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Procès de Lyon : des parents anéantis et en colère face aux violences subies par leur petite fille

Mercredi 2 avril, au deuxième jour d’audience du procès de Myriam J., l’employée de la micro-crèche accusée d’avoir causé la mort de la petite Lisa en juin 2022, les témoignages des parents, de la directrice, des experts médicaux cités à comparaitre et l’interrogatoire de l’accusée ont marqué un vrai tournant dans le procès. Une journée particulièrement éprouvante pour tous. Et si la culpabilité de la jeune femme est avérée, il s’agit maintenant de faire la lumière sur les circonstances du drame, l’intention qui a motivé son geste, et la mesure de l’impact du contexte difficile dans lequel elle travaillait.

On a jusqu’ici beaucoup parlé du profil de Myriam J., mise en examen pour avoir provoqué la mort de la petite Lisa 11 mois, en lui faisant ingérer un produit ménager à base d’acide caustique, dans une micro-crèche lyonnaise du groupe People&baby en juin 2022. La petite fille avait succombé à d’importantes brûlures internes dans d’atroces souffrances.

Ce mercredi 2 avril, la directrice de la micro-crèche « Danton rêve », Christelle B, où a eu lieu le drame, a été appelée à la barre. C’est une petite femme discrète de 48 ans, enveloppée dans une étole rose. Psychomotricienne de formation, elle est « directrice opérationnelle », responsable de deux micro-crèches de People&baby depuis fin août 2021 et travaillait auparavant dans une autre crèche du groupe. C’est son premier poste comme directrice et encadrante d’une équipe.

Une « erreur de recrutement »

Son entretien d’embauche avec Myriam s’était pourtant bien passé. « Ses réponses étaient parfaitement ajustées », se souvient-elle. Elle la choisit parmi d’autres candidates, avec l’intention de parfaire sa formation, « Elle paraissait motivée. Elle manquait d’expérience, mais je le savais. Et elle était dans une équipe (…) c’est aussi une façon de se former », s’était-elle rassurée. La directrice savait qu’elle n’avait qu’une première expérience très peu significative de moins d’un mois dans une autre crèche, mais admet ne pas avoir cherché à appeler son précédent employeur.
« Comment faites-vous pour embaucher ?, l’interroge Maitre Sannier, représentant d’Innocence en danger (partie civile). « J’ai été formée sur le tas par la personne précédente, il y avait des modules de formation sur plusieurs semaines ». Une fois en poste, Christelle B. convient cependant que son employée « manquait de cadre avec les enfants et ne semble pas à l’aise avec un bébé dans les bras ». Elle la trouvait fuyante au téléphone et reconnait qu’elle ne savait pas grand-chose de sa vie, car elle ne faisait pas état de ses soucis personnels, de sa fatigue… Il lui est même arrivé de la trouver « assise un peu prostrée, puis elle se reprenait ». Mais manifestement, ça ne l’a pas alarmée… Ce mercredi, elle admettra à demi-mot que  « ce n’était pas la meilleure des professionnelles » et qu’elle avait certainement commis « une erreur de recrutement ».

Une directrice novice dépassée par ses responsabilités

Il faut dire que Christelle B devait avoir d’autres choses à gérer : la crèche est pleine (12 enfants) ; à son arrivée, trois salariées ont démissionné et recruter est de plus en plus difficile. « Il y a trois employées : Myriam, Marine et une employée à temps partiel sur les deux structures », détaille la directrice qui passe elle-même deux jours et demi dans chaque micro-crèche et jongle avec les remplacements. Et parfois, les interimaires ne se présentent même pas… « Vous avez pris des responsabilités qui vous dépassaient ! », assène Maitre Sannier. « Vous assumez la responsabilité de ce qui s’est passé ? » interroge-t-il. « Je suis responsable d’avoir employé la mauvaise personne, pas de ce qui s’est passé », répond Christelle B. Appelée à témoigner, Marine O., la seconde salariée, évoque le travail intensif, les plannings bousculés, la pression ressentie. Elle indique également avoir alerté sa responsable au sujet du comportement de Myriam J. avec les enfants. Mais, étonnamment, celle -ci dit n’en avoir aucun souvenir.

Les parents anéantis par la douleur

Assis au premier rang, depuis le début du procès, les parents de Lisa sont invités à prendre la parole pour la première fois. Tour à tour ils se livrent, dans un témoignage poignant de douleur et de désespoir. « Je n’arriverai jamais à comprendre comment un être humain peut en arriver là, s’étrangle Fabio B. en larmes. «  Ma fille, mon bébé, s’est éteint. (…) cette personne l’a tuée, elle l’a empoisonnée, l’a laissée au sol, agoniser, toute seule. Elle a menti aux secours qui auraient pu au moins soulager sa douleur. Elle a dissimulé les preuves, elle a pensé à elle-même. Il n’y a aucune justification à tout ça ». Il décrit Myriam J. comme une personne en qui il n’avait pas vraiment confiance, laconique dans ses échanges. «  Quand j’ai quitté la crèche, ma fille ne pleurait pas. Je ne l’aurais jamais laissée comme ça », assure-t-il.

