l’ensemble des dérogations dont elles bénéficiaient pouvaient engendrer une accumulation de fragilités … ».
Mais le communiqué persiste en s’appuyant notamment sur le fait que les pros de micro-crèches Paje ne sont pas concernés par le bonus attractivité de la Cnaf destiné à soutenir les revalorisations salariales. C’est un fait, le gouvernement d’alors attendait avant de se prononcer le rapport Igas-Igf sur le mode de financement et la qualité des micro-crèches publié il y a déjà plusieurs mois. Mais entre temps, gouvernement et ministre ont changé. Et sur ce point c’est silence radio.
Un Projet de décret met le feu aux poudres
Le principal objet du courroux de ces gestionnaires de micro-crèches Paje, c’est le projet de décret présenté au Comité de filière Petite Enfance, le 28 novembre dernier. Projet présenté alors, dénoncent-ils, « qu’aucune concertation préalable avec les représentants du secteur tant du côté employeur que salarié » n’a eu lieu. Or ce projet va « modifier les règles organisationnelles des structures ainsi que les exigences de qualifications et d’évolutions professionnelles des salariés de micro-crèches qui seront impossibles à mettre en œuvre sans détruire des dizaines de milliers d’emplois et d’autant plus de places d’accueil dont bénéficient les familles.»
A noter cependant que les modifications de taux d’encadrement, des qualifications des micro-crèches ne tombent pas du ciel. Certaines ont été évoquées en 2023 par Élisabeth Borne au CNR petite enfance d’Angers, la plupart sont surtout issues des 9 recommandations du rapport Igas-Igf sur les micro-crèches. La fin des mesures dérogatoires était donc annoncée depuis pas mal de temps déjà.
Le communiqué donne une vision assez apocalyptique des conséquences dudit projet de décret s’il était publié en l’état. Il pronostique que « 6500 structures, 80 000 places d’accueil et plus de 3500 professionnels seront menacées.» Sans compter l’impact sur les familles.
Info ou intox ?
Parmi les mesures envisagées notamment, le communiqué détaille en ces termes :
« – L’obligation de licencier au 31 décembre 2025 à minuit 40% des salariés actuels diplômes de l’Éducation nationale pour les remplacer par des professionnels titulaires de diplômes d’État délivres en un à trois ans qui n’existent pas ! 15 000 salaries sont concernés.
« – La fin de l’évolution professionnelle possible jusqu’alors vers des fonctions de direction (référent technique) des professionnels disposant notamment d’un diplôme d’Auxiliaire de puériculture ou d’un CAP Accompagnement Educatif Petite Enfance (AEPE) les privant de toutes perspectives ;
« – L’impossibilité́ pour les salariés disposant d’un CAP AEPE d’accueillir seuls jusqu’à̀ 3 enfants alors même que les Assistantes maternelles à domicile ou en Mam peuvent accueillir seules jusqu’à̀ six enfants. Cette mesure entrainera la réduction des horaires d’accueil des familles ; »
La présentation n’est pas neutre. Ce qui est vrai c’est que les micro-crèches devront fonctionner sur le modèle des petites crèches. Fini le système dérogatoire.
Vrai donc, que la fonction de référent technique disparait, mais les auxiliaires de puériculture qui les exerçaient, avant la publication du décret, pourront, à titre dérogatoire, exercer des fonctions de direction.
Vrai aussi que désormais, un même directeur ne pourra chapeauter que 2 micro-crèches. Et qu’il faudra au minimum la présence d’un professionnel diplômé (catégorie 1 : AP, Eje etc.) auprès des enfants. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où des micro-crèches peuvent fonctionner exclusivement avec des titulaires de CAP AEPE. Mais d’autres, au nom justement de la qualité, ont fait spontanément le choix d’avoir une Auxiliaire de puériculture dans l’équipe d’encadrement des enfants. En revanche, la possibilité́ d’accueillir trois enfants par un seul professionnel demeure, à condition que celui-ci soit de catégorie 1.
