Reconversion : Philippe Delahaye est devenu assistant maternel à 55 ans
Après un parcours professionnel accidenté marqué par de longs arrêts de travail, Philippe Delahaye a fait une reconversion inattendue : à 55 ans, il est devenu assistant maternel.
Au départ, rien ne prédestinait Philippe Delahaye au métier d’assistant maternel. C’est un parcours mouvementé qui l’a mené sur cette voie. Très jeune, il commence à travailler comme plombier-couvreur. Il devient ensuite technicien de meubles électroniques, puis pizzaïolo. A 35 ans, alors qu’il encadre un camp scout, il est victime d’un grave accident de la route. Blessé au dos, aux cervicales, au genou et à la main, il est pour un moment paralysé et dans l’incapacité de travailler.
Quelques années plus tard, après un mi-temps thérapeutique comme surveillant en collèges et lycées, il se lance dans la logistique. « C’est là que j’ai eu mon deuxième accident grave », se souvient-il. Il chute d’une nacelle de trois mètres cinquante de haut. « Je me suis bousillé la main. » Dix-sept opérations ne suffiront pas. Il perd la sensibilité de sa main droite. « Impossible de porter. » Encore une fois, il doit changer de travail. Direction : la maintenance hôtelière. Et de nouveau, une chute. Il s’en rappelle : « ce n’était pas très haut ». Mais c’était trop. Il se casse des côtés, s’abîme encore plus la main droite. « A partir de ce moment-là, elle n’a plus fonctionné. Je ne pouvais plus faire aucun métier nécessitant de gros efforts physiques. ». C’est à ce moment-là que sa femme, assistante maternelle, lui suggère : « Et pourquoi tu ne ferais pas comme moi ? »
« Les enfants, c’est le remède miracle ! »
« Au début, ça m’a surpris, cette idée, se souvient Philippe. Mais finalement, ce n’étais pas si saugrenu ! » Et pour cause : en près de 17 ans d’arrêts de travail cumulés, sans s’en rendre compte, Philippe s’est formé au métier d’assistant maternel aux côtés de son épouse. « Nous avons demandé son avis à notre référente PMI (service de Protection maternelle et infantile, ndlr). Elle est venue à la maison et a dit qu’elle me voyait tout à fait dans ce métier ! » Conforté, à 55 ans, Philippe passe le diplôme d’accompagnant éducatif petite enfance (AEPE) et obtient son agrément. D’abord pour deux enfants en 2018, puis trois et enfin, quatre. « Mon but, c’était de refaire quelque chose de ma vie, je ne me serai pas arrêté de travailler. »
Pour soulager un peu son quotidien, car le métier d’assistant maternel, certes moins physique que d’autres, reste exigeant, il s’est offert une poussette multiplace à assistance électrique. « Aujourd’hui, je suis super épanoui, se réjouit-il. Je fais des grosses journées, mais j’ai mes week-end et puis, ce n’est pas le même stress qu’avant. Tu es chez toi, au rythme des enfants, dans le moment présent. Les enfants, que tu aies mal quelque part, ils s’en fichent ! Les enfants, c’est le remède miracle ! Et puis il y a aussi la gratitude et la fierté de les aider à grandir ! »
« On m’a demandé pourquoi je venais prendre le métier d’une femme »
Cette reconversion n’a cependant pas été qu’un long fleuve tranquille. « J’avais peur, étant un homme, des réticences des parents », lâche celui que tout le monde appelle désormais Tonton Philippe. Finalement, je n’ai jamais eu à chercher : les parents sont venus naturellement, par le bouche à oreille. Au départ, je parlais plutôt de notre couple, sans me mettre trop en avant. Mais finalement, je me suis rendu compte que ça ne changeait pas grand-chose. »
Ce sont ses pairs qui n’ont pas vu d’un très bon œil sa reconversion. « On m’a demandé pourquoi je venais prendre le métier d’une femme. Je leur ai répondu qu’il y avait bien des femmes plombières ou même routières, qui s’en sortent très bien et qu’il n’y avait pas de raison que ça ne soit pas pareil pour moi ! » Motivé, il prévoit 40 % du rez-de-chaussée de la maison qu’il fait construire à Querrien, dans le Finistère, où le couple habite désormais, pour l’accueil des enfants. Mais, il l’avoue, se mettre au service d’enfants en bas âge lui a demandé de se remettre en question. « J’ai complètement changé de comportement, dit-il. J’ai appris à être à l’écoute des enfants, de leurs besoins, à être pédagogue et à adopter une posture complémentaire à celle des parents. » Après six ans d’exercices, passionné, il considère avoir encore beaucoup à apprendre. « Sur la psychologie de l’enfant, les troubles du sommeil… »
Quels enseignements à tirer de ce parcours de résilience exemplaire. Dans son rapport sur les évolutions du métier d’ici à 2030, Iperia recommandait notamment d’ouvrir le métier aux publics éloignés de l’emploi… pour remplacer une assistante maternelle sur deux d’ici à 2030. Un rapport parlementaire préconisait, quant à lui, de parvenir à 40 % d’hommes dans les formations des métiers de la petite enfance d’ici à 2030 pour lutter contre les stéréotypes de genre…
Elodie Buzaud
PUBLIÉ LE 25 septembre 2024
MIS À JOUR LE 01 octobre 2024