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Installer une crèche dans une école, le pari gagnant des collectivités

En milieu rural comme dans de grandes villes, de plus en plus de lieux d’accueil de la petite enfance s’installent au cœur des écoles ou au plus près, dans des locaux attenants. Ces projets innovants viennent répondre aux problématiques des collectivités, satisfaire les besoins des familles et promettent une transition plus douce de la crèche à l’école. Si les professionnels parviennent à tisser des liens…

Il n’est plus si rare de trouver une crèche installée dans un groupe scolaire ou un projet associant une microcrèche à une école. Rien à voir avec les classes passerelles développées dans les années 1990. Ces modes d’accueil hybrides, portés par un enseignant, un EJE et un Atsem, permettaient de créer une transition plus douce entre la maison et l’école pour des tout-petits qui n’avaient jusque-là fréquenté aucun mode d’accueil formel. Aujourd’hui, des collectivités – en milieu rural comme urbain – choisissent de regrouper les services aux familles, d’une part pour s’adapter aux évolutions des territoires, des modes d’accueil et des populations, d’autre part pour l’intérêt pédagogique de la démarche, si les équipes sont disposées à s’y investir. 

Soutenir les écoles menacées de fermeture 

C’est un fait, depuis une dizaine d’années, la natalité en baisse impacte le nombre d’élèves dans les établissements scolaires : en 2022, le ministre de l’Éducation nationale prévoyait une baisse de 500 000 élèves sur la période 2022-2027. Faute d’effectifs suffisants, certaines écoles se trouvent obligées de fermer des classes et disposent de locaux vacants.

En juin dernier, la commission Éducation du Sénat a publié un rapport, dans lequel elle formule une série de recommandations afin de mieux anticiper les baisses démographiques qui affectent les ouvertures et les fermetures de classes et les regroupements d’écoles sur le territoire. Et pour ce qui est des bâtiments à la charge des collectivités, les sénateurs préconisent de prévoir des locaux réversibles qui pourraient servir à d’autres usages en cas de fermeture de classes, et redevenir une école plus tard si besoin.

Ainsi à Brest, la municipalité (PS) a installé quatre des crèches dans ses écoles menacées de fermeture. Une cinquième doit bientôt voir le jour. Des salles inoccupées ou des bâtiments périscolaires sont réhabilités conformément a la réglementation imposée par la PMI, pour en transformer l’usage et créer des crèches. Pour la Ville, c’est une solution économique qui permet de rentabiliser des locaux sous-utilisés et de répondre à une demande d’accueil toujours forte. 

A Saint-Paul-des-Landes dans le Cantal, le Centre socioculturel associatif pluricommunal « A la Croisée des Autres » gère deux microcrèches installées à proximité directe des écoles de Saint-Paul-des-Landes et d’Ytrac, sur un territoire rural périurbain. Un projet qui s’inscrit dans le cadre du Projet éducatif territorial (PET) et de la Convention territoriale globale (CTG), signe d’une volonté politique affirmée. « Dans les six écoles de notre territoire, les effectifs sont en baisse d’année en année, explique Marilyne Bergaud, responsable du Centre socioculturel. La collectivité s’attache donc à développer microcrèches auprès des écoles, pour assurer l’attractivité des territoires et mieux accompagner la transition des enfants vers la maternelle ». 

Développer les services en territoire rural pour retenir les familles 

Dans les territoires ruraux, les petites communes mettent tout en œuvre pour rester attractives, retenir les familles et maintenir leurs écoles. A Milhars, petite commune de 230 habitants dans le Tarn, une nouvelle école a été ouverte avec une classe unique de la maternelle au CM2 et une petite crèche intégrée de 14 places. La municipalité espère convaincre les jeunes parents de rester, alors qu’un groupe scolaire flambant neuf a ouvert en 2025 au nord du département.

Jean-Paul Carteret, président de l’Association des Maires ruraux de France
, a été l’un des premiers à défendre, devant les institutions, l’idée d’intégrer un mode d’accueil au sein d’une école dans les zones rurales. Lui-même ancien directeur d’école et maire de la petite commune de Lavoncourt (Haute-Saône), il parle d’expérience, de terrain et de survie. « Je situe la réflexion au cœur de l’aménagement du territoire, explique-t-il. Aujourd’hui l’État décentralise mais dans les territoires ruraux, la Région et le Département ont tendance à centraliser dans les villes, les anciens chefs-lieux de cantons, là où il y a un collège. En revanche, si on ne fait rien, dans une ou deux décennies, il n’y aura plus rien dans les plus petites villes. S’il n’y a plus de service pour accueillir les moins de 3 ans, il y aura une fuite des enfants et des familles, alors qu’on a besoin d’eux ». 

