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Petits et gros jouets : leur impact sur la manière de jouer

La dimension des jouets est un critère à prendre en compte au moment d’équiper les espaces de jeu, et pas seulement en fonction de la place qu’ils y occupent. Dans le registre du faire semblant, le rapport de grandeur entre un enfant et ses jouets a des conséquences directes sur sa manière de jouer, selon qu’il s’identifie à un personnage ou qu’il fait parler des figurines. Les explications de la psychopédagogue Fabienne-Agnès Levine.

Dans les initiatives prises par un jeune enfant, les proportions entre les objets et lui comptent beaucoup. Lorsque les jouets d’imitation tiennent dans la main, les enfants ont tendance à les soumettre à leur exploration, les associer selon leur évocation et les installer devant eux. Lorsque les jouets sont volumineux, les enfants s’impliquent avec tout leur corps : un trop grand lit (ce qui est souvent le cas) pour les poupons et un enfant essaie de s’allonger dedans ; à peine une ferme ou un garage en bois sont-ils posés au sol qu’ils sont enjambés par un enfant pour s’asseoir dessus. Cette confusion s’explique en partie par une qualité inhérente à tout objet manufacturé, connue sous le nom d’affordance : de par son apparence générale, un objet a un pouvoir d’évocation qui interfère avec la perception de son utilisateur. Dans le cas des jouets, leur format, miniaturisé ou à leur échelle, est un élément déterminant dans la manière de jouer.

Des jouets « sur mesure » pour jouer un rôle

Le même nom, « jeux de rôle », désigne un loisir à part entière, appelé aussi GN (grandeur nature) et le jeu des enfants, dès lors qu’ils se mettent à la place d’autrui ou prennent les attributs d’un personnage imaginaire. Poupées, poupons et peluches sont associés à cette catégorie. En crèche, l’intérêt de créer des coins jeux thématiques (cuisine, docteur, etc.) sur la diminution des conflits entre enfants de plus de dix-huit mois est bien connu. Dans chaque univers, les enfants reproduisent et déforment tous les gestes de la vie quotidienne : laver, chauffer, donner à manger, soigner, etc. Mieux vaut choisir des jouets à la même échelle de grandeur :
une petite dînette en cas de petite table, plus grande s’il y a plus de place pour l’installer, des poupées proportionnées à la taille du matériel de puériculture disponible (transat, poussette …) ou le contraire, mobilier en lien avec la taille des poupons présents.
En cas d’espace restreint, préférer des porte-bébés plutôt que des poussettes. En cas d’accueil à domicile, privilégier des mallettes remplies d’accessoires plutôt que des meubles encombrants.
Pour les accessoires de ménage, veiller à ce qu’ils soient adaptés à la taille des enfants, quitte à les trouver ailleurs que dans le rayon « jouets » : balai, chiffon, éponge, seau, etc.
Pour jouer à s’habiller (plus qu’à se déguiser), des vêtements et des chaussures avec des petites tailles « adulte » procurent plus d’aisance corporelle, tout en accentuant le fait de s’identifier aux grands.

Des jouets « miniature » à mettre en scène

Une autre manière de jouer à faire semblant est, non plus de se mettre à la place du protagoniste d’une histoire, mais de faire déplacer, parler, interagir différents personnages dans des situations banales ordinaires ou sorties de leur imagination. Cela consiste à manipuler ces jouets sur une surface relativement restreinte, table, meuble, tapis ou espace devant soi au sol. Font aussi partie de cette catégorie « mise en scène » les poupées mannequins et les figurines d’aventures d’une trentaine de centimètres. L’expression « mise en scène » étant utilisée aussi pour désigner la manière dont les adultes installent avec soin n’importe quelle zone de jeu (constructions, transvasements …), y compris les espaces de jeux de rôle cités ci-dessus, je préfère parler de « jouets miniatures ».
La première fois que les enfants jouent avec ces petits jouets, entre 18 et 24 mois, ils font tous la même chose : en prendre un ou deux dans les mains, et souvent en tendre un à l’adulte disponible et dire des mots autour de « Bonjour », « Ça va ? ». Il faut attendre la troisième année pour qu’ils commencent à installer, préparer, déplacer toute une scène dont ils sont le metteur en scène et dont ils jouent éventuellement tous les rôles successivement, s’ils n’ont pas de partenaire de jeu. La plupart des jeux de mise en scène sont en plastique, mais beaucoup existent aussi en bois et en tissu. Parmi les classiques, n’oublions pas les petites voitures et le garage, les animaux et la ferme, ainsi que les engins de chantier et agricoles qui suscitent beaucoup d’intérêt. Après trois ans, les enfants manifestent de plus en plus d’exigence dans leur sélection car ils examinent le moindre détail qui caractérise chaque personnage et chaque accessoire.

A partir de 3 ans, des jouets encore plus petits

Parmi tous ces jouets de mise en scène, déjà de petit format, certains d’entre eux mesurent quelques centimètres seulement et s’adressent aux enfants de plus de trois ans, ne serait-ce que par sécurité. Quelques marques de jouets qui en ont fait leur spécialité déclinent des mini-univers, qui tiennent au creux de la main et sollicitent à la fois dextérité et imagination. Les enfants d’âge de la maternelle jouent volontiers avec ces petits objets sur des thèmes variés En effet, les enfants ont besoin de ces jouets bien au-delà de la petite enfance, et ce d’autant plus qu’ils développent le goût de la collection.

Deux espaces pour des jouets en liberté

Pour revenir aux moins de trois ans, l’aménagement des espaces de jeu est le rôle de l’adulte, toujours garant du cadre ludique. En crèche, deux zones sont à prévoir pour deux modalités de jeu bien distincts, que l’histoire racontée soit la même ou pas. Parmi les erreurs observées par rapport à la distinction « jeu de rôle » ou « sur mesure » et « mise en scène » ou « miniature », la plus courante est de juxtaposer un établi de bricolage et, par association d’idées, des petites voitures. Mais les adultes proposent – c’est leur rôle – et les enfants disposent…De leur côté , tout doit rester possible, indépendamment des efforts de classement des adultes. Une fois que la mise en place est terminée, les enfants deviennent les maîtres du jeu, jusqu’au moment du rangement. Pas la peine de leur reprocher de faire rouler une voiture miniature sur les meubles de cuisine. Pas de problème s’ils vont chercher un plat destiné aux poupées pour faire boire des chevaux de dix centimètres. Et s’ils font d’autres associations inattendues entre petits et grands jouets, tant mieux. C’est une bonne occasion pour nous d’observer leurs initiatives, tout en essayant de comprendre leur « logique » de joueurs.

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Fabienne-Agnès Levine

PUBLIÉ LE 05 février 2025

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