Nomination du gouvernement : colère et inquiétudes des acteurs de l’enfance et de la petite enfance
Depuis l’annonce de la composition du gouvernement Bayrou, avec la nomination de Catherine Vautrin à la tête d’un ministère qui regroupe le travail, la santé, les solidarités et les familles, les réactions des associations, syndicats, institutions, personnalités liés à l’enfance et la petite enfance se multiplient. Et c’est l’inquiétude qui domine.
Catherine Vautrin le retour ! Après avoir été ministre du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation durant trois mois, la ministre retrouve quasiment le ministère qu’elle occupait dans le gouvernement Attal. Sauf que cette fois, il n’y aura a priori pas de ministère délégué à l’enfance et aux familles. Rien pour la petite enfance, la protection de l’enfance alors même qu’en janvier sera officiellement lancé le SPPE et que l’Aide sociale à l’enfance traverse une crise sans précédent.
Sur Twitter, la nouvelle ministre a déclaré : « C’est un grand honneur de reprendre dès demain le portefeuille du travail, de la santé, des solidarités et des familles, dont je connais l’importance majeure pour nos concitoyens dans leur quotidien. Ils peuvent compter sur mon plein engagement. »
Le SNPPE a été le premier à réagir à la nomination de Catherine Vautrin. Le syndicat est inquiet de la place de la petite enfance dans ce « ministère tentaculaire ». « La petite enfance, secteur déjà sous-estimé et en souffrance, risque de perdre en visibilité et en priorité. Pour les professionnels de la petite enfance, les enjeux sont urgents et ne peuvent être relégués au second plan. » Le SNPPE rappelle que la mise en place du Service public de la petite enfance nécessite « un cadre solide, équitable et accessible, où les familles comme les salariés trouvent un soutien durable. »
Elisabeth Laithier, présidente du Comité de filière petite enfance, a partagé son inquiétude sur LinkedIn. Sans remettre en cause les capacités de la ministre, elle s’étonne de l’absence de ministre délégué. « Rien, alors que d’autres secteurs ont une ou un ministre délégué. Alors que nous sommes à la veille du lancement du SPPE , que de nombreux chantiers sont en cours : revalorisations salariales, statut des assistantes maternelles, remise à plat du système de financement, référentiel qualité , contrôles, vote du PLF , pour n’en citer que quelques-uns qui nécessitent un accompagnement politique fort… »
Sur Facebook, L’ufnafaam a ironisé. « Pour ceux qui étaient déjà partis faire les derniers achats pour les fêtes ou ceux encore au travail. Voilà, pour la…. fois une nouvelle ministre, mais pas si nouvelle, car elle était déjà là avant madame Canayer, pour autant elle n’a ni secrétaire d’État et elle hérite à la fois du ministère du Travail, de la Santé et des Familles ! Re-Bienvenus à madame Vautrin ! »
Pour Isabelle Santiago, députée et rapporteure de la commission d’enquête sur l’ASE, c’est également la douche froide. « Pas un ministre de l’Enfance alors que nous vivons la plus grave crise en direction des plus vulnérables et des métiers du secteur médico-social, provocations ! », écrit-elle sur Linkedin. « Investir l’enfance c’est pourtant investir l’avenir, tous les pays modernes et engagés vers l’avenir de leurs sociétés le savent, sauf la France. Consternation ! »
La CNAPE, première fédération nationale représentative des associations de protection de l’enfant, s’inquiète de la disparition de l’Enfance parmi les intitulés ministériels dans un communiqué. « Cette évolution des priorités gouvernementales doit nous inquiéter collectivement, car elle n’est pas seulement symbolique. Elle s’inscrit dans la continuité d’une action de l’Etat devenue incertaine pour ses partenaires, et invisible pour les acteurs protégeant les enfants partout en France. Elle nuit à l’autorité de l’Etat du fait de la succession hétéroclite d’intitulés et d’impétrants ministériels, et par la déréliction des chantiers relatifs à l’enfance depuis de trop nombreux mois. »
L’Unicef déplore à son tour l’absence d’un ministère de l’Enfance, ni même d’un ministre délégué spécifiquement chargé de ces questions. Dans un communiqué, l’institution écrit : « Cette décision intervient alors que des sujets cruciaux liés aux droits de l’enfant restent bloqués depuis des mois. Le Pacte des solidarités, annoncé à l’automne dernier, n’a toujours pas été mis en œuvre, tout comme l’Observatoire de la non-scolarisation, pourtant essentiel pour garantir l’accès à l’éducation pour tous les enfants. »
La Dynamique pour les Droits des Enfants s’insurge dans un communiqué titré : l’enfance, une fois de plus la grande oubliée du gouvernement. L’organisation, regroupant une trentaine d’association, dénonçait « l’absence de ministère de l’Enfance de plein exercice. Pourtant, seule une telle instance pourrait mettre en œuvre une stratégie globale de l’enfance, capable de répondre efficacement et simultanément aux problématiques et urgences (logement, santé, éducation…) rencontrées aujourd’hui par les enfants en France et plus largement dans le monde. » ? Et argumente, chiffres à l’appui. Pour conclure : « seule la création d’un ministère de l’Enfance, avec une place centrale au sein du gouvernement et des moyens humains et financiers dédiés, pourra assoir une politique interministérielle en faveur des enfants et des jeunes qui soit transversale, cohérente et intégrée. ».
Candice Satara
PUBLIÉ LE 24 décembre 2024