Il est donc vrai que la qualité a un coût.
Ce qui est faux en revanche, c’est d’affirmer que tout devra être conforme à cette nouvelle réglementation en janvier 2026. Le délai a été comme le préconisait l’Igas-Igf, reporté au 1 septembre 2026. Ce qui laisse un peu plus de temps…
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 03 décembre 2024
Une réponse à “Micro-crèches : les gestionnaires du privé lucratif ruent dans les brancards”
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très très fatiguée de voir des gros titres qui associent les mots privé et lucratif. Le mot privé résonne déjà aux yeux d’à peu près tout le monde comme étant plus générateur d’argent et de bénéfice que le mot public ou associatif. Inutile de lui rajouter le mot lucratif pour bien co-noter qu’on fait de l’argent sur le dos des enfants. La réalité des petits micro-crèches indépendantes ressemble à celle des crèches associatives et publiques : ce qui entre comme argent = ce qui sort en coûts fixes (salaires, loyers, repas, matériel, frais de compta, de maintenance, impôts…le peu de marge qu’il peut y avoir sert à faire face aux coups durs : un covid par ci, une grosse panne de chauffage par là. Moi je ne ressens pas mon métier de gérante de micro-crèches comme lucratif, et ce mot n’est même pas dans mon esprit. J’ai toujours visé la qualité et jamais cherché à m’en mettre plein les poches, et je connais trop de gérant.e.s qui se payent assez mal et sont la seule variable d’ajustement dans les comptes. Il y a un gros malentendu sur le tarif affiché en micro-crèche, qui parait élevé par rapport aux crèches PSU, et que j’ai toujours entendu critiquer sans discernement. Mais une place temps plein, dans TOUTES les crèches, c’est environ 1700-1800€ de coûts de revient. La différence, c’est qu’en micro-crèche PAJE, le parent paye la totalité du tarif et se voit reverser la PAJE ensuite (entre 40 et 85% du tarif), tandis qu’en crèche PSU, le parent paye seulement une partie du tarif total, et le reste des coûts est payé par la CAF, la mairie, des subventions associatives ou des berceaux d’entreprise, directement à la crèche. Le tarif total est donc divisé sur plusieurs sources de paiement et devient invisible, et l’idée répandue sur les crèches PSU est que la place coûte grand max 700€…mais c’est faux, le parent paye grand max 700€, mais la place coûte 1700€ partout, et il faudrait en parler un peu plus au lieu de pointer du doigt sans arrêt le privé lucratif. Cette étiquette « privé lucratif » met aussi dans le même panier les gros groupes de crèches gérés par des fonds d’investissement, et les tous petits groupes de quelques micro-crèches dont les finances n’ont rien à voir et qui sont assez fragiles. J’ai une réelle inquiétude que les décisions du gouvernement, associées à la hausse continuelle des coûts, et à un plafond horaire bloqué depuis bientôt 10 ans, ne finissent pas rapidement par coincer sur notre équilibre recettes/dépenses. Et quand on en sera là, il faudra réduire la masse salariale, qui représente 65% des charges, et donc tendre vers un taux d’encadrement plus faible (aujourd’hui on arrive à avoir 1 adulte pour 4 ou 5 enfants, au lieu du 1 pour 6 demandé qui est très éprouvant pour les équipes)…et on n’aura absolument rien gagné en qualité d’accueil. Je ne cesse de récupérer des professionnels qui viennent de crèches PSU où on leur demandait quasiment en permanence de travailler à 1 adulte pour 8 à 12 enfants, et pour qui nos micro-crèches sont un havre de paix et une réconciliation avec leur métier et avec des pratiques qualitatives. C’est à se demander si les personnes qui font les décrets ont déjà mis les pieds dans des petites structures de micro-crèches et discuté avec la profession.