Pour donner envie aux jeunes parents de venir s’installer là où il y a encore une école, pour faciliter leur vie quotidienne, limiter leurs déplacements par souci d’écologie, il encourage donc les collectivité à installer un mode d’accueil dans chaque école pour garantir une certaine proximité avec les familles. « L’essentiel est de favoriser les temps passerelle entre la crèche et la maternelle, assure-t-il. Rassembler les services crée un service public de la petite enfance ! ». Et dans sa commune de Lavoncourt, c’est une crèche familiale qui va ouvrir ses portes dans l’école à la rentrée de septembre 2026 !

Optimiser les coûts et l’utilisation des locaux 

Que la collectivité utilise des locaux déjà existants ou qu’elle conçoive de zéro des locaux partagés, réunir école et crèche sur une même lieu permet d’optimiser des coûts de fonctionnement. Locaux, énergies, équipements, mais aussi ressources et matériel pédagogique peuvent être mis en commun et partagés. 

A Milhars, école et crèche ont des espaces communs (le restaurant scolaire, les locaux techniques etc.) qui permettent à la commune de faire des économies d’énergie. A Saint-Paul-des-Landes, c’est la restauration scolaire qui fournit les repas de la microcrèche mais les espaces de repas ne sont pas les mêmes pour les petits et les écoliers. Les rythmes sont différents et les bébés ont besoin d’une certaine quiétude, avance l’équipe. En revanche la microcrèche est attenante aux salles du périscolaire, avec lequel « des choses pourront certainement se jouer à terme ». Un projet de jardin partagé entre la microcrèche et l’école devrait voir le jour prochainement avec peut-être même des recréations et ateliers de motricité partagés, des temps de lectures  des CM aux enfants de la micro crèche…

A Saintes, la crèche La Passerelle – qui n’accueille que des enfants de deux à trois ans –  et l’école maternelle Roger Pérat sont attenantes. Leur mode de fonctionnement permet un partage des ressources, des jeux et du matériel éducatif entre la crèche et l’école. Les enfants utilisent également le même restaurant scolaire mais déjeunent dans des espaces distincts et à des plages horaires décalées. Anne-Sophie Rochais, directrice de la crèche précise : « Les enfants de la crèche arrivent à 11h30 et ceux de l’école vers 12h. Il y a donc un petit temps pendant lequel les enfants se croisent, un espace est réservé aux petits, séparé par des claustras, mais de loin on peut observer l’organisation du repas scolaire… ». 

Transitions douces et continuité éducative

Car au-delà des problématiques des collectivités, rapprocher les crèches des écoles présente un véritable intérêt pédagogique pour les enfants et les professionnels. « Cette mesure de continuité du côté de l’enfant est intéressante, confirme Josette Serres, docteure en psychologie du développement et formatrice. Elle peut lui apporter une grande sécurité. Quand l’enfant connait quelque chose, il peut s’y préparer, notre cerveau est prédicteur ! ».

A Angers, l’école Voltaire, l’une des plus grandes écoles publiques de la région avec 352 élèves, a fait l’objet d’une rénovation d’ampleur. Une crèche de 61 berceaux y a été intégrée pour faciliter la vie quotidienne des familles. L’unité qui accueille les plus grands est directement reliée à l’école maternelle. Pour Sylvain Cherré, en charge de la direction de la petite enfance, cette proximité doit permettre de « faciliter les passerelles pédagogiques et les transitions douces entre la petite enfance et l’école ». Comme à Angers, la plupart des lieux d’accueil associés à une école organisent a minima des temps passerelle pour préparer la rentrée des tout-petits et faciliter la transition vers la maternelle par des visites. D’autres parviennent à mettre en place des ateliers, des temps festifs, partagent des temps de récréation ou se côtoient à la cantine… Josette Serres estime que toutes les initiatives pour tisser du lien sont bonnes à prendre, à condition de questionner sérieusement leur intérêt pédagogique. « Il faut expérimenter, observer et valider scientifiquement ses idées, car chaque lieu, chaque mixité d’âges est différente. En donnant des outils aux professionnels, à la crèche comme à l’école, pour tester ce qu’elles font », encourage-t-elle. Car selon l’environnement, l’aménagement des lieux, les équipes et les âges des enfants, chaque initiative locale aura plus ou moins d’intérêt.

