Souffrance au travail : suicide d’une auxiliaire de puériculture à Longwy
Mélissa Mangel, auxiliaire de puériculture à la Maison de la petite enfance de Longwy (Meurthe-et-Moselle) s’est donnée la mort le 19 mai 2024. La jeune femme, représentante CGT du personnel particulièrement engagée, aurait laissé une lettre pointant les manquements de la collectivité et sa souffrance au travail depuis de longs mois. Mardi, sa famille, ses collègues et la CGT Territoriaux de la Mairie de Longwy manifestaient pour que soit reconnue « l’imputabilité au service » de son suicide.
Une auxiliaire de puériculture, employée par la Maison de la petite enfance de Longwy, s’est donné la mort, à son domicile, le 19 mai dernier. Mélissa Mangel, 37 ans était maman de deux enfants. Représentante CGT du personnel de sa structure, elle était particulièrement impliquée dans la défense des conditions de travail des professionnels de la petite enfance. Depuis plusieurs années, le syndicat – dont les relations avec la mairie étaient particulièrement tendues – s’était mobilisé pour dénoncer le manque d’effectifs, de formation et la dégradation des conditions de travail dans les structures petite enfance de la ville, faisant grève à plusieurs reprises.
Une première alerte qui n’a pas été prise au sérieux
Jawad Mahjoubi, secrétaire général de la CGT Territoriaux de la Mairie de Longwy, explique qu’en juin 2023, au lendemain d’une violente altercation lors d’une réunion avec l’ancien maire de Longwy (qui a depuis démissionné), Mélissa, très affectée, avait fait une première tentative de suicide. Elle était depuis « en accident du travail avec obligation de soin ». Elle avait donc pu reprendre son travail mais en août 2023, sa directrice avait lancé une première alerte, jugeant l’état de Mélissa trop fragile. Puis trois jours avant sa mort en mai 2024, une nouvelle alerte avait été donnée. En vain. L’auxiliaire de puériculture aurait laissé une lettre dans laquelle elle exprime clairement les raisons de son suicide. Elle a été transmise au maire de Longwy par l’avocat de la famille.
La municipalité accusée de manquements répétés
Dans un communiqué daté du 5 novembre, la CGT se désole que Mélissa ait « payé de sa vie les conséquences d’une souffrance professionnelle qui n’a pas été prise en charge » et accuse la municipalité d’avoir fait preuve de négligences à plusieurs reprises et manqué à ses obligations. « Rien n’a été fait, déplore Jawad Mahjoubi. Une situation comme celle-ci, aurait dû obliger la collectivité à mener une enquête. Il y a eu défaut de suivi de l’accident du travail, des signalements ignorés malgré les alertes répétées… ». Il explique également que les représentants du personnel réclamaient depuis 2014 à la mairie la mise en place d’un plan de prévention des risques psychosociaux pourtant obligatoire. Ainsi qu’un document unique d’évaluation des risques professionnels.
En grève pour que la municipalité reconnaisse sa responsabilité
Mardi dernier, sa famille, ses collègues et la CGT Mairie de Longwy se sont donc rassemblés devant la Maison de la petite enfance dont tout le personnel était en grève, y compris la direction. 6 mois après le drame, tous réclament justice en mémoire de Mélissa. Ils demandent que la collectivité reconnaisse « l’impact de son environnement de travail dans ce drame » et assure « la prise en charge intégrale des obsèques », explique la CGT dans son communiqué. Selon Jawad Mahoudi, cela obligerait la municipalité à dédommager la famille de la victime en versant à son conjoint 50% du dernier salaire de Mélissa jusqu’à la majorité de ses enfants. A la presse locale, Vincent Hamen le nouveau maire de Longwy a déclaré comprendre la demande d’imputabilité : « il faut que je prenne la décision la plus juste possible en toute connaissance de cause, sur des éléments concrets, après avoir pris le temps d’analyser ces écrits avec le recul nécessaire, et en faisant abstraction des positions des uns et des autres », a-t-il prudemment expliqué.
Un combat qui ne s’arrêtera pas là
Suite à cette mobilisation, les agents de la Maison de la Petite enfance ont décidé de reconduire la grève au 19 novembre prochain. « Nous avertissons également que ce mouvement pourrait s’étendre à l’ensemble des services de la ville si nos revendications ne sont pas entendues. Le soutien pour Mélissa et le refus de voir se reproduire de telles tragédies transcendent aujourd’hui tous les secteurs. » Une délégation a été reçue par la sous-préfète du Val-de-Briey et devrait être reçue en préfecture de Nancy prochainement. La CGT, elle, se dit prête à mener « un conflit social dur s’il le faut ».
Le SNPPE exprime sa tristesse et sa solidarité
Le 9 Novembre, le SNPPE , par voie de communiqué , après avoir adressé ses condoléances à la famille et aux collègues de Mélissa, a expliqué : « Ce drame résonne tragiquement avec la situation complexe et difficile qui caractérise depuis longtemps le secteur de la petite enfance. La souffrance au travail, la surcharge professionnelle et le manque criant de ressources humaines et de soutien se font sentir au quotidien. La précarité des moyens et des conditions de travail n’est que trop souvent ignorée, malgré les nombreux signalements et les appels répétés des professionnel·le·s et des organisations syndicales.» Et a pris soin de rappeler « l’importance de faire de la santé, de la sécurité et du respect des professionnel·le·es une priorité absolue.»
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 08 novembre 2024
MIS À JOUR LE 10 novembre 2024