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Analyse de la pratique : ce qu’en disent les assistantes maternelles

Prendre du recul sur sa pratique quand on exerce seule à domicile, en MAM ou en crèche familiale n’a rien d’évident. L’analyse de la pratique professionnelle, encouragée par les pouvoirs publics et obligatoire en crèche familiale, vise à soutenir cette réflexivité. Mais comment ces temps de parole sont-ils réellement vécus sur le terrain ?

Parmi les trois missions renforcées, facultatives, introduites par le référentiel RPE figure l’analyse de la pratique professionnelle. Elle symbolise la montée en professionnalisation attendue des assistantes maternelles. Ces temps collectifs leur permettent de partager leurs expériences, d’améliorer leurs pratiques, tout en rompant l’isolement lié à leur activité pour celles qui exercent chez elles. Trois professionnelles – en crèche familiale, en MAM et à domicile – partagent leur regard.

Adeline, assistante maternelle en MAM :  « On faisait déjà un peu d’analyse de pratiques sans le savoir »

« Je suis assistante maternelle depuis 14 ans et je travaille en MAM, en région Bourgogne-Franche-Comté. J’ai participé à des séances d’analyse de la pratique pour la première fois l’année dernière dans le cadre d’une proposition de mon RPE. Trois soirées de deux heures et demie ont été organisées, sur la base du volontariat, le vendredi soir. Nous étions une dizaine accompagnées par notre animatrice du RPE et une pédopsychiatre.

Sur le principe, j’étais très intéressée, nous en avions parlé lors d’une journée pédagogique sur le bien être des assmat, et j’avais trouvé cela plutôt pertinent. Mais dans les faits, les premières séances n’ont pas vraiment correspondu à ce que j’attendais, probablement parce que c’était nouveau pour la plupart d’entre nous et aussi pour le RPE. En théorie, une APP consiste à revenir sur des situations de travail, à questionner nos façons de faire, à les confronter et à réfléchir ensemble à d’autres pistes.

Or, cela ressemblait davantage à un temps où chacune racontait ses difficultés, notamment avec les employeurs : ce qui ressemblait davantage à un groupe de parole, un soutien moral, plutôt qu’à une véritable APP. Les intervenants nous laissaient beaucoup discuter entre nous, mais sans réellement poser les bases : à quoi sert une APP, comment on analyse une situation, comment on en tire des pistes d’évolution concrètes. J’ai eu le sentiment que le cadre et les objectifs n’étaient pas suffisamment abordés. La troisième séance s’est toutefois mieux déroulée : le groupe s’était réduit, les participantes présentes comprenaient mieux l’intérêt de la démarche, et les échanges étaient plus constructifs. Pour être tout à fait honnête, ces trois séances ne m’ont pas apporté de changements concrets dans ma pratique. »

En revanche, cela a constitué un point de départ important. Nous avons réalisé que, sans le savoir, nous faisions déjà un peu d’analyse de la pratique entre nous à la MAM, lors de nos réunions d’équipe. Cette expérience nous a donné envie de nous dire les choses encore plus souvent, bref d’aller plus loin. Je suis convaincue que c’est un outil très précieux, surtout pour les assistantes maternelles qui travaillent seules à domicile. Mais aujourd’hui, cette démarche n’est pas suffisamment expliquée à mon sens. »

Coralie, assistante maternelle à domicile : « On se rend compte qu’on n’est pas toutes seules au final. »

« Je suis assistante maternelle à domicile en Bretagne, à Bédée et, sur mon secteur, les analyses de la pratique professionnelle existent depuis plusieurs années. Cette année, six ou huit séances sont programmées, nous avons reçu toutes les dates à l’avance pour pouvoir nous organiser. Une fois inscrites, il faut s’engager à participer à toutes les séances afin de ne pas bloquer la place d’une collègue. En parallèle des séances du soir, des analyses de pratiques ponctuelles sont proposées en journée, sur le temps de travail, tans l’espace-jeu de l’association Malins-Câlins. L’animatrice du RPE peut s’occuper des enfants, avec l’accord des parents, ce qui permet aux assistantes maternelles qui ne souhaitent pas venir le soir de participer.