Un langage commun à la petite enfance et l’éducation

Pourtant, la bonne coopération entre la crèche et l’école dépend vraiment de la volonté des enseignants et des professionnels de la petite enfance de s’investir dans ce projet, avec motivation. Et aussi de l’âge des enfants accueillis . « Les activités partagées entre crèche et école dépendent beaucoup des enseignants que nous avons à coté de nous, confirme Anne-Sophie Rochais. Certaines années nous avons pu proposer des ateliers partagés, des spectacles de fin d’année communs, des temps privilégiés avec certains enseignants au mois de mai ou juin pour habituer les enfants à l’univers scolaire. Mais d’autres sont moins enclins à se rendre disponibles », regrette-t-elle. Pour Josette Serres, « il faut que les adultes aient envie de parler de cet enfant qu’ils ont en commun pour tenter d’harmoniser leurs pratiques éducatives. Et la seule manière d’y parvenir c’est de se rencontrer et de trouver un langage commun ».

Et c’est souvent cela, le plus difficile. Elle décrit des professionnels qui ne sont pas issus des mêmes formations, qui n’ont pas les mêmes codes et ne voient pas l’enfant de la même façon. « Deux cultures professionnelles qui ne se sont parfois jamais rencontrées avant ».
Julie Marty-Pichon, éducatrice de jeunes enfants de formation et institutrice en maternelle, se montre prudente. Elle regrette la différence de vision qui persiste entre la petite enfance et l’Éducation nationale qui se connaissent si mal et auraient pourtant tant à s’apporter. « Ce n’est pas une habitude, il n’y pas de culture commune, explique-t-elle. L’Éducation nationale a une grande méconnaissance de ce qui se vit dans les lieux d’accueil avant 3 ans. Les professionnels de la petite enfance sont centrés sur l’enfant et sa famille alors qu’à l’école, les enseignants sont centrés sur l’élève seul », assure-t-elle. Et précise que les enseignants auraient beaucoup à apprendre de l’accueil de la famille et de la relation avec les parents pratiqués dans les modes d’accueil. « Les professionnels de la petite enfance ont une approche complètement différente : les parents sont des alliés, font comme ils peuvent. L’école porte un regard trop négatif sur les parents, sur les enfants en situation de handicap également… », déplore-t-elle.

Faire tomber les barrières pour trouver une véritable coopération

Ce sont néanmoins les liens tissés entre les équipes qui permettront d’assurer une certaine continuité éducative d’une structure à l’autre et rapprocher « ces deux mondes ». Pour réussir ce type de projet, « l’important est de travailler le partenariat en amont du projet », confirme Anne-Sophie Rochais. Elle recommande de travailler la communication, les affinités, les liens avec les enseignants, « pour que les choses soient bien comprises, que tout le monde trouve l’intérêt de cette complémentarité pour le bien-être de l’enfant, et n’y voit pas de concurrence ».

Pour dépasser ces barrières, à la crèche La Passerelle, des formations communes ont été proposées par l’infirmière puéricultrice aux professionnels de la petite enfance et Atsem, autour de l’acquisition de la propreté par exemple. Et dans les bâtiments rénovés, qui ouvriront à l’été 2027, la salle de pause sera commune aux enseignants, Atsem et professionnels de la petite enfance, ce qui devrait davantage favoriser les interactions entre les professionnels…

Mixité sociale et première collectivité

A Saintes, cela fait plus de vingt ans que la crèche La Passerelle est reliée à l’école maternelle, en Quartier Politique de la Ville (QPV). Un projet précurseur pour l’époque, qui va retrouver un nouveau souffle puisque la structure est en train d’être agrandie et mise aux normes. Ce qui était au départ une classe passerelle à visée sociale est rapidement devenu une véritable crèche pour les enfants à partir de 24 mois, faute d’enseignant dédié. « Au départ l’idée était de permettre une première socialisation, de travailler une première séparation avec les familles tout en permettant un soutien à la fonction parentale en permettant aux parents de se réinsérer professionnellement, de prendre des cours de français, explique Anne-Sophie Rochais. On faisait des familiarisations en douceur, les enfants qui arrivaient n’avaient en général jamais connu d’autre mode d’accueil ».

Elle explique qu’aujourd’hui, dans une réelle mixité sociale construire au fil des années, le rôle de cette crèche est de permettre aux enfants de découvrir une première collectivité, avec une structuration de journée qui ressemble à celle de l’école, des lieux partagés, des figures que l’on croise régulièrement qui deviendront familières avant la rentrée…

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 26 février 2026

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Une réponse à “Installer une crèche dans une école, le pari gagnant des collectivités”

  1. Christine Chauvel dit :

    Tres bonne idée, est ce qu’il existe ce genre de crèche dans le calvados?
    Qui peut me donner des renseignements.
    Merci

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