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Damien, assistant maternel : « Le fait que je sois un homme en couple avec un homme n’a jamais posé le moindre problème »

Il y a dix ans, Damien tournait le dos au milieu bancaire pour se consacrer aux enfants. Il exerce aujourd’hui comme assistant maternel dans le Finistère, en duo avec son mari Franck. Il nous raconte son changement de vie et son quotidien en couple auprès des enfants.

Damien (à droite) et son mari

Pendant plusieurs années, Damien a exercé dans le secteur bancaire. Il était commercial avec une partie management. Puis Malo est né et tout a basculé. Durant un an, il décide d’arrêter de travailler pour se consacrer à son fils. Au moment de reprendre, quelque chose a changé. « Lorsque je suis retourné en agence, je n’étais plus du tout en phase avec ce que je faisais », confie-t-il.

Damien effectue un bilan de compétences. Le résultat pointe vers la petite enfance, un univers qui ne lui est pas totalement étranger, puisqu’il s’est beaucoup occupé d’enfants dans sa jeunesse. Mais en réalité, c’est surtout la naissance de Malo qui le pousse dans cette direction. À ce moment précis, le métier d’assistant maternel lui apparaît aussi comme une façon de lier vie professionnelle et vie personnelle. Enfin, aujourd’hui, avec le recul, il concède en souriant : « Une disponibilité pour mon fils qu’en réalité, je n’ai absolument pas eue, soyons honnêtes. »

Un homme, en couple avec un homme

Les débuts sont marqués par une certaine méfiance. Quand Damien se tourne vers le relais petite enfance (RPE) et des associations pour préparer son agrément, il se heurte à des mises en garde répétées. Les messages sont clairs : un homme aura du mal à trouver des contrats. Et Damien n’est pas seulement un homme — il est homosexuel, en couple avec un autre homme. C’est rare, d’autant plus dans une petite ville. Il suit alors le conseil qu’on lui a donné : prendre tous les contrats, surtout les horaires atypiques : les levers à cinq heures du matin, les soirées, les samedis. Ce dont personne ne veut, en somme. Le terrain, il en est convaincu, finira par parler à sa place. Et ça marche : les familles appellent, la PMI fait confiance. Rapidement agréé pour quatre enfants, il construit sa réputation — celle d’un professionnel sérieux, disponible, investi auprès des enfants. Et peu à peu, ses horaires se normalisent.

Franck devient assistant maternel à son tour

Trois ans après les débuts de Damien, le Covid vient chambouler l’équilibre du couple. Franck, commerçant à son compte, se retrouve contraint d’arrêter. Le confinement les enferme ensemble. C’est à ce moment-là que l’idée d’une reconversion germe : Franck veut devenir assistant maternel, lui aussi. Aucune appréhension du côté de Damien. Son mari était déjà présent pendant les périodes creuses de son activité commerciale, entre octobre et avril, il « participait aussi », d’une certaine manière.

La maison est agrandie, repensée pour accueillir jusqu’à huit enfants. Une extension de 35 mètres carrés entièrement dédiée aux tout-petits est construite, avec un préau extérieur. À côté de cette salle de jeux, la maison dispose de suffisamment de chambres pour permettre le couchage des enfants. « Le fait de pouvoir fermer la salle de jeux le soir et de la rouvrir seulement le lendemain matin, c’est aussi ce qui fait la différence », observe Damien. Les enfants ne vivent pas dans notre salon, ils ne sont pas dans la chambre de notre fils ou dans la nôtre. » Le couple n’a jamais envisagé de créer une Maison d’assistants maternels (MAM), notamment parce que cela représentait des dépenses supplémentaires importantes. Ils ont préféré réaliser des travaux d’aménagement dans leur maison.

Confiance et soutien de la PMI

L’assistant maternel insiste également sur les bonnes relations entretenues avec la PMI. « Contrairement à certaines difficultés que l’on peut parfois entendre, de notre côté, nous avons toujours été soutenus. ». En janvier 2021, Franck obtient son quatrième agrément. Celui-ci est d’ailleurs accordé à la demande de la PMI, qui souhaite lui confier un enfant nécessitant un suivi particulier. Un signe supplémentaire de la confiance accordée.

Une organisation au millimètre

Depuis janvier 2021, les deux hommes exercent côte à côte. Chacun a ses propres contrats, ses propres familles. Mais la réalité du quotidien est celle d’un groupe : « Si un enfant a besoin d’aller sur le pot à l’instant T, je ne vais pas lui répondre : “Va voir Franck”, alors que je suis disponible. Il y a un référent contractuel, mais au sein du domicile, on est deux », souligne Damien.

Là où les choses se compliquent, c’est dès qu’il s’agit de sortir du domicile. Damien et Franck ont donc mis en place un système de contrats occasionnels, négociés en amont avec chaque famille. « On a un planning avec ce qui est prévu dans le trimestre à venir , sorties, activités… En fonction des besoins de chacun et du groupe. On fait des contrats de garde occasionnels qui peuvent couvrir une journée comme un mois entier », explique l’assistant maternel. Tout est cadré, anticipé, signé.

Malo, un fils unique bien entouré

Dans cette maison rythmée par les bruits des enfants, il y a aussi Malo. Treize ans aujourd’hui, fils unique, il a grandi avec les enfants accueillis, sans jamais avoir eu le sentiment de devoir partager ses papas. Au contraire, ce quotidien animé, entouré d’enfants, a participé à son équilibre. Un des premiers enfants accueillis par Damien, il y a plus de dix ans, est aujourd’hui comme un frère pour Malo. Ce week-end encore, les deux adolescents étaient ensemble. Aujourd’hui, le jeune garçon prend toujours plaisir à passer voir les petits, en balade ou à la maison. « S’ils ont le malheur de savoir qu’il est là, ils l’appellent toute la journée. », sourit Damien.

Pas de préjugés du côté des familles

Dix ans après ses débuts, Damien n’a rien perdu de sa conviction. Il se forme en continu, participe à des analyses de la pratique (APP), et est actif au sein de l’UNSA Pro Assmat, dont il est trésorier adjoint au bureau national. Aujourd’hui, l’assistant maternel est formel : ni lui ni son mari Franck n’ont jamais ressenti de méfiance de la part des familles. Sur les listes du RPE, leurs prénoms apparaissent clairement, et leur situation est connue dès le premier contact. Les parents voient, et appellent… ou n’appellent pas. « Ce qu’on sait, c’est qu’on n’a jamais rencontré de difficulté pour trouver du travail. Au contraire, les demandes ont toujours été nombreuses », assure-t-il. À ceux qui hésiteraient à se lancer dans la même aventure, il adresse un message simple : « Ne pas douter et aller au bout de son projet. » Il conseille néanmoins de bien étudier le secteur avant de s’installer.

Pour lui, la clé reste la qualité d’accueil qu’il propose avec son conjoint. « Les parents voient comment les enfants sont accueillis, comment se passent les départs. Et les enfants, eux, ont toujours envie de revenir. ». Il ajoute : « Une réputation est longue à construire et peut se défaire très vite. Mais aujourd’hui, après plus de dix ans d’exercice, on a réussi à se faire notre place dans le secteur. On est reconnus pour le travail qu’on fait au quotidien, et surtout pour ce qu’on apporte aux enfants. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 27 mai 2026

MIS À JOUR LE 28 mai 2026

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