Sous le regard hagard de Myriam J. le visage presque enfantin, à quelques mètres dans le box des accusés, Sophie B., la maman de Lisa laisse éclater sa colère : « Moi quand j’entends parler de sa souffrance parce qu’elle est en prison et qu’elle ne peut pas aller en promenade, je ne peux pas le supporter. Je vais vous dire ce que c’est la souffrance : c’est de dire au revoir à son bébé sur un lit d’hôpital, c’est de choisir un tout petit cercueil, un tout petit emplacement au cimetière. (…) Nous sommes face à un monstre. Qui cherche des alibis au lieu d’appeler les secours ? Qui part s’acheter des habits après avoir tué un bébé ? ». Elle souhaite clarifier les choses : « On n’est pas là pour débattre des crèches aujourd’hui. Ce n’est pas le sujet puisque l’accusée est ici. On essaie de faire passer ça pour de la surcharge de travail, mais moi, quand ça m’arrive, je ne tue pas mon patron ! ».

Dans un terrible silence, les photos et vidéos de la petite fille, diffusées dans la salle d’audience, ont ravivé le souvenir et permis de faire mémoire de cette petite fille souriante et joyeuse qui allait fêter son premier anniversaire. Et si jusqu’ici l’évocation de sa famille et de certains souvenirs lui avait arraché quelques larmes et reniflements, l’accusée reste de marbre. Dans la salle, sur les visages des jurés, policiers, et journalistes présents, les larmes coulent.

Un discernement ni aboli ni altéré

Si le profil et le parcours de Myriam J. avaient déjà été largement décryptés la veille, on attendait l’avis des experts psychiatres qui ont pu la rencontrer, afin de comprendre si son comportement relevait de la pathologie, pourquoi un tel passage à l’acte que rien ne laissait imaginer et si oui ou non elle pouvait être considérée comme responsable de ses actes.

Le Dr Nahmani, la psychiatre qui l’avait reçue quelques heures après les faits, n’a noté aucun élément délirant, hallucinatoire ou dissociatif. Elle confirme sa tendance pathologique au mensonge, « son immaturité affective, un trouble de personnalité dépendante, et une déficience intellectuelle légère ». Le Dr Mouchet également psychiatre, a conclu qu’au moment des faits, son discernement n’était « ni aboli ni altéré ». Il faudra attendre le dernier jour d’audience pour entendre le troisième expert psychiatre, le Dr François Renault et mieux comprendre la trajectoire psychologique qui l’a amenée au passage à l’acte.

Des excuses et des précisions sur les violences subies par Lisa

Enfin, lorsque le président de la Cour d’Assises lui donne la parole pour s’expliquer sur les faits, Myriam J. cherche ses mots : «  D’abord je tiens à m’excuser auprès de la famille de Lisa. J’ai commis un acte grave » – ces premières excuses, la famille les aura attendues pendant près de trois ans de procédure, et il aura fallu le lui rappeler pour qu’elle les formule enfin, notera l’avocat général dans son réquisitoire – Puis elle donne brièvement une énième version d’explications des faits trop rapides, peu compatible avec les observations de l’enquête : Lisa s’est mise a pleurer peu après le départ de son père (7 h 59). Elle l’a déposée dans un lit avant d’aller plier le linge et finir le rangement qu’elle n’avait pas fait la veille. Les cris stridents du bébé l’ont énervée. Elle dit alors avoir pris « la première bouteille sous la main » et lui avoir « versé » son contenu. « Oui c’est ça, je voulais la faire taire », répondra-t-elle au président de la Cour.

Pour ce qui est de la suite, les souvenirs sont flous, les explications incohérentes. Enfin, poussée dans ses retranchements, acculée par les questions de Me Sannier, qui lui demande d’être « sincère dans un espace très court », elle l’admet : elle a introduit le goulot dans la bouche de Lisa en lui maintenant la nuque. Les experts concluront qu’elle a dû également lui maintenir les mains qui ne présentaient pas de traces de brûlures. Et si l’accusée savait que le produit était dangereux, elle précise une nouvelle fois qu’elle ne pensait pas que « ça allait (la) tuer ».

La retransmission des enregistrements de l’appel du Centre anti-poison et de l’appel d’une des mamans qui ont porté secours à la petite fille, les hurlements de douleur absolument glaçants de la petite fille, la voix de Myriam qui ment avec aplomb pour expliquer les circonstances de l’accident alors que Lisa est en train de mourir à l’hôpital achèveront cette journée d’audience.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 03 avril 2025

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