Les animatrices du RPE proposent, en amont, des thématiques, en fonction des problématiques qui leur sont remontées par les assistantes maternelles. Cette année, les thèmes proposés m’ont intéressée et j’ai pu à nouveau m’inscrire. J’ai trouvé ces séances très enrichissantes. On aborde des problématiques du quotidien et, en échangeant, on se rend compte qu’on n’est pas seules à les vivre. Cela permet de relativiser, de prendre du recul et de chercher ensemble des solutions. Par exemple, une collègue rencontrait un blocage alimentaire avec un enfant. En discutant, nous avons pu identifier qu’un événement avait peut-être déclenché la situation. La psychologue nous a aussi apporté des éclairages, notamment sur la néophobie alimentaire, et rappelé que certaines réactions — comme forcer un enfant à manger ou focaliser l’attention sur son refus — peuvent renforcer le blocage. Ce sont des notions vues en formation, mais que l’on peut oublier dans le rush du quotidien.

Je n’ai pas encore exposé de situation personnelle. Quand j’ai commencé le métier (ndlr : en 2022), je suis allée assez vite à l’espace-jeu, ce qui m’a permis de rencontrer d’autres assistantes maternelles. Mais j’étais aussi dans une phase d’observation : regarder les professionnelles autour de moi, voir avec qui je pouvais échanger, à qui je pouvais faire confiance. Dans notre métier, on est majoritairement des femmes et il peut parfois y avoir des tensions, donc on apprend à être prudente. Et comme en analyse de la pratique, on ne choisit pas avec qui on est, cette question de confiance est importante. J’avais aussi besoin de prendre de l’expérience et de me dire que ce que je faisais avait une vraie valeur professionnelle, que je ne faisais pas les choses si mal que ça.

J’aimerais aborder prochainement la question des départs le soir, qui peuvent être compliqués. Certains enfants ne veulent pas partir, cela peut générer des tensions avec les parents et il faut gérer les émotions de chacun. J’ai mis des choses en place, mais je me demande parfois si je fais bien. Il faut reconnaître que c’est un vrai investissement personnel, puisque ces séances ont lieu en soirée, en dehors du temps de travail. Mais sur notre secteur, nous sommes bien encadrées et il y a une vraie dynamique. Celles qui viennent le font par réelle motivation.»

Sarah, assistante maternelle en crèche familiale : « On attend presque une baguette magique, mais ce n’est pas possible »

« Je travaille dans une crèche familiale municipale en banlieue toulousaine depuis 2012. Chez nous, l’analyse de la pratique est obligatoire, car nous entrons dans le cadre des EAJE. Nous faisons environ six heures par an. Cela existe depuis deux ou trois ans.

Les séances ont souvent lieu le soir. Et c’est vrai que c’est un point un peu compliqué. Quand on a travaillé plus de dix heures dans la journée, qu’on fait 50 heures par semaine, le soir, on est fatiguée. C’est plus difficile de prendre la parole, on a moins de motivation. On a encore notre vie personnelle à gérer, les repas, les enfants… Cela dit, il est déjà arrivé qu’on puisse les organiser en journée, quand il y avait suffisamment de personnel pour s’occuper des enfants. Et là, évidemment, ce n’est pas la même énergie.

L’animatrice est toujours la même depuis le début. Elle a été très claire dès le départ : elle est tenue au secret professionnel et n’a pas de lien avec la direction dans ce cadre-là. Cela permet peut-être une parole plus libre, même si nous avons déjà des temps d’échange en réunion d’équipe. L’analyse de la pratique vient en complément. Ce n’est pas hermétique : les échanges existent aussi au quotidien, entre collègues ou avec la direction. Mais l’APP offre un temps plus long et un regard extérieur.

Il n’y a pas de thème défini à l’avance. C’est une question ouverte : si quelqu’un veut partager une difficulté ou une situation, on part de là. Parfois, une séance entière peut être consacrée à une seule problématique. En général, je m’interroge avant d’y aller : est-ce que j’ai envie d’aborder quelque chose ? Parfois, c’est juste le fait d’en parler qui aide.

Le problème, c’est qu’on a tendance à attendre une solution toute faite, presque une baguette magique. Mais ce n’est pas possible. Et on sait que ce n’est pas la vocation de l’APP. L’intervenante nous donne des pistes, des éclairages, notamment sur nos relations avec les enfants ou avec les parents. Les difficultés ne viennent pas toujours d’eux.  Quand c’est nous qui nous sentons en difficulté dans notre pratique : il faut accepter de se remettre en cause. Pour moi, c’est vraiment quelque chose de positif. Même si le soir, c’est un peu lourd. »

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Propos recueillis par Candice Satara

PUBLIÉ LE 27 février 2026

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